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mardi 30 décembre 2025

(Hu) Catherine de Médicis et l'astrologue

Son astrologue lui ayant prédit qu'elle mourrait « près de Saint-Germain », Catherine de Médicis refusa de se rendre à Saint-Germain-en-Laye. Sur son lit de mort, à Blois, elle demanda son nom au confesseur appelé auprès d'elle, lequel répondit :
- Julien de Saint-Germain.

lundi 29 décembre 2025

(Co) Le cadeau de Paillette la petite licorne

Conte de Noël pour mes petits-enfants, dont beaucoup sont fans des licornes

Paillette était une petite licorne à l’esprit vif et qui posait beaucoup de questions. Elle vivait heureuse au Pays des licornes avec ses parents. Son papa s’appelait «Papa», et sa maman s’appelait…. vous savez comment? Oui, Naya, elle s’appelait «Maman», tu as trouvé. Bravo, tu m’épates, là!!  :-)

Un jour, Paillette voit une grande agitation parmi le peuple des licornes. Elle de-mande à ses parents ce qui se passe. Maman lui explique que tous les animaux sont appelés à venir devant Dieu. Donc les licornes, mais aussi les chats, les éléphants, les zèbres… enfin, tous! Il paraît qu’il a quelque chose de très important à nous dire.

«Peut-être qu’il a décidé de donner des super-pouvoirs à tous les êtres vivants de la terre, dit Paillette. Ce serait supergéant! Moi, je n’ai pas encore reçu le mien, et je me réjouis trop de savoir ce que ce sera!»

«Mmmmh, je ne crois pas, dit Papa. Tu vois, Paillette, si tous avaient des super-pouvoirs, ils risqueraient trop de les utiliser pour se faire du mal les uns aux autres. Ils en font déjà assez comme ça! Il n’y a que nous, les licornes, qui sommes assez sages pour en avoir.»



Arrivés devant Dieu, tous les animaux sont excités et impatients. L’ange Gabriel, qui est un peu le sous-chef de Dieu, a bien du mal à faire respecter un peu d’ordre et de silence. «Chhhhhhhutt! Dieu va parler! Écoutez-le!»

«Bonjour vous tous, dit Dieu. J’ai une grande nouvelle à vous annoncer: je vais avoir un enfant!»

À ces mots, l’excitation reprend de plus belle. Certains dansent de joie. D’autres imaginent déjà comment ils pourraient célébrer l’évènement.

«Silence, dit l’ange Gabriel. Dieu n’a pas fini!»

«En effet, dit Dieu. Je vous ai appelés parce que je vais avoir besoin de certains d’entre vous.»

En entendant cela, les lions se mettent à rêver tout haut: «Nous pourrions nous tenir tout près de lui pour qu’on voie bien que c’est un enfant de roi!» Les dragons aussi s’écrient: «Nous viendrons pour le protéger, nous cracherons le feu sur ceux qui pourraient lui faire du mal!»

L’ange Gabriel agite sa petite cloche. «Silence, s’il vous plaît, crie-t-il.» Il commencerait sérieusement à s’énerver s’il n’avait pas une patience… d’ange!

«En fait, dit Dieu, je n’aurai pas besoin des lions ou des dragons. Pour que mon fils soit vraiment un homme comme les autres, il doit rester ordinaire, fragile et humble. C’est nécessaire pour qu’il annonce à tous que je les aime, que je ne veux jamais les punir ni leur faire de mal; et que je n’ai qu’un désir, c’est que chaque personne agisse aussi de cette façon.»

Tous les animaux sont très étonnés. Ils pensaient que Dieu, pour être Dieu, devait impressionner les foules, et pas rester tout en bas de l’échelle. L’ange Gabriel lui-même en oublie d’agiter sa clochette pour demander le silence.

Mais Dieu continue: «Alors, je vais avoir besoin des animaux les plus simples et les moins glorieux. D’abord l’âne. Et puis le 
bœuf. Et encore des moutons, un grand troupeau de moutons.»

«Et nous?» s’écrient les autres. «En fait, je n’ai pas besoin d’autres animaux pour le moment, répond Dieu. Peut-être que j’aurai besoin du lapin plus tard, lors de la fête de Pâques. L’âne et 
le bœuf se tiendront à côté de la crèche où mon fils sera couché, comme le plus pauvre des plus pauvres. Et les moutons se reposeront dans les prés, gardés par leurs bergers. Mes anges viendront les avertir de la naissance du bébé.»

Paillette est très déçue. Pas de super-pouvoirs? Pas besoin de licornes, elles qui sont pourtant parmi les plus sages et les plus intelligentes? Quelques larmes coulent autour de son museau, et elle s’écrie: «Mais c’est pas juste!»

