C'est une plaie, ces intégristes, que ce soit dans le protestantisme, le catholicisme ou l'islam. Ils hurlent plus fort que les autres et feignent d'être la grande majorité, ce qui est faux.
Tous les textes religieux sont d'origine humaine, ils contiennent des erreurs et sont énormément marqués par les valeurs de leur époque. Il faut les lire et les utiliser comme tels, et non comme des absolus. Presque tout le mal vient de là, en religion.
Le fondamentaliste dit "J'ai raison, et l'autre a tort"; le croyant empreint de respect répond "L'autre a ses raisons, et j'ai aussi mes torts".
Pour vous y retrouver
Bonjour! Bienvenue sur ces pages, que j'ai plaisir à ouvrir pour vous!
Vous trouverez sur ce blog différentes sortes de contributions:
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- annonce (An),
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- citation (Ci),
- confession de foi (CF),
- conte (Co),
- formation d'adultes (FA),
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- image (Im),
- liturgie (Li),
- poésie (Po),
- prédication (Pr),
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- sciences bibliques (SB),
- vulgarisation (Vu).
Bonne balade entre les mots!
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mardi 21 janvier 2020
dimanche 19 janvier 2020
(Co, Re) Tu seras reçu au Ciel
Un conte de Guy Gilbert
Une homme meurt et monte au Ciel. St Pierre l’accueille et lui dit :
- Voilà le règlement, tu as besoin de 100 points pour rentrer au Ciel. Raconte-moi tout ce que tu as fait de bon dans ta vie et je t’accorderai un certain notre de points pour chacune de tes actions. Dès que tu atteins cent points, tu es reçu au Ciel.
Une homme meurt et monte au Ciel. St Pierre l’accueille et lui dit :
- Voilà le règlement, tu as besoin de 100 points pour rentrer au Ciel. Raconte-moi tout ce que tu as fait de bon dans ta vie et je t’accorderai un certain notre de points pour chacune de tes actions. Dès que tu atteins cent points, tu es reçu au Ciel.
L’homme répond alors :
- J’ai été marié avec la même femme pendant cinquante ans, je ne l’ai jamais trompée.
- Fantastique ! répond St Pierre. Cela vaut bien deux points.
- Seulement deux points ? J’ai aussi été à la messe tous les dimanches, j’ai été très actif dans ma paroisse et j’ai régulièrement payé le denier du culte.
- Génial ! Cela vaut un point.
- Oh… J’ai créé une soupe populaire dans ma ville.
- Un point !
- J’ai œuvré auprès des plus pauvres.
- Formidable ! Un point de plus ! Cherche encore…
- Mais à ce compte-là, je n’arriverai jamais au paradis ! Mon seul espoir repose sur la grâce et la miséricorde de Dieu.
- Viens, lui répond St Pierre. Sois le bienvenu au paradis. La miséricorde de Dieu, voilà les quatre-vingt-quinze points qui te manquaient.
- J’ai été marié avec la même femme pendant cinquante ans, je ne l’ai jamais trompée.
- Fantastique ! répond St Pierre. Cela vaut bien deux points.
- Seulement deux points ? J’ai aussi été à la messe tous les dimanches, j’ai été très actif dans ma paroisse et j’ai régulièrement payé le denier du culte.
- Génial ! Cela vaut un point.
- Oh… J’ai créé une soupe populaire dans ma ville.
- Un point !
- J’ai œuvré auprès des plus pauvres.
- Formidable ! Un point de plus ! Cherche encore…
- Mais à ce compte-là, je n’arriverai jamais au paradis ! Mon seul espoir repose sur la grâce et la miséricorde de Dieu.
- Viens, lui répond St Pierre. Sois le bienvenu au paradis. La miséricorde de Dieu, voilà les quatre-vingt-quinze points qui te manquaient.
jeudi 9 janvier 2020
jeudi 2 janvier 2020
mardi 24 décembre 2019
(Co) "Les anges font leur gamme" (au singulier, "gamme", vous verrez!), conte du 24 décembre 2019
Les notes de la solidarité
Lecture: Luc 2, 1-20
Tout le village le dit, il n’y a pas plus chenapan que Dominique, le fils des Doleyres. Il ne rate jamais une occasion de jouer un vilain tour; il boit; il s’emporte; il ne respecte rien; et on dit parfois qu’il attend d’être à sa dernière heure pour faire une bonne action!
Heureusement, il n’a pas été nécessaire d’attendre autant. Un soir, c’était la veille de Noël, en rentrant bien tard d’une virée très arrosée, il se retrouve nez à nez avec... une vache! Egarée.
364 jours par an, il l’aurait laissée se perdre dans la nature en rigolant à l’avance des soucis causés au propriétaire. Mais, ce soir-là, est-ce à cause du boeuf de la crèche? Ou plutôt à cause de son éducation de paysan? Ou bien parce que la vache en question ressemble à sa première génisse, Blondine, qu’il a tant regrettée? Allez savoir... Toujours est-il qu’il la ramène à l’écurie de Rémy, son voisin, le Fribourgeois.
Do - ré
Quel étonnement pour ce dernier quand il voit Dominique lui ramener sa vache égarée! Il n’a même pas la présence d’esprit de dire “merci”, tellement il est surpris. L’autre est déjà parti. Tout heureux d’avoir retrouvé sa bête, Rémy regrette de n’avoir pas pu être au moins reconnaissant.
Il y repense le lendemain matin, en rentrant de la laiterie. Si bien qu’à l’instant où il croise la vieille Micheline, qui porte un énorme fagot de bois mort pour chauffer sa chaumière pleine de courants d’air, eh bien il ne se contente pas de la saluer d’un grognement, comme d’habitude; mais, à cause peut-être de son espèce de dette, ou plutôt de son besoin de dire “merci”, Rémy lui propose de l’aider à porter son fardeau.
Ré - mi
La vieille, tout éberluée, accepte en se demandant s’il s’agit d’une farce de la part du jeune Fribourgeois. Mais le trajet se passe sans encombre, et Micheline se retrouve chez elle avec son bois... et avec ses questions: serait-ce un signe de la bonté de Dieu? Micheline, qui est très pieuse, finit par se dire que ce cadeau du Ciel pourrait aussi profiter à d’autres...
