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dimanche 24 mai 2015

(Pr) Le Saint-Esprit et la prière pour les autres, Prédication du 24 mai, Pentecôte

Lectures:  Actes des Apôtres 2, 1-8;  Luc 11, 9-13


Une anecdote. Monsieur le pasteur monte en chaire. Un peu gêné, il explique qu’il n’a pas eu le temps de préparer sa prédication. “Alors, fait-il, je vais laisser le Saint-Esprit parler à travers ma bouche”. À la sortie, une paroissienne le félicite: “Monsieur le pasteur, je vais vous faire un gros compliment!” “Ah, pense le ministre, j’ai été bon!” “Oui, continue la dame: vous prêchez beaucoup mieux que le Saint-Esprit”!
 

 
Comme le suggère cette histoire, il ne sert à rien d’attendre du Saint-Esprit qu’il comble nos insuffisances à notre place. La force donnée à Pentecôte n’a rien de magique. Dans le récit des Actes des Apôtres que nous venons d’entendre, il y a bien sûr une mise en scène imagée; ça ressemble un peu à l’ampoule qui s’éclaire sur la tête d’un personnage de bande dessinée.

Mais quel est le rôle du Saint-Esprit? Qu’est-ce qu’il change chez les croyants? Vous l’avez entendu, il leur permet surtout de se comprendre, malgré leurs différences. Il leur permet de communiquer à propos de la foi. Il y a là des gens venus de tous les pays du monde (du monde connu en ce temps-là); et chacun, quelle que soit sa langue, entend les apôtres parler du Christ; et les comprend parfaitement. “L’Esprit de Dieu les met d’accord, il les unit en un seul corps pour confesser d’un même coeur que Jésus-Christ est le Seigneur et le Sauveur”, comme nous venons de le chanter!

L’Esprit de Dieu nous rapproche les uns des autres. Il fait de nous des frères et soeurs; ou des membres du même corps. Celui du Christ.

Et c’est ainsi que Sofia, que nous venons de baptiser, pas encore deux ans, devient la soeur de son arrière-grand-maman de 89 ans, ici présente aussi! Et nous voilà, protestants de Grandson, frères et soeurs avec des chrétiens venus de Galice, catholiques et “gallegophones”; et même deux personnes de confession orthodoxe et juive! Vous le voyez agir, le Saint-Esprit?

Le souffle du Christ se fiche pas mal des barrières que nous érigeons pour nous protéger de nos peurs! Il se rit des hiérarchies, des traditions contraignantes et des “ça se fait pas”! Il vient travailler au corps nos rigidités, pour nous ouvrir toujours mieux les uns aux autres. À l’écoute. Au respect. Ce barbu négligé, c’est ton frangin. Cette exaltée qui te bouscule, c’est ta soeur.  Ce croyant qui ne vit pas sa foi comme toi, Dieu le remet entre tes mains.

Bon, je crois qu’il est un petit peu dingue, mon ami Dieu. Quoi, ces gens mal foutus que nous sommes: frères et soeurs, unis et proches comme les doigts d’un même pied?


  
Oui, il est un peu fou, tu sais. Il est fou de nous... Nous sommes sa passion. La passion, rien que pour une personne, c’est déjà dément. Mais alors, pour toute l’humanité, avec ses tares et ses pétards... Comme disait Didier en riant: si tous les cons volaient, on ne verrait plus le soleil!

Déjà à la création du monde, ça a commencé, cette passion. Quand il a fabriqué notre terre, raconte la vieille légende au tout début de la Bible, eh bien chaque fois qu’il créait quelque chose, Dieu disait que c’était bon. Paf, la neige sur les routes à Pâques: “c’est très bon!”. Paf, les bêtes féroces qui te bouffent tout cru: “mais c’est très bon!”. Paf, les humains pires que les bêtes féroces: “yes, c’est très bon!”... Mais il est ciré, mon ami Dieu!

Et puis, ça a encore empiré avec l’âge! Car à l’époque de Jésus, les Romains qui voulaient convertir tout le monde à leur djihad, qui trucidaient ceux qui refusaient de s’agenouiller devant leur empereur Allah noix... Tu sais ce qu’il a dit, Dieu, à propos des Romains? “Touche pas, c’est mon pote, aussi! Respecte les Romains qui te zigouillent autant que toi-même”. Non mais allô, quoi!?!

Il les a même laissés faire du petit bois avec son propre fils. Croix de bois, croix de fer, les Romains l’ont emmené en enfer. Et Lui, il a lassé faire. Tellement il est passionné par toute l’humanité.

Alors bon, imiter Dieu, c’est impossible! Avoir le même respect, le même élan pour chacun(e), tu oublies!

Et c’est pour cela que nous avons besoin du Saint-Esprit! Nous avons besoin de prier pour recevoir le souffle du Christ, sa passion pour l’humain, son regard de tendresse, qui nous permettront de nous regarder un peu mieux comme des tout proches, malgré nos différences. Nous avons besoin de prier pour recevoir le Saint-Esprit. La prière est un travail sur nous-mêmes pour nous transformer.

Et cette prière pour l’Esprit de Jésus va nous conduire presque automatiquement à une autre prière: l’intercession les uns pour les autres, comme l’évangile nous y invite régulièrement. Présenter nos proches et nos lointains à l’amour de Dieu, ouvrir notre coeur à celui du Ciel, pour y accueillir les souffrances et les joies de la terre. Et nous mettre ainsi en route vers une existence plus passionnée des autres et de soi!

Prier, c’est bien sûr l’invitation toute particulière pour ce dimanche de Pentecôte, fête du don de l’Esprit; pour ce culte de l’Alliance où Christ nous invite à nous engager derrière lui.

Ce matin donc, je ne vais pas vous appeler à vous inscrire pour des tâches ou des engagements paroissiaux. Mais je vous invite à la toute première chose essentielle, à tourner votre regard, et votre coeur vers ceux de Dieu, bref à prier.

Les bouts de papier que vous avez reçus à l’entrée pourront vous y aider. Si vous l’acceptez, merci d’y noter une intercession pour les autres ou pour vous-mêmes; un mot de reconnaissance ou d’espoir; un émerveillement, ou bien au contraire une crainte ou une plainte. Donc votre prière. Nous pourrons les partager tout à l’heure, après la communion, autour de la table du Seigneur.