«Tais-toi!», dit Maman. Mais Dieu a entendu Paillette. Il lui fait signe d’approcher. «Pourquoi dis-tu que ce n’est pas juste, petite licorne?»

«Mais vous avez dit que vous n’aviez besoin que d’animaux humbles et ordinaires. Pourtant, il y aura aussi les anges, qui ne sont pas du tout effacés ni fragiles!»

«Eh, tu es intelligente, Paillette, s’exclame Dieu. C’est une excellente remarque. Mais sache d’abord que les anges sont ceux qui sont le plus proches de moi, ils vivent chaque jour auprès de moi et m’aident dans mes tâches quotidiennes. Ils sont pour moi un peu comme les lutins du Père Noël, tu vois? Et puis, j’ai besoin d’eux pour annoncer la grande nouvelle aux êtres humains.»

Paillette n’est pas complètement convaincue: «Nous, les licornes, nous pourrions le faire tout aussi bien!»

Dieu réfléchit quelques secondes, puis il reprend d’une voix douce: «Eh bien, Paillette, j’ai une idée. Je te donne maintenant ton super-pouvoir. Oui, ton super-pouvoir, ce sera que tu puisses prendre l’apparence de n’importe quel être vivant, à ta guise. Et tu pourras en changer quand tu voudras.»

Paillette saute de joie. «Oh, merci, merci!»

«Ainsi, dit Dieu, tu pourras prendre l’apparence d’un ange lors de la nuit magique où mon fils naîtra. Et tu pourras aller avec tous mes amis chanter la gloire du Ciel qui descend sur la terre.»

Paillette ne peut plus rien dire, tellement elle est heureuse. Elle entend à peine Maman qui lui dit: «Tu sais, le fils de Dieu, il aura quand même un super-pouvoir. Parce qu’aimer tous les humains, et tous les êtres vivants, il faut un pouvoir incroyable pour y arriver!»

  

Après une attente qui semble à Paillette une éternité, le grand soir est enfin là! L
bœuf et l’âne se tiennent doucement dans une vieille étable, à côté d’une crèche pleine de poussière. Les moutons, sous la garde de leurs bergers, somnolent paisiblement dans leur champ, à bonne distance du village. Et les anges attendent le signal divin derrière un nuage, avec la petite licorne qui est exactement comme eux.

Un homme et une femme entrent dans l’étable, fatigués et inquiets. La femme se couche sur la paille, le bébé va naître. L’homme essaie de rassurer la future mère: «Tout ira bien, ici, nous serons à l’abri.»

Tout à coup, Gabriel murmure, mais tous l’entendent: «C’est le moment, on y va!» L’enfant est né! Ses parents l’enveloppent d’un chiffon en guise de lange, en guise de couche, et le déposent tendrement dans la crèche.

Les anges filent vers les bergers. Mais soudain Paillette est prise d’une inquiétude nouvelle: comment pourrait-elle chanter? Elle ne connaît pas la musique des anges. Elle n’y avait pas pensé avant, toute à l’excitation de l’attente. Mais Gabriel la rassure: «Ne t’en fais pas, tu verras, tout ira bien. Tu chanteras aussi bien que les autres!»

Et effectivement, tout se déroule parfaitement. Gabriel parle aux bergers, et leur annonce la naissance merveilleuse. Puis la chorale des anges entonne un hymne à la gloire du Seigneur: «Glooooria, gloire à Dieu au ciel et sur la terre, et paix partout pour les humains, qu’il aime!» La petite licorne, tout étonnée, chante aussi bien que les autres.

Et puis, l’hymne terminé, la troupe des anges rentre auprès de Dieu. Toute la troupe? Non, car Paillette n’avait pas envie de les suivre. Elle désirait tant voir la suite, et le bébé divin. Alors elle s’est cachée derrière un buisson, pour voir sans être vue.

Et tout-à-coup, elle a une idée: puisqu’elle peut prendre n’importe quelle apparence, elle va se déguiser en agneau! Elle pourra se mêler au troupeau sans se faire remarquer. Car sinon, une licorne au milieu de cent moutons, ça ferait trop bizarre!

Semblable à une petite brebis timide, elle se glisse au milieu des autres agneaux, qui regardent tous le ciel, pour voir les anges s’envoler. Et de là, elle entend les bergers qui discutent: «Nous pourrions aller à Bethléem, voir ce bébé que Dieu nous envoie» dit l’un. «Oui, répond un autre, avec joie. Mais il faudrait lui apporter un cadeau.» «C’est juste, approuve un jeune pâtre, mais quoi? Nous n’avons rien, nous sommes trop pauvres.»