Elle a reçu la veille la visite de son neveu, sa visite annuelle, pour Noël. Il lui a apporté un gâteau, bien trop gros pour son maigre appétit. Ni une ni deux, sa décision est prise. Elle emballe la moitié de la pâtisserie et se rend chez ses voisins, les Fattebert. Ceux-ci hébergent une petite orpheline, Fabienne, qui reçoit de tout le jour plus de remontrances et de brimades que de sucreries.
Mi - fa
Fabienne ouvre de grands yeux devant le gâteau. Elle se régale avec tant de bonheur que toute sa fête de Noël en est illuminée, comme d’un grand soleil. En elle, la pâtisserie allume un feu, un feu d’amitié et de tendresse qui cherche un coeur à réchauffer, plus loin.
Elle le trouve facilement, faites-lui confiance! Car Solange, la vieille tante de la maison, quasi aveugle et courbée par les rhumatismes, passe ses journées à s’ennuyer dans sa mansarde. Fabienne fait un effort pour vaincre sa peur des jérémiades de la vieille femme, et monte vers elle. Elle lui récite la poésie qu’elle a apprise à l’école, et lui chante le cantique préparé pour la fête du village. Et repart, aussi vite qu’elle est venue.
Fa - sol
Solange, le coeur rempli de reconnaissance, heureuse d’avoir pu revivre l’atmosphère des Noëls de son enfance, Solange fait une prière. Elle remercie Dieu de lui avoir envoyé un petit ange sur sa route, pour adoucir les longues heures de solitude.
D’avoir partagé ce simple bonheur avec Dieu lui donne envie de le partager avec d’autres. Elle décroche le téléphone pour appeler une amie. Mais, en tâtonnant à la recherche du numéro, elle tombe sur l’adresse des Lacombe. Le grand-père, Larry, est veuf depuis peu, et s’en console avec beaucoup de peine. La solitude, le soir, lui pèse, tout le monde le dit. Tout le monde le sait, mais personne ne fait rien.
Renonçant à sa première idée, Solange téléphone à Larry pour l’inviter à passer un moment chez elle, en fin de journée.
Sol - la
En reposant l’écouteur, Larry reste un long moment immobile. Lui, si seul, qui voyait venir les fêtes avec inquiétude, oh, on a pensé à lui. C’est comme si une boule se dégonflait sur son estomac. Il se surprend à se réjouir, pour la première fois depuis... oh, depuis...
En partant de chez lui, Larry prend un lapin de son clapier. Il a d’abord pensé l’amener à Solange. Mais très vite, un autre visage apparaît dans sa mémoire: Simon, le cordonnier, qui n’arrive jamais à nourrir ses six enfants. C’est là qu’il se rend d’abord. Le cadeau est vite fait: la boutique est ouverte, le lapin change de mains, et, avant que Simon ait compris, Larry a déjà disparu.
La - si
“Qu’est-ce qui lui a pris?” demande la femme du cordonnier quand il lui raconte l’histoire. “C’est étrange, il ne nous a pas habitués à la générosité. Crois-tu peut-être qu’il ait quelque chose sur la conscience, dont il ait voulu se soulager?”
En entendant ces mots, Simon devient tout rouge. Il va au fond de sa boutique et prend une paire de souliers presque neufs. Réparés, mais couverts de poussière. Il les fait briller, puis prend le chemin de la ferme des Doleyres. Ce sont les souliers de bal de Dominique, qu’on lui avait apportés il y a presque une année. Pour les recoudre. Mais le jeune chenapan lui avait cassé plusieurs carreaux à ses vitres quelques jours après; alors, Simon a toujours gardé les souliers, par vengeance, et prétendu qu’il les avait rendus.
“Bonsoir, Dominique. Voici vos souliers. Oublions notre querelle, la réparation ne vous coûtera rien. Je vous souhaite un joyeux Noël.”
Si - do
Le fils Doleyres a oublié depuis longtemps sa bonne action pour Rémy. Mais il a dans les yeux l’éclat de ses souliers, revenus comme neufs. Ce soir-là, il s’endort, vraiment heureux.
Dominique,
Rémy,
Micheline,
Fabienne,
Solange,
Larry,
Simon,
Dominique: c’est comme si une bande d’anges musiciens étaient venus se donner la main, pour entonner la plus belle des musiques de Noël.
Jean-Jacques Corbaz
Lecture: Luc 2, 1-20
Tout le village le dit, il n’y a pas plus chenapan que Dominique, le fils des Doleyres. Il ne rate jamais une occasion de jouer un vilain tour; il boit; il s’emporte; il ne respecte rien; et on dit parfois qu’il attend d’être à sa dernière heure pour faire une bonne action!
Heureusement, il n’a pas été nécessaire d’attendre autant. Un soir, c’était la veille de Noël, en rentrant bien tard d’une virée très arrosée, il se retrouve nez à nez avec... une vache! Egarée.
364 jours par an, il l’aurait laissée se perdre dans la nature en rigolant à l’avance des soucis causés au propriétaire. Mais, ce soir-là, est-ce à cause du boeuf de la crèche? Ou plutôt à cause de son éducation de paysan? Ou bien parce que la vache en question ressemble à sa première génisse, Blondine, qu’il a tant regrettée? Allez savoir... Toujours est-il qu’il la ramène à l’écurie de Rémy, son voisin, le Fribourgeois.
Do - ré
Quel étonnement pour ce dernier quand il voit Dominique lui ramener sa vache égarée! Il n’a même pas la présence d’esprit de dire “merci”, tellement il est surpris. L’autre est déjà parti. Tout heureux d’avoir retrouvé sa bête, Rémy regrette de n’avoir pas pu être au moins reconnaissant.
Il y repense le lendemain matin, en rentrant de la laiterie. Si bien qu’à l’instant où il croise la vieille Micheline, qui porte un énorme fagot de bois mort pour chauffer sa chaumière pleine de courants d’air, eh bien il ne se contente pas de la saluer d’un grognement, comme d’habitude; mais, à cause peut-être de son espèce de dette, ou plutôt de son besoin de dire “merci”, Rémy lui propose de l’aider à porter son fardeau.