Avec nos différences, avec nos accents particuliers, nos génies propres, eh bien nos prières vont former une symphonie, comme un arc-en-ciel, pour approfondir notre alliance avec Dieu, et les uns avec les autres. Je m’en réjouis, et Lui aussi!
Amen                                          

Jean-Jacques Corbaz

 

 

Phrase d’orgue

Puis indications pratiques pour les prières: on peut soit lire sa prière soi-même; soit déposer son billet sur la table de communion, et il sera lu par la lectrice ou le pasteur; soit dire une prière non écrite; soit garder uniquement pour soi son billet avec sa prière.
Prières après la communion, juste avant le Notre Père.


Interlude



dimanche 17 mai 2015

(Ci) L’explication du mal

« Augmenter la beauté du monde, cela vaut mieux que d’attendre l’explication de la laideur et du mal. » 

Philippe Zeissig

vendredi 15 mai 2015

(Ci) Etre dedans!

Ramuz, encore:  
"Il ne faut pas vouloir être en dessus des choses, il faut être dedans. Il ne faut pas savoir pourquoi on vit, il faut seulement vouloir vivre. Vis tant que tu peux et ce sera bien."  
(in "Adieu à beaucoup de personnages...").

mardi 12 mai 2015

(Ci) La paix selon Frère Roger




En hommage à Frère Roger, qui aurait 100 ans aujourd'hui, ces lignes qu'il a écrites à la fin de sa vie:



« Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix » : quelle est cette paix que Dieu donne ?

C’est d’abord une paix intérieure, une paix du cœur. C’est elle qui permet de porter un regard d’espérance sur le monde, même s’il est souvent déchiré par des violences et des conflits.

Cette paix de Dieu est aussi un soutien pour que nous puissions contribuer, tout humblement, à construire la paix là où elle est menacée.

Une paix mondiale est si urgente pour alléger les souffrances, en particulier pour que les enfants d’aujourd’hui et de demain ne connaissent pas l’angoisse et l’insécurité.

Dans son Évangile, en une fulgurante intuition, saint Jean exprime qui est Dieu en trois mots : « Dieu est amour. » Si nous saisissons seulement ces trois mots, nous irons loin, très loin.



Qu’est-ce qui nous captive dans ces paroles ? C’est d’y trouver cette lumineuse certitude : Dieu n’a pas envoyé le Christ sur la terre pour condamner quiconque, mais pour que tout être humain se sache aimé et puisse trouver un chemin de communion avec Dieu.

Mais pourquoi les uns sont-ils saisis par l’étonnement d’un amour et se savent aimés, ou même comblés ?

Et pourquoi d’autres ont-ils l’impression d’être peu considérés ?

Si chacun le comprenait : Dieu nous accompagne jusque dans nos insondables solitudes. À chacun il dit : « Tu comptes beaucoup à mes yeux, tu as du prix pour moi, et je t’aime. »



Le savons-nous assez ? Dieu nous fait tellement confiance qu’il a pour chacun de nous un appel. Quel est cet appel ? Il nous invite à aimer comme il nous aime. Et il n’y a pas de plus profond amour que d’aller jusqu’au don de soi-même, pour Dieu et pour les autres.

Qui vit de Dieu choisit d’aimer. Et un cœur décidé à aimer peut rayonner une bonté sans limites.

Pour qui cherche à aimer dans la confiance, la vie s’emplit d’une beauté sereine.

Qui choisit d’aimer et de le dire par sa vie est amené à s’interroger sur l’une des questions les plus fortes qui soient : comment soulager les peines et les tourments de ceux qui sont proches ou lointains ?



Mais qu’est-ce qu’aimer ? Serait-ce partager les souffrances des plus malmenés ? Oui, c’est cela.

Serait-ce avoir une infinie bonté du cœur et s’oublier soi-même pour les autres, avec désintéressement ? Oui, certainement.

Et encore : qu’est-ce qu’aimer ? Aimer, c’est pardonner, vivre en réconciliés. Et se réconcilier, c’est toujours un printemps de l’âme.


Dans le petit village de montagne où je suis né, vivait près de notre maison une famille nombreuse, très pauvre. La mère était morte. Un des enfants, un peu plus jeune que moi, venait souvent chez nous, il aimait ma mère comme si c’était la sienne. Un jour, il apprit qu’ils quittaient le village et, pour lui, partir n’allait pas de soi. Comment consoler un enfant de cinq ou six ans ? Il n’avait pas le recul nécessaire.

Peu avant sa mort, le Christ assure les siens qu’ils recevront une consolation : il leur enverra l’Esprit Saint qui sera pour eux un soutien et un consolateur, et il demeurera toujours avec eux.

Dans le cœur de chacun, aujourd’hui encore il murmure : « Je ne te laisserai jamais seul, je t’enverrai l’Esprit Saint. Même si tu es au profond du désespoir, je me tiens près de toi. »

Accueillir la consolation de l’Esprit Saint, c’est chercher, dans le silence et la paix, à nous abandonner en lui. Alors, si des événements parfois graves se produisent, il devient possible de les dépasser.



Chercher réconciliation et paix suppose une lutte au-dedans de soi-même. Ce n’est pas un chemin de facilité. Rien de durable ne se construit dans la facilité. L’esprit de communion n’est pas naïf, il est élargissement du cœur, profonde bienveillance, il n’écoute pas les soupçons.

Pour être porteurs de communion, avancerons-nous, dans chacune de nos vies, sur le chemin de la confiance et d’une bonté du cœur toujours renouvelée ?

Sur ce chemin, il y aura parfois des échecs. Alors, rappelons-nous que la source de la paix et de la communion est en Dieu. Loin de nous décourager, nous appellerons son Esprit Saint sur nos fragilités.

Et, tout au long de l’existence, l’Esprit Saint nous donnera de reprendre la route et d’aller, de commencement en commencement, vers un avenir de paix. [1]



 [1] Ces quatre derniers paragraphes retranscrivent les paroles que frère Roger a dites à la fin de la rencontre européenne de Lisbonne, en décembre 2004. Ce sont les dernières paroles qu’il a prononcées publiquement.  