Le plus âgé des bergers réplique: «Nous allons lui amener un agneau, ce sera un beau cadeau. Toi, Raphaël, choisis le plus beau, le plus doux, le plus tendre de nos moutons.»

«D’accord, bonne idée!» Raphaël parcourt le troupeau, et regarde chacune des bêtes avec attention. Soudain, il s’écrie: «J’ai trouvé le plus joli, le plus doux, le plus tendre de nos moutons!» Avez-vous deviné? C’est Paillette qu’il a choisie. Paillette qu’il emporte sous son bras pour rejoindre les autres.

Et c’est ainsi que la petite licorne, sous l’apparence d’un agneau, s’est mise en route avec les bergers pour aller voir l’étable, à Bethléem, et le fils de Dieu.
  
 

Arrivés au village, vous devinez la suite. Ils trouvent le bébé et ses parents, l’âne et lbœuf, comme Dieu l’avait dit. Ils racontent la visite des anges, et offrent leur cadeau. L’enfant tend la main et caresse la douce toison de Paillette, oh, que c’est agréable! «Chers bergers, dit la jeune maman, votre agneau est si beau, si doux, si tendre! Notre fils le gardera toujours avec lui, ce sera comme un doudou, mais un doudou vivant. Merci, merci beaucoup!»

Et c’est ainsi que Paillette et Jésus sont devenus les meilleurs amis du monde, et ne se sont plus quittés. Quand ils étaient seuls tous les deux, la petite licorne prenait la forme de n’importe quel animal pour amuser l’enfant. Mais dès que quelqu’un d’autre arrivait, elle redevenait le gentil mouton de la crèche.

Et grâce à Paillette, Jésus a compris une chose très importante: c’est que le plus grand bonheur, ce n’est pas de recevoir un cadeau. Le plus grand bonheur, ce n’est même pas non plus d’offrir un cadeau. Non, le plus grand bonheur, c’est de s’offrir soi-même, c’est de devenir soi-même un cadeau pour les autres.

 

Et pour conclure, je vous invite aussi à chanter: «Glooooria, gloire à Dieu au ciel et sur la terre, et paix partout pour les humains, qu’il aime!» *


Jean-Jacques Corbaz, Noël 2025

mercredi 24 décembre 2025

(Pr) César-Auguste et la compta

Prédication du 24.12.25 -  16h (à deux voix avec l'abbé G. Carrel)

Lectures bibliques:  Luc 2, 1-7 et  Romains 8, 31-35 + 37-39

 

J: César Auguste, empereur de Rome... 

G: En voilà un qui se moquait pas mal de Dieu, du Seigneur d’Israël, et de tous ses projets. Il était au-dessus de tout ça. À des kilomètres!

J: César Auguste, en plus, avait tellement à faire. Quand on est empereur romain, qu’on domine sur l’univers, eh bien on n’a pas le temps de s’occuper de Dieu, ni de l’écouter, - encore moins d’en tenir compte.

G: L’ennui, vous savez, c’est qu’il n’y a pas que les empereurs romains qui n’ont pas de temps à perdre avec Dieu... Hum!

J: César Auguste a donc son travail, important; un travail d’empereur. Et ce travail, c’est de dénombrer, de recenser, d’additionner... Oui, les empereurs aiment toujours compter.

G: L’ennui, vous savez, c’est qu’il n’y a pas que les empereurs qui aiment compter...    

J: “En ces jours-là, donc, parut un décret de César Auguste, pour dénombrer tout l’univers.”

G: Car Auguste veut mesurer toute sa puissance. Les renseignements que lui donnent ses gouverneurs ne lui suffisent pas. Il lui faut des chiffres précis pour pouvoir apprécier l’étendue de son pouvoir. Et le pouvoir, pour un empereur, c’est tant de sujets, tant de contribuables, tant de soldats... tant d’or dans ses caisses...

J: César Auguste se sentira plus grand quand il saura sur combien de sujets il règne,

G: Combien l’adorent... combien le craignent...    

J: Chiffres en main, tout joyeux, ivre de puissance, il dira fièrement:

G: “Je suis le patron révéré de tant de sujets, 50 millions, 60 millions, je suis EMPEREUR, je suis DIEU!”


J: - Qui est-il, César Auguste? Un empereur, oui... mais encore? Il représentes les chefs d’Etat, les ministres, les puissants de tous les temps, oui... mais encore? Car Auguste a traversé les siècles, c’est également vous, c’est moi, aussi, quand nous additionnons et multiplions, quand notre passion du pouvoir ou des chiffres nous donnent l’illusion de maîtriser un petit bout du monde.

G: Nous comptons tous, à notre échelle. Nous recensons tous, et peut-être encore plus autour de Noël!    