Ré - mi
La vieille, tout éberluée, accepte en se demandant s’il s’agit d’une farce de la part du jeune Fribourgeois. Mais le trajet se passe sans encombre, et Micheline se retrouve chez elle avec son bois... et avec ses questions: serait-ce un signe de la bonté de Dieu? Micheline, qui est très pieuse, finit par se dire que ce cadeau du Ciel pourrait aussi profiter à d’autres...
Elle a reçu la veille la visite de son neveu, sa visite annuelle, pour Noël. Il lui a apporté un gâteau, bien trop gros pour son maigre appétit. Ni une ni deux, sa décision est prise. Elle emballe la moitié de la pâtisserie et se rend chez ses voisins, les Fattebert. Ceux-ci hébergent une petite orpheline, Fabienne, qui reçoit de tout le jour plus de remontrances et de brimades que de sucreries.
Mi - fa
Fabienne ouvre de grands yeux devant le gâteau. Elle se régale avec tant de bonheur que toute sa fête de Noël en est illuminée, comme d’un grand soleil. En elle, la pâtisserie allume un feu, un feu d’amitié et de tendresse qui cherche un coeur à réchauffer, plus loin.
Elle le trouve facilement, faites-lui confiance! Car Solange, la vieille tante de la maison, quasi aveugle et courbée par les rhumatismes, passe ses journées à s’ennuyer dans sa mansarde. Fabienne fait un effort pour vaincre sa peur des jérémiades de la vieille femme, et monte vers elle. Elle lui récite la poésie qu’elle a apprise à l’école, et lui chante le cantique préparé pour la fête du village. Et repart, aussi vite qu’elle est venue.
Fa - sol
Solange, le coeur rempli de reconnaissance, heureuse d’avoir pu revivre l’atmosphère des Noëls de son enfance, Solange fait une prière. Elle remercie Dieu de lui avoir envoyé un petit ange sur sa route, pour adoucir les longues heures de solitude.
D’avoir partagé ce simple bonheur avec Dieu lui donne envie de le partager avec d’autres. Elle décroche le téléphone pour appeler une amie. Mais, en tâtonnant à la recherche du numéro, elle tombe sur l’adresse des Lacombe. Le grand-père, Larry, est veuf depuis peu, et s’en console avec beaucoup de peine. La solitude, le soir, lui pèse, tout le monde le dit. Tout le monde le sait, mais personne ne fait rien.
Renonçant à sa première idée, Solange téléphone à Larry pour l’inviter à passer un moment chez elle, en fin de journée.
Sol - la
En reposant l’écouteur, Larry reste un long moment immobile. Lui, si seul, qui voyait venir les fêtes avec inquiétude, oh, on a pensé à lui. C’est comme si une boule se dégonflait sur son estomac. Il se surprend à se réjouir, pour la première fois depuis... oh, depuis...
En partant de chez lui, Larry prend un lapin de son clapier. Il a d’abord pensé l’amener à Solange. Mais très vite, un autre visage apparaît dans sa mémoire: Simon, le cordonnier, qui n’arrive jamais à nourrir ses six enfants. C’est là qu’il se rend d’abord. Le cadeau est vite fait: la boutique est ouverte, le lapin change de mains, et, avant que Simon ait compris, Larry a déjà disparu.
La - si
“Qu’est-ce qui lui a pris?” demande la femme du cordonnier quand il lui raconte l’histoire. “C’est étrange, il ne nous a pas habitués à la générosité. Crois-tu peut-être qu’il ait quelque chose sur la conscience, dont il ait voulu se soulager?”
En entendant ces mots, Simon devient tout rouge. Il va au fond de sa boutique et prend une paire de souliers presque neufs. Réparés, mais couverts de poussière. Il les fait briller, puis prend le chemin de la ferme des Doleyres. Ce sont les souliers de bal de Dominique, qu’on lui avait apportés il y a presque une année. Pour les recoudre. Mais le jeune chenapan lui avait cassé plusieurs carreaux à ses vitres quelques jours après; alors, Simon a toujours gardé les souliers, par vengeance, et prétendu qu’il les avait rendus.
“Bonsoir, Dominique. Voici vos souliers. Oublions notre querelle, la réparation ne vous coûtera rien. Je vous souhaite un joyeux Noël.”
Si - do
Le fils Doleyres a oublié depuis longtemps sa bonne action pour Rémy. Mais il a dans les yeux l’éclat de ses souliers, revenus comme neufs. Ce soir-là, il s’endort, vraiment heureux.
Gamme de do majeur
Extrait d'article provenant du site : https://www.apprendrelesolfege.com/les-gammes-majeures
Extrait d'article provenant du site : https://www.apprendrelesolfege.com/les-gammes-majeures
Dominique,
Rémy,
Micheline,
Fabienne,
Solange,
Larry,
Simon,
Dominique: c’est comme si une bande d’anges musiciens étaient venus se donner la main, pour entonner la plus belle des musiques de Noël.
Jean-Jacques Corbaz
lundi 23 décembre 2019
(Hu, Re) la prière, roue ou volant?
Perso, j'aurais écrit "un meilleur chemin", plutôt que "le droit chemin". Mais l'idée reste excellente.
mercredi 18 décembre 2019
jeudi 12 décembre 2019
vendredi 6 décembre 2019
lundi 2 décembre 2019
(Co, Pr) Ruth ou comment Dieu tient ses promesses
Le racheteur Esaïe 43, 1-4; Jean 6, 30-35; Luc 6, 47-49
C’était au temps où les juges siégeaient aux portes des bourgades, en Israël. C’était il y a longtemps.
Le village, là-haut, semble attendre. Le chemin qui y conduit monte sèchement. Deux femmes, deux silhouettes sombres, marchent dans la poussière. La première avance, droite comme un jeune cyprès, curieuse de tout, observant tout ce qui l’entoure. La seconde a les yeux fixés sur le sol, la tête penchée, trop lourde. Elles s’arrêtent un instant, pour souffler. La plus âgée lève la tête.