(Po, Ci) La sève et le roc

"... c'est la sève, la grande circulation qui est dans les troncs, dans les moindres tiges, qui raidit les germes sous terre et fait qu'ils percent la terre comme le menuisier une planche de son foret. Et que s'ils rencontrent une pierre, ils la déplacent, un quartier de roc, ils le fendent: frêles et faibles, tellement faibles, plus forts que tout. C'est qu'ils sont appelés au jour.La suscitation du désir est en eux. Tout est suscité, tout ressuscite, tout recommence."

Ramuz, Chant de Pâques 

vendredi 8 mai 2015

(Ci, Ré) Oser


Nous sommes parfois si confortables dans notre inconfort que nous n’osons pas toujours en sortir. Nous préférons rester en territoire connu que de nous aventurer au-delà de nos limites habituelles.

Nous poursuivons notre vie bien ancrés dans notre faux confort matériel, notre sécurité financière irréelle, nos habitudes quotidiennes avilissantes, et même dans une relation qui ne nous satisfait pas. Nous n’osons pas croire que nous pouvons connaître mieux que ce que nous nous sommes réduits à accepter, en reniant des parties de nous-mêmes pour nous y conformer.

Et pourtant, combien de personnes autour de nous nous répètent que nous méritons mieux que notre carcan doré, que nous valons mieux que cette relation irrespectueuse, que nous avons plus de potentiel que cette moyenne dans laquelle nous nous complaisons sans nous y réaliser.

Le but n’est pas de ne jamais être satisfaits, mais au contraire de ne jamais nous contenter de ce qui ne nous satisfait pas, de ce qui ne contribue pas à notre bonheur, à notre épanouissement, à notre mission.

Quand tous les signes de la Vie conspirent à nous indiquer qu’il faut passer à la prochaine étape, c’est qu’il est grandement temps que nous acceptions de nous faire confiance, de faire confiance à la Vie et de croire que quelque chose de plus beau et de plus grand nous attend.

Quand une fausse sécurité nuit à notre bonheur, c’est qu’il est temps d’accepter temporairement l’inconfort de l’insécurité pour vivre pleinement toute notre vie. 

C’est qu’il est temps d’oser.
Sinon, on passe à côté de sa vie.

Diane Gagnon


(Ci) Prends le temps

Prends le temps d'être amical(e) avec toi-même.

dimanche 3 mai 2015

(Pr, Vu) L’escrimeur de la paix, le poisson et la prière

Lectures: Michée 4, 1-4; Ephésiens 4, 29-32

L’œuvre ci-dessous est un tableau de Joseph Martin, qui habite Grandson. Photographe, artiste, devenu un ami depuis que je suis dans la paroisse.



Vous y voyez un escrimeur. À première vue, l’épée évoque davantage la violence que la paix. Mais là, ce n’est pas une épée! C’est un fleuret, « arme » qui n’a pas de tranchant, et avec laquelle on n’a le droit de toucher l’adversaire que de la pointe (laquelle est en fait un bouton, rien qui puisse faire mal. Les fleurettistes sont d’ailleurs très bien protégés, par des masques et des habits qui empêchent toute blessure). Vous connaissez peut-être l’expression « à fleurets mouchetés », qui désigne un débat dans lequel on veille à ne pas attaquer violemment l’adversaire.

Or, « à fleurets mouchetés » rend très bien le message des versets de la lettre aux Ephésiens que nous venons de lire. Discuter, débattre, se rencontrer, se « controverser » parmi, vivre proches, oui, mais dans le respect de l’autre, en gardant toujours la préoccupation première de ne pas le blesser, de ne pas lui faire du mal, intentionnellement ou par mégarde. Eviter les cris et les insultes, ne dire que des paroles utiles (autant que possible!)… Voilà comment nous réjouissons l’Esprit de Dieu. Voilà comment nous favorisons la paix, déjà.

Le fleuret de l’escrimeur de gauche se transforme d’ailleurs en canne à pêche; nous rappelant le verset qu’Alizée nous a cité tout à l’heure, où Jésus dit « Je ferai de vous des pêcheurs d’hommes » (Marc 1, 17). Oui, le Christ a besoin de nous, de nos mains, de nos voix pour que la paix puisse régner sur notre terre.



Au bout du fil, un poisson. Vous savez certainement que le poisson a été, depuis les débuts du christianisme, un symbole essentiel pour les chrétiens. En particulier, sous les persécutions, dessiner un poisson était un signe de reconnaissance, une manière de dire sa foi sans risquer d’être dénoncé par les Romains.

Le poisson est riche de significations symboliques. En plus des pêcheurs d’hommes, il renvoie au baptême et à la résurrection, entre autres. Mais surtout, il est, en grec ancien (langue du Nouveau Testament) un jeu de mots puisque c'est l'acrostiche de la première confession de foi, à la base du christianisme: « Jésus-Christ fils de Dieu, sauveur ».

En effet, si on prend la première lettre des cinq mots grecs qui signifient « Jésus-Christ fils de Dieu, sauveur », on trouve le mot Ichthus, qui veut dire en grec poisson.
•    I    (I, Iota) : Ἰησοῦς / Iêsoûs (« Jésus »)
•    Χ  (KH, Khi) : Χριστὸς / Khristòs (« Christ »)
•    Θ  (TH, Thêta) : Θεοῦ / Theoû (« de Dieu »)
•    Υ  (U, Upsilon) : Υἱὸς / Huiòs (« fils »)
•    Σ   (S, Sigma) : Σωτήρ / Sôtếr (« sauveur »)



« Jésus-Christ fils de Dieu, sauveur ». Le poisson représente donc Jésus!
Or l’escrimeur de droite dirige son fleuret contre le poisson, marqué par une croix.

Jolie manière de dire le mystère de Vendredi-saint! Car l’essentiel du christianisme, c’est ceci: Jésus refuse la violence et les agressions, il s’interpose entre nos attaques et les personnes attaquées. Nos actes de haine, c’est Lui qui les prend contre lui, pour les détourner de nous. Sur la croix, il meurt de ce qui aurait dû nous tuer, nous. Jésus-Christ fils de Dieu est notre sauveur justement à cause de cela.