J: Il y a celles et ceux qui dénombrent leur avoir en banque, leurs papiers-valeurs, portefeuilles... immobilier, constructions, rendement... 

G: Disques vendus, contrats de sponsors...    

J: Il y a celles et ceux qui recensent leur popularité, leur pouvoir médiatique, leur autorité...

G: ... tant de « like »,  tant de passages à la télé!

J: Y en a même qui additionnent leurs trésors spirituels: 

G: ... tant de dons... tant de bonnes actions... tant de prières ou de conversions!

J: Dans quelques Conseils, on en arrive à soupeser l’Église:

G: ... tant de personnes au culte, ... tant de catéchumènes inscrits, ... tant de jeunes qui confirment...

J: Et là, je me sens un peu concerné...

G: L’amour des nombres, n’est-ce pas souvent aussi de l’amour-propre?


J: Comprenez bien: ce n’est pas que compter soit mauvais en soi. Il faut parfois compter - et il y a des gens dont c’est le métier, utile et nécessaire. Compter n’est pas mauvais en soi, à une condition...

G: Une condition que Noël vient nous rappeler, justement:

J: En effet, si Auguste comptait, il y en a un sur qui il ne comptait pas. Et qui apparaît juste au moment où il entre dans les comptes de Rome. Et l’empereur, à supposer qu’il ait eu connaissance de l’événement, l’empereur aurait pu dire:

G: “Un de plus!”

J: Mais, en fait, cette personne supplémentaire allait signifier que tout compterait différemment, dorénavant. À la limite, ce “Un de plus!” veut dire “Tous les autres en moins”, “tout le reste en moins.”...

G: Toute la puissance d’Auguste craque à ce moment précis. Condamnée, murée dans ses livres de comptes.

J: Nous aussi, quand nous entendons parler de Jésus Christ, nous pouvons dire comme l’empereur:

G: “Un de plus!”

J: “Un ami de plus!”    

G: “Un soutien de plus!”

J: “Une chance en plus!”    

G: “Un de plus, à côté de mon argent, de mes avantages!”    

J: Saurons-nous discerner ce que cette personne supplémentaire signifie en fait pour nous: que tout comptera différemment, dorénavant... Qu’à la limite, ce “Un de plus!” veut dire “Tous les autres en moins”, “tout le reste en moins.”...

G: Car ce “un” là, c’est celui qui dit à Auguste, très doucement, avec un respect infini:

J: “Non, ce n’est pas vrai; tu ne possèdes pas 50 ou 60 millions de sujets. C’est à moi qu’ils appartiennent. Et toi avec eux!  Mais, tu sais: c’est aussi à eux que je me donne! Tu le vois, la vraie richesse n’est pas où tu croyais, elle réside dans le don pour les autres, dans le cadeau de sa personne, qui fait se lever à nouveau l’espoir!”


 

G: Et c’est cela, Noël: un cadeau comme on n’en a jamais reçu. C’est Dieu qui déboule en plein cœur de notre vie...

J: ... Notre vie avec ses désirs de puissance, avec ses petits comptes...

G: C’est Dieu qui débarque, comme il y a 2’000 ans    au milieu de la cohue et de l’embouteillage du recensement de César Auguste. Il arrive tout simplement, minusculement, fragilement.

J: “Joseph, comme les autres, monta de Galilée pour se faire recenser. Avec Marie, enceinte. Le moment d’accoucher arriva, là, et elle mit au monde son premier-né...”    

G: Un simple fait divers. Un souffle infime, face au branle-bas de l’empereur de Rome. D’ailleurs, à part quelques bergers, des demi-sauvages, personne ne s’est dérangé. Jésus a commencé sa vie aussi petitement, aussi banalement que vous et moi l’avons commencée. Dieu soit loué, ça veut dire que c’est notre vie...

J: insignifiante, épuisante, voire tuante...

G: ça veut dire que c’est notre vie qu’il est venu vivre. Et que c’est elle qui conduit à la lumière d’En-Haut. De notre vie maladroite, il dit:

J: “C’est la mienne. Ce n’est pas que je veuille y régenter tous vos détails, oh non, pas du tout! Je ne veux pas te faire obéir, je veux te sauver. Te redonner une liberté sur tes rêves de puissance et sur ta comptabilité. Te remettre debout! Moi, je ne calcule pas, je n’amasse pas, non: je me donne.”



 G: C’est cela, Noël, mes amis: tout est changé, et... nous sommes changés!

J: Nous pouvons devenir les reflets d’une lumière différente, qui fait sortir autant des constats de force que des constats de précarité. De déficit ou de manque. Qui aide à compter sur un trésor mille fois autre. Et pourtant gratuit.