Autour d’elles, les oliviers s’étagent en moutonnements couleur vieil argent. Des champs de blé mûrissent au soleil. Et le puits, comme un berger. Le puits... Naomi se souvient. C’est là qu’il lui avait parlé, la première fois. Le dernier champ qui leur reste est juste un peu plus haut, oui, elle le voit d’ici: avoines folles et broussailles... un champ en friche. En friche, comme elle.
Cette année-là, il y a 14 ans, ce champ était sec comme un vieux cuir racorni, et les autres aussi. Des mois sans aucune pluie. Tout avait séché sur pied. Et bientôt, il avait fallu partir, il n’y avait plus de quoi faire du pain.
Partir, quitter la maison, fermer la porte; s’en aller tôt, un peu en cachette; en espérant revenir. Quand même, en descendant le chemin, elle s’est retournée, comme la femme de Lot, elle a regardé (une dernière fois?) le village, son village qui n’a plus de pain pour elle... Bethléem. La maison du pain. Un peu de son coeur a durci, là, en partant.
Plus loin dans la plaine, à une semaine de marche, s’étalait un pays de champs verts et gras. Le pays de Moab, dont le roi est éleveur! On les a bien accueillis, un peu comme des réfugiés. Les deux garçons se sont vite habitués, son mari a trouvé du travail, ils ont pu manger, se rassasier.
Moab, où l’eau ruisselle!
Mais ce n’était pas la maison; pas le même peuple; pas le même Dieu; pas le même lieu.
Surtout quand survient le malheur. Un jour, on a ramené son mari, Elimélek, couché. Il est mort en moins d’une semaine.
* *
Elle est seule maintenant, avec cette blessure ouverte; et plus personne avec qui parler d’avant. Les garçons ont oublié, ils s’intègrent, comme on dit. Ils fréquentent des filles d’ici, des païennes. On arrange les mariages. Elle ne s’oppose pas: elle aimerait tant des petits-enfants! Assurer une descendance à Elimélek, et réveiller, avec un rire de petit, son coeur à elle, son coeur tout racorni...
Mais un jour, on ramène son fils Marhlôn, - mourant...
Puis un autre jour, on ramène son fils Kilyôn, mourant...
Il y a un mot pour dire qu’on n’a plus de parents; il y a un mot pour dire qu’on n’a plus de pays; un mot pour “sans mari” et un pour “sans femme”. Mais il n’y a pas de mot pour les deux fils qu’elle a perdus.* *
C’est alors qu’elle apprend que son peuple revit; la pluie est revenue, le blé pousse, et lui donne à nouveau du pain. Naomi décide de retourner chez elle, à Bethléem. Puisqu’elle est privée d’avenir, autant revenir au passé. Et quand ses belles-filles veulent la suivre, elle refuse:
- Rentrez chez vos parents. Retrouvez un autre homme, ayez des enfants. Moi, je n’ai plus de mari, plus de vie à vous offrir! En moi, il n’y a plus que l’amertume et la mort.
La première, Orpa, se met à pleurer. Elle prend congé de sa belle-mère et s’en va, toute triste. Mais Ruth, elle, lève les yeux sur le visage déjà vieux; sur les bras qui ont porté son mari, il y a longtemps - ces bras si frêles, maintenant. Comme de fines baguettes prêtes à casser.
- Non, fait-elle, jamais! Jamais je ne te laisserai seule, Naomi, je t’accompagne, même si tu ne veux pas de moi.
Les deux femmes se mettent donc en route sous le soleil de plomb. Quand elles arrivent, c’est le temps des blés mûrs. Les villageois, méfiants, regardent de loin ces silhouettes inconnues. Des étrangères? Mais soudain quelqu’un crie:
- Naomi? Naomi, c’est toi? Mais ça fait plus de dix ans!
Une petite foule les entoure en pépiant, questionnant. Mais Naomi repousse toutes ces présences joyeuses:
- Je ne suis plus “ma gracieuse” (c’est la signification de Naomi). En moi, tout est sec et amer, comme nos champs quand je vous ai quittées. Appelez-moi Mara, amertume.
* *
Le lendemain, Ruth la Moabite se lève tôt pour aller aux champs, glaner, puisque c’est le temps de la moisson. Et Mara reste seule. Elle retrouve ce qu’elle a laissé il y a 14 ans: la maison... avec en plus 14 ans de poussière et d’abandon. Et ses souvenirs, qui tournent en rond. Comment s’en sortir, seule, sans soutien, sans homme? Il lui reste un champ. Après la récolte, elle le vendra, ça les aidera à tenir quelque peu avant de devoir mendier.
Le soir, elle guette le retour de celle qui est devenue son unique famille. Bientôt, elle l’aperçoit au bout du chemin, ployant sous un sac énorme! Mara se précipite, elle l’aide; le sac est étonnamment lourd, plus de 25 kilos de grains!
Et Ruth raconte: elle a trouvé un champ, les moissonneurs lui ont permis de rester derrière les filles qui ramassent. Vers midi, le maître est arrivé; il l’a fait venir. Elle a eu peur d’être chassée, mais au contraire, il lui a parlé avec bonté. Et lui a permis d’aller avec les ramasseuses. Au moment du repas, il l’a appelée pour qu’elle vienne manger vers eux, à l’ombre... Comme si elle était son employée! Il a même dit aux hommes de ne pas l’importuner. Alors elle a demandé pourquoi il la traitait ainsi, elle, une inconnue. Le maître a répondu qu’on lui avait raconté au village ce qu’elle avait fait pour sa belle-mère.
- Il s’appelle Booz. Il m’a dit que je pourrai retourner sur ses champs tous les jours de moisson!
Pour Mara, c’est un choc. Booz est un cousin de son mari. Un racheteur. Elle explique à Ruth la coutume juive: on ne laisse pas une famille s’éteindre. Si un homme meurt sans héritier, le plus proche parent du défunt épouse sa veuve pour qu’elle porte un enfant. Il assure ainsi une succession au premier mari. C’est un racheteur.
Chaque matin, Ruth retourne aux champs de Booz. Et Mara réfléchit.