En haut à droite du tableau, on peut voir un autre symbole du Christ, que Joseph a joliment détourné: un chrisme. Il s’agit des deux premières lettres du nom du Christ, le khi (qui s’écrit « X ») et le rhô (qui s’écrit « P », comme en russe). Le chrisme de base a donc cette forme: 
Souvent, le chrisme est complété par deux autres lettres, l’alpha et l’oméga, la première et la dernière lettre de l’alphabet grec (qui rappellent que, selon l’Apocalypse, Jésus Christ est le commencement et la fin). Ce sigle complété se présente alors comme ceci:

Le « chrisme » de Joseph, vous le voyez, remplace les lettres rhô, alpha et oméga par celles du mot « paix » en latin, PAX. Et le grand khi est formé de deux fleurets!



J’aime bien cette manière de détourner les armes pour promouvoir la paix. Elle renvoie au prophète Michée, dans la belle parole biblique que nous venons de lire. « Ils feront fondre leurs épées pour en faire des pioches, et leurs lances pour fabriquer des faucilles. Chacun alors pourra vivre en paix ». Quelle magnifique promesse!

Pourtant, vous le savez, il suffit d’ouvrir un journal ou d’allumer sa TV pour constater que la paix ne règne pas, mais pas du tout, sur notre terre! En particulier, les violences contre les chrétiens se multiplient, au Proche-Orient, mais aussi en Afrique, je pense au Nigeria. Problème. Si Jésus s’interpose entre la violence et les humains, pourquoi continue-t-il d’y avoir des victimes?

La réponse nous est donnée par un des petits panneaux que nous avons placés à côté de moi avec les catéchumènes: Dieu n’a pas d’autres mains que les nôtres, pour réaliser sa volonté. Pas d’autres bras, d’autres jambes pour protéger les victimes. Pas d’autre porte-monnaie pour organiser les secours. Pas d’autre bouche pour appeler à l’amour. Si nous attendons passivement que le Christ protège les faibles, les victimes, il ne se passera pas grand-chose… Mais si ses paroles nous mettent en route, nous incitent à cultiver les graines de paix qu’il nous offre, alors, oui, le monde vivra mieux, la réconciliation grandira.





Prions donc pour la paix, oui, c’est important. Mais d’une prière qui nous mette en route, nous aussi, pour devenir des instruments de la volonté de Dieu. Chacun(e), faisons fondre nos armes, nos tranchants, nos envies d’agresser les autres, faisons-les fondre au soleil de la passion de Dieu pour nous. Transformons-les en outils qui nourrissent, qui fassent du bien. Alors nous deviendrons réellement des ouvriers de la paix de Dieu, des bâtisseurs de son amour. Amen

Jean-Jacques Corbaz


(voir aussi "L'épée de Jésus et celle de Charlemagne", http://textesdejjcorbaz.blogspot.ch/2016/09/pr-vu-sb-fa-lepee-de-jesus-et-celle-de.html)















samedi 2 mai 2015

(An) 100 ans de frère Roger

Mardi 12 mai 2015, frère Roger, fondateur de la communauté de Taizé aurait eu 100 ans.

En sa mémoire plusieurs prières de Taizé sont organisées dans toute la Suisse.

Ressources et prières recensées sous : www.frereroger2015.ch


Am Dienstag, den 12. Mai 2015 hätte Frère Roger, der Gründer der Gemeinschaft von Taizé seinen 100. Geburtstag gefeiert.

Im Gedenken sind mehrere Gebetsfeiern mit Taizé-Gesängen in der ganzen Schweiz organisiert.

Mehr über den Gebetsfeiern in der Schweiz:
www.frereroger2015.ch








dimanche 19 avril 2015

(Pr, Co, FA, Vu) QuestionDieu.com et Renseignement SVP


1. Je me pose des questions sur l'Ancien Testament. L'image de Dieu n'y correspond pas du tout à celle d'un Dieu d'amour. Je sais que ces textes ont été écrits il y a longtemps, mais que peuvent-ils nous apporter? 

-  Je comprends votre réserve à la lecture de certains textes de l'Ancien Testament. Car, pris à la lettre, ils pourraient conduire à des attitudes de violence religieuse (ils ont d'ailleurs servi à la justification des pires horreurs, notamment le régime de l'apartheid en Afrique du sud!). C'est vrai, l'image de Dieu véhiculée par certains textes peut être en désaccord avec Jésus qui parle d'un Dieu d'Amour et d'Accueil sans condition.

Il est donc toujours important de "hiérarchiser" les textes bibliques. Pour un chrétien, la Révélation du Dieu d'Amour en Christ doit être le point à partir duquel on lit et interprète tous les textes. On ne met pas sur le même pied le Lévitique et l'évangile de Jean, par exemple.

Alors, pourquoi continuer à lire ces textes antiques, et que peuvent-ils nous apporter? D'abord, le NT, la figure du Christ, sa position par rapport à la Loi ou au Temple, sa fonction messianique, tout ça ne peut pas être compris en-dehors de l'histoire de l'AT. Les premiers chrétiens y ont vu comme un accomplissement, et un accomplissement qui opère des modifications. (par ex. l'image du peuple élu, que Jésus a étendue au monde entier, ou le Messie qui n'est plus le vainqueur violent, mais le Souffrant, etc...). Tout ça ne peut se comprendre qu'à la lecture de l'Ancien Testament.

Il est important aussi de replacer les textes dans leur contexte, et de voir les questions en débat: il y a vraiment une évolution de la Révélation: l'AT n'est pas monolithique: on voit par exemple le livre de Job lutter contre une théologie simpliste de la Rétribution (Dieu te punit en t’envoyant des malheurs) qui existe pourtant dans d'autres parties de l'AT.