G: Et si par hasard nous croyons que nos cœurs, nos vies, ce n’est pas plus reluisant qu’une étable, eh bien, tant mieux: vous le savez, c’est justement là que Jésus a voulu naître!

J: Dites, si c’était cela, notre cadeau de Noël: que nous puissions aussi y naître?
Amen !


Jean-Jacques Corbaz

lundi 1 décembre 2025

(Pr) La patience et l’espérance - 1er décembre 2025


Lectures: Jacques 5, 7-11; Matthieu 13, 33.

Patience. Le mot n’est pas très à la mode. Dans une société stressée, dans un monde où le temps s’emballe, où la vie est une course-poursuite, dans un temps où nous n’avons plus le temps d’attendre, eh bien! les appels de la Bible à la patience nous semblent plutôt déplacés. Désuets. Démodés.

Patience. Parfois pourtant, nous n’avons pas le choix. Des évènements nous forcent à attendre: la maladie; l’expérience du deuil, ou de la séparation; les handicaps du grand âge; la vie dans un établissement médicalisé… 

Prendre patience… Ce sont aussi parfois des évènements heureux qui le demandent: la construction d’une amitié, ou d’un amour; l’attente d’un bébé, et même la lente création d’une relation entre parents et enfant, quand il est arrivé. La patience fait partie du jeu des relations humaines.

Mais qu’est-ce que la Bible veut nous dire autour de ce thème? Est-ce qu’elle nous appelle, comme on le dit souvent, à une patience passive, résignée, dans le style: «Tu souffres? Console-toi: au Ciel, tu seras heureux. Alors… patiente!»

Une religion qui affirmerait cela serait pleinement l’opium du peuple, selon le mot de Karl Marx, c’est-à-dire une consolation artificielle, comme la drogue. Une espèce de «truc» pour que les plus défavorisés ne se révoltent pas.

Dans la Bible, le passage principal concernant la patience se trouve dans la lettre de Jacques, au chapitre 5. Écoutons-le dans une traduction la plus fidèle possible.

«Soyez persévérants, frères, jusqu’à ce que le Seigneur vienne. Voyez comment le paysan prend patience en attendant que la terre produise les récoltes dont il a besoin: il travaille patiemment jusqu’à la maturité des derniers fruits.
Vous aussi, soyez persévérants. Gardez courage, car la venue du Seigneur est proche.
Ne vous jugez pas les uns les autres, ne vous plaignez pas d’autrui: ce n’est pas à vous de vous juger.
Frères, souvenez-vous des prophètes qui ont parlé au nom du Seigneur. Prenez-les comme modèle de persévérance dans l’adversité, on les déclare heureux parce qu’ils ont tenu bon. 
Vous avez aussi entendu parler de la patience fidèle de Job, et vous savez ce que Dieu lui a accordé à la fin. Car le Seigneur est plein de bonté et de bienveillance.»


Je vous propose également un verset de l’évangile selon Matthieu, au chapitre 13:

«Jésus leur dit une autre parabole: ‘Le Royaume des cieux ressemble au levain qu’une femme prend et mélange à 25 kg de farine, jusqu’à ce que toute la pâte ait levé.»


(après le cantique:)

 


Nous sommes en 1989. Un scandale secoue l’Angleterre. Rassurez-vous, pas d’histoire de galipettes ou de corruption. Ce qui avait déclenché la polémique, c’était le nouveau portrait officiel de la reine Elisabeth. Sur cette photo, ô horreur, on pouvait voir que la souveraine, 63 ans alors, avait des cheveux blancs! qu’elle avait aussi des rides sur le front! et même quelques plis sur le cou! Réaction ulcérée de beaucoup d’Anglais qui n’acceptaient pas de voir les signes de l’âge sur Sa Majesté.

Le temps qui passe est une des choses les plus difficiles à admettre. Il fait partie de nos propres limites, celles qui nous empêchent d’être le personnage idéal de nos rêves. Nous trouvons qu’il va trop vite. Ou trop lentement. Nous sommes si souvent en train d’attendre, ou en train de regretter.

«Soyez persévérants, mes frères», dit l’apôtre. La lettre de Jacques nous invite  à une approche du temps qui ne soit ni piétinement d’impatience ni résignation passive. Ni fuite en avant ni nostalgie d’un passé révolu. «Soyez persévérants, jusqu’à ce que le Seigneur vienne».

C’est une lettre pour ce temps de l’Avent, ces quatre semaines qui nous conduisent à Noël.

On ne sait même pas si son auteur est un juif ou un chrétien. En tout cas, l’épître ne mentionne jamais Jésus, ni les apôtres, ni l’Église. Il est probable qu’il s’agisse d’un juif qui attend le Messie. Comme nous, qui revivons, chaque dimanche de l’Avent, l’attente, l’ouverture à la naissance du Christ.