* *
À la fin de la moisson, elle dit à Ruth:
- Tu es bonne pour moi. Ecoute ce que tu vas faire, ce sera ta récompense: aujourd’hui, Booz va battre son grain. Ce soir, quand le vent montera de la mer, il vannera avec ses gens. Puis il va manger et boire. Enfin, il se couchera juste à côté du tas de grains - c’est l’habitude, pour décourager les voleurs. Alors, quand il dormira, tu t’approcheras de lui. Lave-toi, parfume ton visage, et reste discrète!
Tout se passe comme elle l’a dit. Sur l’aire de battage, il fait nuit. L’odeur sèche du grain se pose partout, comme un merci. Il n’y a aucun bruit, juste le frôlement d’un petit animal et la respiration régulière du maître, endormi près du tas.
Une ombre alors se détache de l’obscurité, s’approche silencieuse du dormeur, soulève son manteau et se couche à ses pieds. L’homme ne s’est même pas réveillé, et la nuit, un instant dérangée, retrouve sa paix.
Booz rêve. Peut-être voit-il un arbre majestueux s’élever de sa poitrine: un chêne. Une dynastie s’y déploie comme une chaîne. Un roi pareil à une étoile y chante la gloire du Seigneur. Et tout en haut, un Fils meurt sur le bois nu.
Une sensation de froid réveille Booz: ses pieds sont découverts. Mais il sursaute: contre lui, il sent le tiède d’un corps, le parfum d’une femme.
- C’est moi, Ruth. Tu es racheteur. S’il-te-plaît, épouse-moi!
- Ruth? Toi? Bénie sois-tu! Tu es un trésor précieux! ... C’est vrai, je suis racheteur, mais il y en a un autre, plus proche parent, c’est lui qui a la priorité. Ecoute: demain je m’occuperai de tout. S’il veut te racheter, il le fera; sinon, ce sera moi. Recouche-toi, ne t’inquiète pas.
Quand le jour se lève, un petit matin pâle et calme, Booz la réveille. Elle a de la paille dans les cheveux. Il la lui enlève doucement. Puis il dit:
- Ecarte ton manteau.
Il y verse une large mesure de blé, comme une promesse.
- Rentre maintenant, il vaut mieux.
Elle retourne vers sa belle-mère en tenant le grain contre elle. Et ça lui fait le ventre rond.
Et Mara, en entendant tout ça, sent qu’en elle Naomi se réveille.
* *
Le même matin, Booz se rend à la porte du bourg. Il réunit dix juges. Et quand passe le premier racheteur, il l’appelle:
- Ecoute, viens ici! Naomi et Ruth vendent leur champ. Le veux-tu? Tu es le premier racheteur, que choisis-tu?
- Eh bien oui, ça m’intéresse!
- Alors, fait Booz, tu sais que tu dois, selon la coutume, prendre chez toi la veuve du mort, et lui assurer une descendance.
L’homme hésite. Ce qu’il achèterait avec son argent, ce ne serait pas pour ses fils, mais pour ceux de Ruth, la Moabite.
- Alors, je préfère renoncer. Si tu veux, rachète à ma place.
Booz se tourne vers les juges:
- Vous entendez, aujourd’hui je rachète ce qui était au mari et aux fils de Naomi. Je rachète aussi Ruth et je leur donnerai une descendance.
- C’est bien, disent les juges, nous en sommes témoins!
Ainsi, Booz épouse Ruth. Et bientôt, elle attend un enfant.
Le jour de sa naissance, on appelle la nouvelle grand-mère. Les femmes chantent autour d’elle: “Béni soit le Seigneur, Il t’a donné un racheteur qui te nourrit et te protège! Un rédempteur! La vie a repris dans ta lignée!”Naomi serre l’enfant contre elle. Son coeur se réveille complètement. Oui, béni soit le Seigneur, il est fidèle pour les morts et pour les vivants!
Le bébé reçoit le nom d’Oved, ce qui veut dire “serviteur”.
Oved sera le grand-père d’un roi qui chantera la gloire de Dieu: David. Et David aussi aura de nombreux descendants... comme une chaîne qui mène à cette nuit étonnante où le ciel chantera: à Bethléem, “la maison du pain”, le descendant d’Oved pousse son premier cri. Dieu vient de donner à tous un Racheteur. On l’appelle Emmanuel. Dieu avec nous.
Il est pour nous le pain vivant venu du ciel. Amen
conte d’Alix Noble, légèrement adapté par Jean-Jacques Corbaz
mercredi 20 novembre 2019
(Ci) Deux perles de "soif"
Amélie Nothomb:
"D'une manière générale, les morts sont moins bêtes que les vivants."
("Soif, p. 143)
"Il faut accepter ce mystère: vous ne pouvez pas concevoir ce que les autres voient dans votre visage."
(Ibid, p. 152)
mardi 19 novembre 2019
(Pr, SB, Vu) Dieu n'est pas juste juste!
Prédication du 18 novembrrr 2019 - "Qu'est-ce que je Lui ai fait?"
« La souffrance, l'injustice... et Dieu dans le livre de Job »
Lectures: Job 9, 14-24; Job 27, 1-6; Jean 9, 1-7

Je vous propose ce matin d’essayer de comprendre quelques éléments du livre de Job. Un livre difficile, qui se coltine avec la question douloureuse de la souffrance et de l'injustice, et de Dieu là au milieu. Nous en entendrons tout-à-l’heure deux passages.
Et, puisque nous ne pouvons pas lire les 42 chapitres de ce livre, permettez que je vous en rappelle les grandes lignes. Il s’agit d’un conte oriental, adapté par le judaïsme, pour méditer la question du mal dans le monde.
Job est un homme riche. Immensément riche. Honnête et bon, aussi. Un juste, à qui tout réussit. Il est sans reproches devant Dieu.
Mais tout à coup, sur l’instigation de Satan (l’Esprit du mal), tous les malheurs possibles tombent sur Job. Ses troupeaux et ses employés sont massacrés par des brigands. Ses 7 fils et ses 3 filles sont tués par un ouragan. Puis il est ruiné. Et enfin il tombe gravement malade.
Pourtant, Job refuse de maudire Dieu, il ne veut en aucun cas l’offenser.