Enfin, je dirais qu'on peut aussi faire une lecture "psychologique" de l'AT: cette figure de Dieu archaïque qui a été transformée par le Christ est aussi en chacun de nous. Il faut reconnaître ces archaïsmes en nous et les prendre en considération pour "épurer" en quelque sorte notre conception de Dieu, des autres et de nous-mêmes! Par exemple l'appel à l'amour des ennemis dans le Sermon sur la Montagne, quand il est lu à partir de certains textes de l'AT où les ennemis sont exterminés, doit nous faire prendre conscience que les ennemis existent, que nous ne vivons pas dans un monde tout rose. Ça nous permet alors un cheminement intérieur qui transforme notre désir de vengeance en bienveillance active. L'AT peut nous y aider.


















2. Mon fils de 7 ans a été très étonné quand je lui ai dit que Jésus attendait certainement de lui qu'il travaille bien à l'école. Pourriez-vous m'aider à étayer mon affirmation, ou me détromper si nécessaire ?

-  Je comprends l'étonnement de votre fils de 7 ans... Il est sûrement un fin théologien en herbe!

Je comprends aussi votre désir de placer le Christ au milieu des préoccupations quotidiennes, c'est très beau! Le problème, selon moi, c'est que vous placez sur Jésus une attente qui est la vôtre, en tant que parents, comme si Jésus était là pour renforcer votre désir, par ailleurs tout à fait légitime, pour votre enfant. Le risque de cette identification est que vous placez le Christ du côté de l'exigence de réussite. Comment fera votre fils s’il a un passage à vide, devient un peu "flemmard" ou a des mauvais résultats scolaires? Ne risque-t-il pas de croire alors que Dieu lui en veut de ne pas réussir? et donc de culpabiliser encore plus... Ne risque-t-il pas de se faire une conception de Dieu hyperexigeant et de ne jamais alors se sentir à la hauteur... ce qui pourrait lui faire passer à côté du Dieu de grâce qui nous aide, nous relève, nous pardonne...

C'est aussi ce qui peut arriver quand on dit à un enfant: "Fais attention, Dieu voit tout ce que tu fais"... (sous-entendu de mal). Il y a là une pression terrible d'où peuvent naître des images de Dieu néfastes pour l'épanouissement spirituel.

Mieux vaut donc dire à votre enfant que vous souhaitez en tant que parents le meilleur pour lui, et que le travail scolaire en fait partie, mais sans trop y associer Jésus... si ce n'est comme "guide", "aide", "soutien" de l'enfant, qqn à qui il peut toujours s'adresser quand les choses ne vont pas... mais pas comme d'une instance qui renforce l'exigence!


 


3. Je dois animer le thème que voici "Comment provoquer l'intervention de Dieu dans sa vie?".  Pouvez-vous m'aider?

-  Qui a eu l'idée saugrenue de vous donner ce thème ? On ne peut pas provoquer l'intervention de Dieu dans notre vie! Pourquoi? Parce que Dieu ne serait plus Dieu! Pour être Dieu, il Lui faut être maître de toutes choses; donc totalement libre. Si je pouvais provoquer son intervention dans ma vie, il ne serait pas libre d'agir comme bon lui semble: d'intervenir ou de ne pas intervenir.

Vous allez dire que la prière devrait pouvoir provoquer son intervention. Mais il faut aussi concevoir la prière dans le cadre de cette liberté de Dieu totale. Il est libre de répondre comme bon lui semble à ma prière. Celle-ci ne possède aucun pouvoir.

Peut-être demandez-vous, avec cette question, comment ne pas passer à côté de ce que Dieu nous donne, comme on le fait si facilement et comme nombre de nos contemporains le font si aisément. C'est que Dieu intervient, en effet, de mille manières dans nos vies; discrètement; parfois par les interpellations de ses témoins (bibliques, «historiques» ou actuels). Demandons-lui alors de Le reconnaître à l'oeuvre. Demandons-lui d'éclairer notre lanterne de sorte que nous puissions discerner ce qui, dans ce que nous vivons, est sa parole et ce qui ne l'est pas, puis demandons-lui le courage et l'intelligence de le mettre en pratique.


 


4. Quel est le sentiment des protestants sur les autres religions (chrétiennes ou pas) quand au salut ?

-  Je pense que par "salut", vous entendez "salut éternel": Pour les Eglises protestantes, ce "salut" n'appartient qu'à Dieu! Nous croyons en la justification par seule grâce. C'est un don gratuit de Dieu, et aucun être humain ni aucune Institution ne peut se mettre à la place de Dieu pour "juger" du salut d'autrui! Nous ne pouvons que témoigner de cette grâce, reçue en Jésus-Christ, et espérer pour tous et prier pour tous, sans spéculer sur le salut de tel ou tel!

Donc, nous réservons à Dieu le "jugement dernier" sur toute vie! Cela dit, "salut" peut avoir dans la Bible un sens plus "concret": nous sommes sauvés en effet de l'angoisse, de la peur, des superstitions dès maintenant! Dans ce sens, il nous est possible de discerner:
-les "religions"  qui favorisent une libération de tout ce qui nous oppresse,
-de celles qui accentuent la peur et l'angoisse, le sentiment de péché et qui pèsent sur l'être humain. Mais attention, il y a des dérives "opprimantes" dans chaque confession!



5. Comment aimer Dieu quand on vit dans la souffrance?
Aimer Dieu "de tout son cœur, de toute son âme et de tout son esprit", ça paraît compliqué quand on ne vit que dans la souffrance. Comment aimer un créateur qui semble ne vous avoir créé que pour vous voir souffrir? Pourtant, dans la bible, on parle d’un homme qui est resté fidèle à Dieu malgré ses malheurs.

-  Merci pour votre question et votre témoignage. Vous imaginez bien qu'il ne peut y avoir de réponses générales sur ce thème, car chaque souffrance est unique et incomparable! Avant tout, je ne peux que vous témoigner ma compassion.