«Soyez persévérants, jusqu’à ce que le Seigneur vienne». Et pour nous, c’est la naissance de Jésus parmi nous qui change notre manière d’habiter le temps. Parce qu’il est venu lui-même y demeurer, et s’y soumettre aux lois du temps. Aux limites des heures, des jours et des années. Jésus est venu habiter notre temps pour le travailler, comme le levain fait bouger la pâte.


C’est à cette attente-là; c’est à cette patience, qui est active et non résignée; c’est à cette persévérance que la lettre de Jacques nous invite, conformément d’ailleurs à la plupart des autres textes bibliques à ce sujet. 

Et l’exemple qui nous est proposé nous empêche clairement de nous tromper: l’image du paysan. Impossible, quand on cultive, d’accélérer la croissance de ses plantes par son agitation ou par son stress. Les choses viennent en leur temps, et les cheveux blancs aussi. Reine ou pas!

Mais l’attente du paysan n’est pas de la passivité, bien sûr. Enlever les mauvaises herbes, traiter, tailler, arroser, protéger des oiseaux ou d’autres indésirables… le travail ne manque pas. J’aime que dans la Bible, quand on nous parle d’attendre, on nous donne l’exemple de gens qui patientent en travaillant. Et non les bras croisés!

On a, dans le passé, tellement parlé de la nécessité d’être patient, pour le chrétien, qu’on a produit beaucoup de résignés, de fatalistes, de victimes de l’opium du peuple. Sans doute aujourd’hui faut-il au contraire encourager plutôt l’impatience!

Je suis d’avis qu’aujourd’hui, l’adversaire de la foi, ce n’est pas l’impatience, mais le découragement. Oui, l’adversaire de la foi, ce n’est pas l’impatience, mais le découragement. Si, comme le chantait Jacques Brel, «le monde sommeille par manque d’imprudence», on peut dire aussi que le monde sommeille par manque d’impatience. Par excès de résignation.

Les autres images proposées ensuite par l’apôtre confirment cette interprétation: les prophètes et Job, cités en exemples, ont espéré activement; ils se sont engagés de toutes leurs forces pour que ce qu’ils attendaient soit plus fort que le monde fataliste et fermé où ils vivaient. Ils ont refusé de justifier trop facilement les erreurs ou les injustices qu’ils subissaient. 

En cela, pouvons-nous ajouter en tant que chrétiens, en cela ils annoncent le Christ. Lui non plus ne s’est pas résigné à la victoire du mal. Lui aussi a refusé au présent le droit de triompher sur l’avenir. Lui aussi a refusé au destin de prendre la place de Dieu!

Même au travers de la souffrance, Dieu poursuit ses objectifs. Et les prophètes, et Job, et Jésus, par leur attente active, par leur travail patient, nous aident à faire de même!



 
Alors, frères (et sœurs), patience! Mais patience dans l’action, et pas dans l’inaction! Persévérance, espérance qui engage, voilà le message de la lettre de Jacques pour cet Avent.

Christ est à la porte, et sa venue est trop importante pour que nous restions empêtrés dans les histoires d’hier et d’avant-hier. Dans les jugements, dans les disputes contre les autres ou contre nous-même. Les culpabilités, Jésus vient les enlever. Inutile donc de les cultiver!

Par contre, puisque Jésus vient habiter le temps, il nous appelle à l’habiter aussi, avec lui. À aimer ce temps qui nous entoure, à l’accepter comme on accueille un nouveau-né dans sa famille. À aller au rythme du temps, comme on respecte le rythme d’un bébé ou d’une personne âgée, même si son temps n’est pas le nôtre.

Dieu a pris du temps pour nous! Il s’est mis à notre rythme, à notre portée, il nous laisse le temps de le rejoindre! C’est pourquoi nous, chrétiens, nous avons beaucoup moins de risques de nous décourager: car nous savons que rien, ici-bas, dans notre temps, rien n’est absolu. Rien n’est définitif. Le monde nouveau que Dieu re-crée pour nous, hors du temps, nous donne du recul. Face à l’éternité, et surtout face à un Dieu qui abandonne son éternité pour venir à notre rencontre, que représentent quelques rides et quelques cheveux blancs?

Aucun échec n’est le dernier. Aucune défaite n’est définitive, puisque Dieu travaille avec nous pour transformer la pâte! C’est pourquoi nous pouvons risquer notre vie, dans ce temps. Il nous est donné comme un champ à cultiver, un espace où faire pousser les fleurs de l’amitié, et les fruits d’un amour qui s’engage.