Surviennent alors trois amis, qui viennent lui dire leur sympathie et le réconforter. La Bible raconte qu’ils restent auprès de Job 7 jours et 7 nuits sans parler, tant sa souffrance leur paraît grande.
Job alors se plaint de ses malheurs. Et ses amis se mettent à chercher les causes de ce qui est arrivé. En effet, on croyait à cette époque que tous les malheurs étaient envoyés par Dieu!
“Tu es puni parce que tu as péché”, lui dit-on. “Mais non, répond Job, je n’ai rien fait de mal”.
“Alors, tu as péché sans le savoir, ou bien ce sont tes enfants. Il n’y a pas de fumée sans feu!”. “Mais non, répond Job, je suis sûr que non”. Ecoutons sa réponse, au chapitre 9: Job 9, 14-24.
Etonnante actualité!
La discussion continue. Les amis continuent de faire valoir mille arguments, cela sans jamais remettre en question leur point de départ, qui est: Dieu a forcément de bonnes raisons de te punir.
De son côté, Job reste sur ses positions. Ecoutons ce qu’il affirme au chapitre 27. Ce passage sera au centre de notre prédication: Job 27, 1-6.
À la fin, Job se tournera vers Dieu lui-même. Et, effectivement, seul Dieu parviendra à faire bouger notre héros de ses positions, en lui montrant que l’homme est trop petit, dans le monde, pour comprendre tout ce qu’il s’y passe. La notion de justice absolue nous dépasse complètement.
Tout cela, Job le reconnaît. Alors, Dieu reproche aux trois amis de ne pas avoir dit la vérité sur lui, Dieu, sur sa justice. Puis il rétablit Job dans toutes ses richesses, à double même! Il lui donne de nouveau 7 fils et 3 filles, et le comble de bénédictions jusqu’à sa mort.
Pourtant, vous le savez, cette idée que nos malheurs sont une punition pour nos péchés va subsister longtemps. Vous connaissez sans doute ce passage de l’évangile: Jean 9, 1-7.

(prédication)
Face à la souffrance, face à l’injustice, comment réagir? Qu’est-ce que notre foi au Christ peut dire?
L’histoire de Job va peut-être nous aider à trouver quelques éléments. Mais n’attendez pas de cette prédication des réponses parfaites et définitives, des explications pleinement satisfaisantes: il n’y en a pas, ici-bas!
(1°) Première remarque: en effet, dans l’Eglise (comme ailleurs!), on est souvent très pressé d’expliquer les choses, de trouver des causes à ce qui nous arrive, à ce qu’on vit. Comme les trois amis de Job, on court à des raisonnements qui s’avèrent boiteux, parce qu’on parle de Dieu comme on parlerait d’un être humain. Mais il est impossible d’enfermer Dieu dans notre logique, comme il est impossible d’enfermer le feu... ou l’espoir!
Dans l’Eglise (comme ailleurs!), on explique, et on explique mal, parce qu’on part d’un principe qui n’est pas vrai toujours et partout. La base de notre raisonnement est fausse, ou plutôt: elle ne discerne qu’une petite partie de la vérité. Dieu est juste? Oui, mais sa justice va se traduire comment, face à nous qui ne le sommes pas?
Premier point, donc: face à la souffrance, face à l’injustice, ne pas essayer de vouloir tout expliquer; mais accueillir; mais constater (avec respect, avec amour, sans juger), constater tout ce qui fait souffrir cette personne, là, en face de moi.
Vous vous souvenez? Les trois amis de Job sont restés sans parler pendant... vous vous souvenez? 7 jours et 7 nuits! En serions-nous capables? 7 jours et 7 nuits! Et la suite montre bien qu’ils ont encore parlé beaucoup trop tôt!
(2°) Deuxième remarque. Dans tous ces 42 chapitres, il y a une chose étonnante: toujours, les trois amis parlent de Dieu. Job, lui, parle à Dieu. Et celui-ci l’approuve.
Job crie vers Dieu son amertume, sa révolte: il ne mérite pas cela! Ne fait-il pas comme beaucoup de nos contemporains, quand ils disent: “Qu’est-ce que j’ai fait au Bon Dieu pour que cecicela?”
Il y a une différence, pourtant, qui est essentielle: Job ne dit pas: “Qu’est-ce que j’ai fait au Bon Dieu?” - mais il plaide: “Seigneur, tu sais bien que je suis innocent; alors, pourquoi tout ce qui m’arrive?” Job parle toujours devant Dieu, en sa présence. C’est lui qui affirme, au milieu de ces dialogues avec les trois amis, ce verset bien connu: “Je sais que mon Rédempteur est vivant, et qu’à la fin il se lèvera sur la terre. Je sais que mon Rédempteur est vivant, c’est en lui que j’espère”.
Job donc ne fait pas de discours sur les raisons de Dieu, comme les trois amis. Il crie à lui. Avec confiance. Avec foi!
Second point, donc: lorsque je suis confronté à l’injustice et à la souffrance, Dieu est heureux que je crie vers lui. Que je proteste, que je questionne, que j’affirme ne pas être d’accord. Dieu m’encourage à hurler ma plainte. Si je lui dit: “Tu es un salaud”, ça vaut mille fois mieux que de renoncer.
(3°) Troisième remarque, et troisième étonnement: dans tous ces dialogues où il crie à l’injustice, Job ne perd jamais la conscience de sa valeur. Notre passage se termine par ces mots: “Je ne renie rien, je n’ai pas honte de ma vie”. Après tout ce qui lui est arrivé!
“Non, rien de rien, non je ne regrette rien: ni le bien qu’on m’a fait, ni le mal, tout ça m’est bien égal”! Oui, Job me fait penser à Edith Piaf. J’imagine que vous connaissez un peu la vie de cette chanteuse, qui s’est cassé la figure à peu près autant de fois qu’elle est tombée amoureuse!
Troisième point donc: dans le pétrin, dans la mouise, tâcher de garder confiance en notre propre valeur. Face à des victimes, face à des gens brisés par la vie, tout faire pour les aider à conserver la conscience de ce qu’ils valent de positif. Les tuiles qui les accablent n’enlèvent rien au fait qu’ils sont des humains à part entière, qui ont droit au respect, à l’équité, à la confiance. Et qui ont le droit de se respecter eux-mêmes, de se faire confiance!