Mais je tente quand même des pistes de réflexion: D'abord, l'homme dans la Bible resté fidèle à Dieu malgré ses malheurs: c'est Job, dans l'Ancien Testament...Et si vous lisez ce livre, vous verrez que Job certes reste fidèle à Dieu, mais qu'il exprime sa souffrance, voire sa révolte! Il dit des paroles terribles à Dieu qu'il ne comprend plus... Ses amis essaient de le raisonner en prenant la défense de Dieu, en tentant d'expliquer ses malheurs... Mais Job ne supporte pas ce discours; il continue à protester de son innocence, il trouve ses souffrances injustes... A la fin du livre, Dieu donne raison à Job contre les amis. Il a été fidèle à travers sa protestation et sa révolte! Donc, méfions-nous des théories toutes faites sur Dieu (pour ne pas ressembler aux amis). N'hésitez pas à exprimer face à Dieu tout ce qui vous fait mal. L'essentiel n'est pas de vouloir expliquer la souffrance, ni de parler de Dieu, mais de parler à Dieu au coeur même de la souffrance.

Une autre piste dans le NT: Nous venons de vivre le temps de la Passion qui rappelle les souffrances de Jésus. Cela signifie pour moi que Dieu en Jésus entre profondément dans la souffrance du monde, qu'il la partage avec nous pour que nous ne la vivions pas tout seuls. Mieux, il nous offre à l'horizon Pâques, qui est la délivrance de toute souffrance. Pour moi, ça signifie qu'il ne faut pas envisager Dieu comme origine de la souffrance et des maux qui m'arrivent (vous avez raison, comment aimer un tel Dieu?), mais qu'il faut le découvrir comme celui qui est avec moi dans la souffrance, qui m'aide à la traverser et qui m'en libère... Alors, oui, un tel Dieu, je peux l'aimer.... Mais quand on est au creux de la souffrance, il est bien difficile de garder cet horizon d'espérance!


 

6. L'enfer existe-t-il?

-  Les seuls enfers qui existent (oui, il faut malheureusement les mettre au pluriel!), ce sont ceux que les humains eux-mêmes créent sur cette terre, dans des crimes collectifs contre l'humanité dont notre histoire est pleine (par ex. l'inquisition et la Shoah), dans des actes qui bafouent l'amour du prochain. Toute autre image d'un prétendu «enfer» dans l'au delà de cette terre n'est que superstition.

Par contre, il y a aussi sur terre des petits coins de paradis, et des anges qui nous aident à y croire. Comme dans ce récit vécu, que j'aime beaucoup, et qui sera notre conclusion:
.
 
Renseignement SVP
Lorsque j'étais petit, mon père a eu l'un des premiers téléphones du quartier. Je me rappelle très bien la vieille boîte en bois fixée au mur et le récepteur noir accroché sur son côté. J'étais trop petit pour atteindre le téléphone, mais j'aimais écouter ma mère lui parler. J'ai découvert ainsi que dans ce merveilleux appareil vivait une personne fantastique. Son nom était "Renseignement SVP" et elle savait tout! Renseignement SVP pouvait fournir le numéro de n'importe qui, en plus de l'heure exacte.

Un jour où ma mère était sortie, en jouant je me suis fait très mal. La douleur était terrible, mais il n'y avait personne pour m'entendre et me réconforter.
Je suis allé vers l'escalier en suçant mon doigt, et je l’ai vu. Le téléphone! J'ai couru chercher un tabouret à la cuisine et je suis monté dessus, j'ai décroché le combiné.
- Renseignement SVP, dis-je dans le microphone. Un clic ou deux... et j'entends une petite voix claire me dire:
- Renseignement.
Je dis alors:
- Je me suis fait mal au doigt.
- Est-ce que tu saignes? me demande la voix.
- Non, je me suis tapé avec un marteau, ça fait très mal.
Elle me demande alors:
- Peux-tu ouvrir la boîte à glace?
- Oui je peux.
- Alors, prends un petit morceau de glace et pose le sur ton doigt, me dit-elle.

Après cette expérience, j'ai appelé Renseignement SVP pour n'importe quoi. Un jour, je lui ai demandé:
- Comment épelez-vous le mot réparation?
D’autres fois, je l’ai appelée pour qu’elle m'aide pour ma géographie ou mes mathématiques. Elle m'a dit que le petit écureuil que j'avais trouvé dans le parc la veille devait manger des fruits et des noix.

Un peu plus tard, mon canari est mort. J'ai appelé Renseignement SVP et lui ai raconté ma triste histoire. Elle m'a écouté attentivement et m'a dit ce qu'un adulte dit pour consoler un enfant, mais j'étais inconsolable.
Je lui ai demandé, la gorge serrée:
- Pourquoi les oiseaux chantent si merveilleusement et nous procurent tant de joie, si c'est pour finir comme un tas de plumes au fond d'une cage?
Elle a ressenti mon profond désarroi et m'a dit alors, d'une voix calme:
- Paul, rappelle-toi toujours qu'il existe d'autres mondes où l'on peut chanter.
D'une certaine façon, je me sentais mieux.

Tout ça se passait dans la ville de Québec. Puis, alors que j'avais 9 ans, nous avons déménagé à l'autre bout de la province. Je m'ennuyais terriblement de mon amie. Renseignement SVP appartenait à cette vieille boîte en bois de notre maison familiale, et, curieusement, je n'ai jamais songé à utiliser le téléphone neuf étincelant posé sur une table.

Le souvenir de ces conversations de mon enfance ne m'a jamais quitté. Souvent, lors des moments de doute et de difficultés, je me rappelais ce doux sentiment de sécurité que j'avais à cette époque. J'appréciais maintenant la patience, la compréhension et la gentillesse qu'elle a eu à consacrer de son temps pour un petit garçon.

Quelques années plus tard, alors que je me rendais à Montréal, mon avion devait faire une escale à Québec. J'avais une demi-heure d'attente. Comme j’avais mon téléphone dans ma main, sans penser vraiment à ce que je faisais, j'ai composé le "0" et dit:
- Renseignement SVP.
Miraculeusement, j'entendis alors cette même voix claire que je connaissais si bien:
- Renseignement.
Sans avoir rien prévu, je m'entendis lui dire:
- Pouvez-vous m'épeler le mot réparation?
Il y eut un silence. Ensuite, j'entendis la voix si douce me répondre:
- Je suppose que ton doigt est guéri maintenant.
Je me mis à rire:
- C'est donc toujours vous! Je me demande si vous avez la moindre idée comme vous étiez importante pour moi pendant toutes ces années.
- Je me demande, dit-elle, si tu sais combien tes appels étaient importants pour moi. Je n'ai jamais eu d'enfant et j'étais toujours impatiente de recevoir tes appels.
Je lui dis comment, si souvent, j'avais pensé à elle au cours de ces dernières années et je lui demandai si je pourrais la rappeler lorsque je reviendrais:
- Bien sûr, tu n'auras qu'à demander Sarah, me répondit-elle.