Je vous propose, pendant le silence et le morceau de musique qui viennent, de réfléchir à ces questions: comment remplir ce temps de l’Avent et de Noël? À qui pourrais-je donner un signe de cette présence? À qui vais-je offrir un peu de mon temps, même si je ne lui «dois» rien?
Amen

Jean-Jacques Corbaz

(Hu) La faute à qui ?

 

Première femme élue questeure de l'Assemblée nationale française, Denise Cacheux participe à une table ronde du Parti socialiste concernant la loi sur la parité. Durant son intervention, un militant hostile au projet crie :

- Mal baisée !

- La faute à qui, camarade ?

 

 

(Li, Hu) Accueil - La jument du Père François

Bonjour, et merci d’être venus vivre ce culte !

 

C’est, il y a très longtemps, l’histoire du Père François qui se mariait. Après la fête, il retrouve sa jument qui tire la voiture des jeunes époux. Mais la bête est un peu rétive ce jour-là. Elle refuse d’avancer. François dit alors sèchement « Un ! ». Sa jeune femme le regarde, surprise, mais ne dit rien.

Plus loin, passant près de la fontaine du village, la jument s’arrête pour boire. François tire sur le mors et dit sèchement « Deux ! ». La jeune épouse le regarde, étonnée, mais ne dit rien.

À la sortie du village, une meule de foin semble attendre. La jument s’arrête pour manger, mais François tire sur le mors et dit froidement « Trois ! ». Puis il sort son pistolet et abat sa monture d’un coup dans la tête.

La jeune femme, choquée, s’écrie : « Mais François, c’est trop cruel. Pourquoi as-tu tué cette pauvre bête ? »

François regarde sèchement son épouse et dit seulement : « Un ! »…

Il paraît qu’il n’a plus jamais été contredit dans son ménage.

 

Eh bien, chers paroissien.ne.s, chers ami.e.s, notre Père du Ciel n’agit pas ainsi ! On a trop souvent cru qu’il nous dirigeait par des menaces, par la peur et les punitions. Mais ce temps de Noël qui s’approche veut nous le rappeler fermement : ce n’est que par amour, par passion pour nous qu’il veut nous conduire.

 

Bienvenue…

 

 

Jean-Jacques Corbaz, novembre 2025       

 

mercredi 12 novembre 2025

(Bi) Religions et violences

J’ai lu sur Internet un texte qui m’a fait réagir 

 « J’ai rien contre les religions, je dis juste que ça fait quand même beaucoup de guerre (sic) pour savoir qui a le meilleur pote imaginaire. »


À cela, j’ai envie de répondre:

Je suis désolé, mais la personne qui a écrit ça ne connaît pas grand chose ni aux religions ni aux conflits. Les guerres et les violences sont causées par les fanatismes ou la soif de pouvoir. Les fanatismes sont parfois religieux, parfois nationalistes, parfois sportifs (ah le foot....); ils sont toujours réducteurs et contraires à la religion telle que je la conçois.

Pourtant, je ne vais pas faire la guerre à ceux qui pensent différemment de moi. La foi telle que je la vis est plutôt une recherche de paix, et un antidote à la violence, aux fanatismes et aux recherches de pouvoir qui oppriment. Dieu est pour moi du côté des victimes, pas des bourreaux.

Etty Hillesum, une grande chrétienne, a écrit ces mots très pertinents, et que j’approuve entièrement :

« Je ne vois pas d’autre issue : que chacun de nous fasse un retour sur lui-même et extirpe et anéantisse en lui tout ce qu’il croit devoir anéantir chez les autres. »

Vous savez, les gens qui font la guerre ne le font quasi jamais pour « savoir qui est le meilleur dieu » ; ils le font parce qu'ils se sont fait piéger par les fanatiques ou les oppresseurs. Les jeunes qui partent faire « le djihad » le font non pas pour montrer la supériorité de l'islam, mais pour assouvir une violence qui est en eux ; violence qui souvent s'adresse à une société, la nôtre, qui ne leur donne plus de sens ni de raisons d'espérer. Notre société n'est plus chrétienne que de vernis, mais, en perdant sa dimension religieuse, elle creuse le lit des fanatismes et des puissants qui veulent l'être toujours plus.

 

Amicalement

 

Jean-Jacques Corbaz, pasteur

 


 


 

 







lundi 3 novembre 2025

(Pr) Face à la mort

Lectures bibliques:  Esaïe 40, 1-8 ; 1 Corinthiens 15, 35-38 + 42-44

On le dit souvent: « On est bien peu de chose »... Le prophète Esaïe, lui, l’exprime avec ces mots: « Les humains sont fragiles et passagers, précaires, comme l’herbe des champs. Vous le savez: l’herbe sèche; la fleur se fane... »

Aujourd’hui, les savants nous apprennent que nous sommes faits surtout de vide! (ce qui est effectivement bien peu de chose!). Et que, si on supprimait tout ce vide en nous, nous ne serions pas plus gros que le point que je mets à la fin de ma phrase.