(4°) J’arrive au bout. Mais il faut parler du Nouveau Testament. Car Jésus, lui, est venu nous dire, et venu vivre au milieu de nous à peu près cela, ce que le livre de Job tente de nous faire comprendre. Face à cet aveugle de naissance, les disciples, comme les amis de Job, se disent: “Il y a bien une raison. Qui a péché, pour qu’il naisse ainsi?”
Là, Jésus est très clair: son handicap ne vient ni de son péché, ni de celui de ses parents, ni de personne. Jésus n’est pas venu expliquer le mal, l’injustice et la souffrance, comme les hommes le croyaient: il est venu accueillir ceux qui souffrent, exactement comme le soulignait notre première remarque. Accueillir ceux qui souffrent avec respect, avec amour, sans jugement.
Jésus, ensuite, est venu présenter ces souffrances devant Dieu, tout à fait dans le sens de notre deuxième remarque. Ces injustices, ces révoltes, il vient les crier avec nous, pour nous, il les portera sur la croix, pour les tourner vers le Père dans un geste d’offrande! Il vient nous aider à prier, à clamer nos douleurs, à mettre Dieu dedans. Jésus n’est pas venu expliquer le mal, l’injustice et la mort; non, il est venu les remplir de la présence de Dieu!
Enfin, Jésus est venu nous dire que, dans nos catastrophes, dans l’horreur même, dans l’enfer terrestre que tant d’humains traversent, Jésus est venu nous dire que, même là, nous sommes les enfants de Dieu. Surtout là! Nous sommes enfants de Dieu, donc des gens infiniment dignes d’être aimés, des personnes d’une valeur inestimable, dans le droit fil de notre troisième remarque!
Jésus rend la vue à l’aveugle que tous accusaient, rejetaient. Il ira jusqu’à donner sa vie à notre place, pour nous prouver que Dieu nous aime à la folie, justement là, dans les souffrances les plus terribles.
Et Vendredi Saint nous ramènera au raisonnement des trois amis de Job; mais... à l’envers: car à Golgotha, Dieu n’est pas juste, mais alors pas du tout! Son amour est si grand qu’il en efface sa justice, pour ne pas nous condamner!
Il refuse que sa justice l’entraîne dans une logique de punition. Dieu n’est pas juste, mais il aime. Il nous aime! Amen
Jean-Jacques Corbaz
« La souffrance, l'injustice... et Dieu dans le livre de Job »
Lectures: Job 9, 14-24; Job 27, 1-6; Jean 9, 1-7

Je vous propose ce matin d’essayer de comprendre quelques éléments du livre de Job. Un livre difficile, qui se coltine avec la question douloureuse de la souffrance et de l'injustice, et de Dieu là au milieu. Nous en entendrons tout-à-l’heure deux passages.
Et, puisque nous ne pouvons pas lire les 42 chapitres de ce livre, permettez que je vous en rappelle les grandes lignes. Il s’agit d’un conte oriental, adapté par le judaïsme, pour méditer la question du mal dans le monde.
Job est un homme riche. Immensément riche. Honnête et bon, aussi. Un juste, à qui tout réussit. Il est sans reproches devant Dieu.
Mais tout à coup, sur l’instigation de Satan (l’Esprit du mal), tous les malheurs possibles tombent sur Job. Ses troupeaux et ses employés sont massacrés par des brigands. Ses 7 fils et ses 3 filles sont tués par un ouragan. Puis il est ruiné. Et enfin il tombe gravement malade.
Pourtant, Job refuse de maudire Dieu, il ne veut en aucun cas l’offenser.
Surviennent alors trois amis, qui viennent lui dire leur sympathie et le réconforter. La Bible raconte qu’ils restent auprès de Job 7 jours et 7 nuits sans parler, tant sa souffrance leur paraît grande.
Job alors se plaint de ses malheurs. Et ses amis se mettent à chercher les causes de ce qui est arrivé. En effet, on croyait à cette époque que tous les malheurs étaient envoyés par Dieu!
“Tu es puni parce que tu as péché”, lui dit-on. “Mais non, répond Job, je n’ai rien fait de mal”.
“Alors, tu as péché sans le savoir, ou bien ce sont tes enfants. Il n’y a pas de fumée sans feu!”. “Mais non, répond Job, je suis sûr que non”. Ecoutons sa réponse, au chapitre 9: Job 9, 14-24.
Etonnante actualité!
La discussion continue. Les amis continuent de faire valoir mille arguments, cela sans jamais remettre en question leur point de départ, qui est: Dieu a forcément de bonnes raisons de te punir.
De son côté, Job reste sur ses positions. Ecoutons ce qu’il affirme au chapitre 27. Ce passage sera au centre de notre prédication: Job 27, 1-6.
À la fin, Job se tournera vers Dieu lui-même. Et, effectivement, seul Dieu parviendra à faire bouger notre héros de ses positions, en lui montrant que l’homme est trop petit, dans le monde, pour comprendre tout ce qu’il s’y passe. La notion de justice absolue nous dépasse complètement.
Tout cela, Job le reconnaît. Alors, Dieu reproche aux trois amis de ne pas avoir dit la vérité sur lui, Dieu, sur sa justice. Puis il rétablit Job dans toutes ses richesses, à double même! Il lui donne de nouveau 7 fils et 3 filles, et le comble de bénédictions jusqu’à sa mort.
Pourtant, vous le savez, cette idée que nos malheurs sont une punition pour nos péchés va subsister longtemps. Vous connaissez sans doute ce passage de l’évangile: Jean 9, 1-7.

(prédication)
Face à la souffrance, face à l’injustice, comment réagir? Qu’est-ce que notre foi au Christ peut dire?
L’histoire de Job va peut-être nous aider à trouver quelques éléments. Mais n’attendez pas de cette prédication des réponses parfaites et définitives, des explications pleinement satisfaisantes: il n’y en a pas, ici-bas!