Trois mois plus tard, alors que j'étais de nouveau à Québec, une voix différente me répondit:
- Renseignement.
J'ai demandé à parler à Sarah.
- Êtes-vous un ami? me demanda la voix inconnue.
Je lui répondis:
- Oui, un vieil ami.
J'entendis alors la voix me dire:
- Je suis désolée, Sarah ne travaillait plus qu'à temps partiel ces dernières années parce qu'elle était très malade. Elle… elle est morte il y a un mois...
Avant même que j'aie le raccroché, elle ajoute:
- Attendez une minute. Vous avez dit que votre nom est Paul?
Je répondis:
- Oui.
- Eh bien, Sarah a laissé un message pour vous, au cas où vous appelleriez. Ce message, c'est:
«Dites-lui que je crois toujours qu'il y a d'autres mondes où l'on peut chanter. Il saura ce que je veux dire...»
Je lui dis merci et raccrochai.

Oui, je savais ce que Sarah voulait dire...
Ne sous-estimez jamais l'influence que vous pouvez avoir sur les autres. La vie de qui avez-vous touché aujourd'hui?


Anonyme




P.S. Vous désirez aller avoir sur le site même? C'est passionnant: http://questiondieu.com
(Vous avez le lien ci-dessus dans la colonne de droite, sous "Autres sites ou blogs que je vous recommande")


dimanche 12 avril 2015

(Pr, Co) Maxime, hauts et bas de la foi - Narration du 12 4 15

Jérémie 31, 31-33; Jean 11, 21-27; 1 Corinthiens 11, 17-22. Récit d’Actes 20, 7-12

Il voyage beaucoup, Maxime. Il voyage beaucoup, à cause de son métier. Rome, Athènes... Ephèse... Alexandrie... Jérusalem... Depuis des années! Car il dirige un vaste commerce d’épices orientales. Mmh, ça sent bon dans ses entrepôts!

 

Il voyage beaucoup, mon ami Maxime, depuis sa ville, Corinthe. Il travaille dur aussi. On peut le dire: il a réussi dans la vie. Il a des quantités d’amis un peu dans toutes les cités; il est largement au-dessus du besoin. Cultivé, curieux de tout, il parle couramment les langues commerciales de son temps: le grec; le latin; l’égyptien; et même l’araméen et l’hébreu...

Or un jour, à Antioche, Maxime entend parler d’une femme juive qui fait partie d’un groupe étrange: les “chrétiens”. Elle accueille à sa table tous ceux qui sont de passage. On y rencontre, paraît-il, des gens passionnants.

Quelqu’un lui a déjà parlé de cette espèce de secte?... Ah oui, c’est le gérant de son dépôt à Jérusalem; un Juif très religieux et sympathique...

Ce soir-là, Maxime est libre. Pour une fois, il a terminé avec ses rendez-vous d’affaires. Alors, il décide d’aller chez cette femme, pour voir... Et là, il n’est pas déçu: il est accueilli avec chaleur.

À table, son voisin parle beaucoup. Plutôt exalté, le gaillard! Il se présente: Paul; dans le textile! Hébreu, mais, il y tient, mais aussi citoyen romain: il vient de Tarse. Maxime et lui découvrent qu’ils ont plusieurs relations communes, et qu’ils voyagent autant l’un que l’autre. Leurs chemins se sont d’ailleurs déjà croisés parfois, mais sans qu’ils ne se rencontrent.

Tout à coup, Paul s’interrompt et dit:

- Je crois que tout le monde est là, on va commencer!

Et puis, sans s’occuper de Maxime, il s’adresse à toute la tablée, plus de trente personnes:

- Mes frères, mes soeurs; nous sommes réunis, ce premier jour de la semaine, pour que vive en nous Jésus notre Seigneur, le Christ. En rompant le pain, nous recevons le cadeau de sa présence...

Maxime ne comprend pas grand-chose. Et Paul parle; parle avec enthousiasme... Maxime, ébahi, contemple les autres: ils sont tellement attentifs! Mais ce qui le surprend le plus, lui le commerçant grec qui aime l’ordre, ce qui l’étonne, c’est le mélange de tous ces gens: il y a des riches et des pauvres; des patrons et même des esclaves; il y a des hommes et des femmes; des Egyptiens, des Juifs, des Grecs; des gens à la peau foncée... Maxime est interpellé; d’habitude, on ne vit pas comme ça!

Pourtant, il règne là une atmosphère étrange: chacun semble à l’aise avec tous les autres, accepté, reconnu... Maxime a l’impression d’être dans un monde à part.




Alors, quelques jours plus tard, il a envie de revivre ce genre d’ambiance. À Troas, où il se trouve maintenant, il découvre qu’il y a une communauté du même style, une “Eglise de maison”, chez un certain Carpos. Maxime y va. Il y trouve le même accueil chaleureux, le même mélange humain; et le même respect les uns des autres. Un peu moins étonné, un peu moins largué surtout, Maxime sent son intérêt grandir. Il lui vient le désir de faire partie, lui aussi, d’un tel groupe.

Dans toutes les villes importantes où il s’arrête, il trouve une communauté de “chrétiens”. De plus en plus convaincu, il finit par demander le baptême. Et puis, quand il revient chez lui, à Corinthe, il fonde dans sa maison une Eglise pareille à celles qu’il a visitées dans son périple.

Pourtant, l’ambiance n’est pas vraiment la même. La communauté est très mélangée, bigarrée, c’est vrai; mais il y a des petits groupes qui se forment à l’intérieur de son Eglise. Maxime sent des tensions, des rivalités... Ainsi, quand quelqu’un parle, les autres clans ne l’écoutent pas vraiment... Et quand ils rompent le pain, ce n’est pas réellement un partage.