(1°) Première remarque: en effet, dans l’Eglise (comme ailleurs!), on est souvent très pressé d’expliquer les choses, de trouver des causes à ce qui nous arrive, à ce qu’on vit. Comme les trois amis de Job, on court à des raisonnements qui s’avèrent boiteux, parce qu’on parle de Dieu comme on parlerait d’un être humain. Mais il est impossible d’enfermer Dieu dans notre logique, comme il est impossible d’enfermer le feu... ou l’espoir!
Dans l’Eglise (comme ailleurs!), on explique, et on explique mal, parce qu’on part d’un principe qui n’est pas vrai toujours et partout. La base de notre raisonnement est fausse, ou plutôt: elle ne discerne qu’une petite partie de la vérité. Dieu est juste? Oui, mais sa justice va se traduire comment, face à nous qui ne le sommes pas?
Premier point, donc: face à la souffrance, face à l’injustice, ne pas essayer de vouloir tout expliquer; mais accueillir; mais constater (avec respect, avec amour, sans juger), constater tout ce qui fait souffrir cette personne, là, en face de moi.
Vous vous souvenez? Les trois amis de Job sont restés sans parler pendant... vous vous souvenez? 7 jours et 7 nuits! En serions-nous capables? 7 jours et 7 nuits! Et la suite montre bien qu’ils ont encore parlé beaucoup trop tôt!
(2°) Deuxième remarque. Dans tous ces 42 chapitres, il y a une chose étonnante: toujours, les trois amis parlent de Dieu. Job, lui, parle à Dieu. Et celui-ci l’approuve.
Job crie vers Dieu son amertume, sa révolte: il ne mérite pas cela! Ne fait-il pas comme beaucoup de nos contemporains, quand ils disent: “Qu’est-ce que j’ai fait au Bon Dieu pour que cecicela?”
Il y a une différence, pourtant, qui est essentielle: Job ne dit pas: “Qu’est-ce que j’ai fait au Bon Dieu?” - mais il plaide: “Seigneur, tu sais bien que je suis innocent; alors, pourquoi tout ce qui m’arrive?” Job parle toujours devant Dieu, en sa présence. C’est lui qui affirme, au milieu de ces dialogues avec les trois amis, ce verset bien connu: “Je sais que mon Rédempteur est vivant, et qu’à la fin il se lèvera sur la terre. Je sais que mon Rédempteur est vivant, c’est en lui que j’espère”.
Job donc ne fait pas de discours sur les raisons de Dieu, comme les trois amis. Il crie à lui. Avec confiance. Avec foi!
Second point, donc: lorsque je suis confronté à l’injustice et à la souffrance, Dieu est heureux que je crie vers lui. Que je proteste, que je questionne, que j’affirme ne pas être d’accord. Dieu m’encourage à hurler ma plainte. Si je lui dit: “Tu es un salaud”, ça vaut mille fois mieux que de renoncer.
(3°) Troisième remarque, et troisième étonnement: dans tous ces dialogues où il crie à l’injustice, Job ne perd jamais la conscience de sa valeur. Notre passage se termine par ces mots: “Je ne renie rien, je n’ai pas honte de ma vie”. Après tout ce qui lui est arrivé!
“Non, rien de rien, non je ne regrette rien: ni le bien qu’on m’a fait, ni le mal, tout ça m’est bien égal”! Oui, Job me fait penser à Edith Piaf. J’imagine que vous connaissez un peu la vie de cette chanteuse, qui s’est cassé la figure à peu près autant de fois qu’elle est tombée amoureuse!
Troisième point donc: dans le pétrin, dans la mouise, tâcher de garder confiance en notre propre valeur. Face à des victimes, face à des gens brisés par la vie, tout faire pour les aider à conserver la conscience de ce qu’ils valent de positif. Les tuiles qui les accablent n’enlèvent rien au fait qu’ils sont des humains à part entière, qui ont droit au respect, à l’équité, à la confiance. Et qui ont le droit de se respecter eux-mêmes, de se faire confiance!
(4°) J’arrive au bout. Mais il faut parler du Nouveau Testament. Car Jésus, lui, est venu nous dire, et venu vivre au milieu de nous à peu près cela, ce que le livre de Job tente de nous faire comprendre. Face à cet aveugle de naissance, les disciples, comme les amis de Job, se disent: “Il y a bien une raison. Qui a péché, pour qu’il naisse ainsi?”
Là, Jésus est très clair: son handicap ne vient ni de son péché, ni de celui de ses parents, ni de personne. Jésus n’est pas venu expliquer le mal, l’injustice et la souffrance, comme les hommes le croyaient: il est venu accueillir ceux qui souffrent, exactement comme le soulignait notre première remarque. Accueillir ceux qui souffrent avec respect, avec amour, sans jugement.
Jésus, ensuite, est venu présenter ces souffrances devant Dieu, tout à fait dans le sens de notre deuxième remarque. Ces injustices, ces révoltes, il vient les crier avec nous, pour nous, il les portera sur la croix, pour les tourner vers le Père dans un geste d’offrande! Il vient nous aider à prier, à clamer nos douleurs, à mettre Dieu dedans. Jésus n’est pas venu expliquer le mal, l’injustice et la mort; non, il est venu les remplir de la présence de Dieu!
Enfin, Jésus est venu nous dire que, dans nos catastrophes, dans l’horreur même, dans l’enfer terrestre que tant d’humains traversent, Jésus est venu nous dire que, même là, nous sommes les enfants de Dieu. Surtout là! Nous sommes enfants de Dieu, donc des gens infiniment dignes d’être aimés, des personnes d’une valeur inestimable, dans le droit fil de notre troisième remarque!
Jésus rend la vue à l’aveugle que tous accusaient, rejetaient. Il ira jusqu’à donner sa vie à notre place, pour nous prouver que Dieu nous aime à la folie, justement là, dans les souffrances les plus terribles.
Et Vendredi Saint nous ramènera au raisonnement des trois amis de Job; mais... à l’envers: car à Golgotha, Dieu n’est pas juste, mais alors pas du tout! Son amour est si grand qu’il en efface sa justice, pour ne pas nous condamner!
Il refuse que sa justice l’entraîne dans une logique de punition. Dieu n’est pas juste, mais il aime. Il nous aime! Amen
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