Maxime est déçu. Parfois, il doute de son choix. Mais où a passé cette joie qu’il ressentait si fort aux premiers temps? Cette “communion” chaleureuse?


 

Alors, c’est presque soulagé qu’il prépare son voyage suivant. Oui, ça lui fera du bien de prendre un peu de recul. Et puis, tiens, pourquoi pas, il pourrait retourner chez Carpos; il doit justement passer par là-bas. Peut-être que son ami pourrait lui donner un bon conseil... Et ce serait super de retrouver cette atmosphère positive qui l’avait enthousiasmé, à ses débuts.

À Troas, Maxime est accueilli avec beaucoup de chaleur. Carpos prend des nouvelles de la communauté de Corinthe. Il ne s’étonne pas des difficultés que traverse cette jeune Eglise. “Repose-toi, fais-toi du bien! Demain, c’est dimanche, jour de la Résurrection du Seigneur. Nous allons nous réunir ici pour rompre le pain. Et, tiens-toi bien, quel bol: Paul lui-même sera là, parmi nous!”

Le lendemain, la chambre où se tiennent les réunions est pleine. Maxime est heureux de retrouver bon nombre de connaissances, voire des amis. Il y a aussi plusieurs nouveaux-venus... Tous se saluent, joyeusement. On sent une envie profonde d’échanges et de paix les uns avec les autres. Comme ça fait du bien!

Sur la table, chacun a déposé de quoi manger, pour le repas qu’ils partageront tout à l’heure, après la Cène. Un peu à part, Carpos a placé le pain sur un plat, et le vin dans une cruche. Il y a des fleurs, toutes simples; mais une beauté harmonieuse se dégage de cette table. Tiens, se dit Maxime, c’est une bonne idée de mettre légèrement de côté le pain et la coupe de la communion, pour ne pas les mélanger avec le repas qui suivra.


 

- Frères et soeurs, dit Carpos, nous avons la joie d’accueillir Paul, que vous connaissez tous. Il vient de fêter Pâques à Ephèse, et il va nous parler pour affermir notre foi et notre solidarité en Christ.

L’apôtre prend la parole; rempli d’enthousiasme, comme toujours! Il en a des choses à raconter! La nouvelle Eglise d’Ephèse bouillonne d’espoirs et de projets. Il y a tant de signes que Dieu agit, par son Saint-Esprit!

Paul parle, parle longtemps, pétillant... C’est presque minuit, et il parle toujours! Mais ce soir, Maxime ne trouve pas le temps long: il essaie de graver dans son coeur l’énergie bienfaisante qui se dégage des paroles de l’apôtre; l’optimisme; la conviction aussi... Comment a-t-il pu douter, et se décourager?

Plus tard pourtant, Maxime se souviendra très peu de tous ces mots. Car il va se passer un événement qui va rejeter tout le reste au second plan. Dans la chambre haute, il y a beaucoup de lampes, beaucoup de lumière, donc il fait très chaud. Un jeune homme, qui s’appelle Eutyque, est assis sur le bord de la fenêtre. Soudain, Maxime le voit se pencher, lentement. Mais? Il s’endort! C’est vrai qu’il est tard, et que Paul ne s’arrête pas de prêcher!

Et puis, catastrophe! Dans son sommeil, Eutyque se penche tellement qu’il... tombe par la fenêtre. Ouille! Nous sommes au 2è étage, crie quelqu’un, il va se tuer!

Carpos se précipite dans la nuit de la petite cour, auprès du corps désarticulé. Et là, dans un grand silence soudain, il dit: “Hélas il est mort! Je n’ai rien pu faire.”

Alors Paul dévale les escaliers. Arrivé près de son hôte, il prend Eutyque dans ses bras. “Pas d’inquiétude, fait-il d’une voix forte, il est vivant!!”

- (Hein) qui est vivant, demande une voix?

- Mais, le Seigneur Jésus, répond Paul, ça fait des heures que je vous le dis!
  


L’apôtre remonte alors vers la lumière, dans la pièce illuminée, auprès des autres. Il rompt le pain en remerciant Dieu. Puis il mange, et tous font comme lui. Quant au jeune homme, Eutyque? On l’a porté pour remonter, lui aussi. Il est vivant!

- Oui, vivant! me dit Maxime, très ému.

Il y a maintenant des années que cela s’est passé. L’Eglise de Corinthe a vécu depuis un renouveau étonnant, sous la conduite de mon ami. Car Maxime ne s’est jamais découragé. Cette aventure de Troas, chez Carpos, lui a donné une force intérieure admirable. Et il est devenu, à son tour, un stimulant pour les autres.

Il aime raconter cette histoire; je l’ai entendue au moins 20 fois. S’est-elle réellement passée? Quelle importance, au fond! L’important, c’est qu’elle ait porté, et qu’elle porte encore la communauté dirigée par Maxime; qu’elle lui redonne confiance et rayonnement, dans les difficultés.

- Tu comprends, me dit-il, c’est un signe. La victoire du matin de Pâques, elle s’est manifestée une nouvelle fois, au milieu de nous! Dans la parole partagée; dans le pain rompu, fraternellement; eh bien le Christ devient présent, tout proche. Vivant!
  
- Et... et Eutyque? m’arrive-t-il souvent de demander.

- Le jeune homme? répond Maxime. On ne l’a jamais revu. Paul, lui aussi, a disparu, plus tard, à l’étranger. Mais, ce soir-là, il a été pour moi comme une incarnation du Christ: descendu dans la nuit de la mort, il est remonté vers la lumière de la chambre haute, porteur de vie! Porteur de vie, pour nous tous!
  


- Mais... est-ce que c’est vraiment vrai, ce que tu me racontes là?

- En tout cas, commente Maxime, cet épisode de Troas a toujours été pour moi une source puissante de courage, d’espoir et de solidité. Pour nous tous, ajoute-t-il en regardant sa communauté. Pour nous tous. J’espère qu’un jour, tu pourras le dire toi aussi.

Amen                                      Actes 20, 7-12.    -    Jean-Jacques Corbaz