L’herbe sèche; la fleur se fane. Et notre fragilité humaine, nous la sentons cruellement, face à la mort. Comme c’est vrai, ce que chantent les Trois cloches de J-V Gilles: « Car toute chair est comme l’herbe, elle est comme la fleur des champs. Épis, fruits mûrs, bouquets et gerbes, hélas tout va se desséchant... »

L’herbe sèche; la fleur se fane. Mais le verset d’Esaïe ne s’arrête pas là. Et je vous invite à le suivre jusqu’au bout, lorsque vous pensez à votre fin (ou à celle d’un.e proche): L’herbe sèche; la fleur se fane, mais la parole de Dieu demeure éternellement. Autrement dit: il y a une autre réalité que ce corps mortel... Il y a une autre espérance que celle de la santé et des biens matériels... Il y a une autre dimension que ce monde éphémère et fragile.

Comme l’exprimait si bien St-Exupéry: « L’essentiel est invisible pour les yeux. On ne voit bien qu’avec le cœur. » Et Jean d’Ormesson le précise ainsi:  « Il y a quelque chose de plus fort que la mort, c’est la présence des absents dans la mémoire des vivants. » Et c’est vrai, nous le sentons bien: tant qu’une seule personne pensera à nous, tant qu’un seul cœur battra à cause de nous, nous resterons vivants, mystérieusement. Comme Jojo, l’ami de Jacques Brel, à qui le chanteur dit: « Six pieds sous terre, je t’aime encore, Jojo, six pieds sous terre, tu n’es pas mort! »


Ce qu’annoncent ainsi les poètes, c’est ce que nous soufflait déjà la Bible. Car, si nous restons vivants dans le souvenir de celles et ceux qui nous ont aimés, nous restons vivants d’autant plus dans l’infinie mémoire de Dieu, lui qui nous aime de manière absolue. Passionnément. Oui, avec Passion!

Parce que, même dans la vallée de l’ombre de la mort, il marche avec nous. Solidaire de nos souffrances, en Christ. Voulant sans cesse nous en décharger. Nous rendre plus libres. Et heureux.

Nous restons vivants. On ne sait pas comment, ni de quelle façon ça se passe. La Bible ne le dit pas. En esprit, peut-être. Dans une autre dimension, probablement. D’une manière qui nous échappe, ça, c’est sûr!  

Et surtout, malgré la séparation physique, nous restons reliés. Nous continuons de vivre, mais autrement, comme dans une dimension différente. Il n’y a plus de « pourquoi », là - haut, c’est le temps des réponses. Il n’y a plus de malentendus, plus de conflits; plus de séparations, de frontières créées par l’âge, la timidité ou les hiérarchies... il n’y a plus que de l’amour, de la réconciliation, de la paix.

Oui, l’herbe sèche; la fleur se fane, mais la parole de Dieu demeure éternellement. Sa parole d’amour et de pardon, ses promesses de nous sauver sans conditions, elles demeurent, même quand tout passe et s’en va. Elles restent vivantes et agissantes, nous le savons grâce à la vie et à la mort de Jésus, lui qui a toujours été tout entier respect de chacun(e), force d’espoir et de paix... porte grande ouverte sur le Paradis!

Après la mort, Dieu nous accueille dans ce monde nouveau qui nous attend. Un monde dont on ne sait rien, sauf qu’il n’y a plus de maladie, ni de souffrance... Plus d’injustice ni de larme: il n’y a que de l’amour; de la lumière et de la paix. Chacun est connu par son nom. Accueilli, respecté de manière parfaite. La Bible appelle cela Résurrection.

Dans la première lettre aux Corinthiens, l’apôtre Paul image cette vie nouvelle par la comparaison avec une graine. Celle-ci est tellement différente de la plante qui va pousser qu’on ne peut pas imaginer la fleur à partir de sa semence. De même ce que nous deviendrons : on ne peut pas le savoir avec nos intelligences limitées d’ici-bas. Mais ce qui nous est promis, c’est qu’après la mort nous serons aussi différents de ce que nous sommes aujourd’hui que la fleur de sa graine. Mille fois plus beaux, plus lumineux, plus vrais que dans ce corps terrestre !

Je prie que cette espérance puisse nous soutenir et nous donner un sens profond, face à la mort. Et face à la vie ! Comme le raconte aussi cette jolie histoire d’enfant, qui sera notre conclusion :

  
 

“Isaline courut au fond du jardin. Grand-Papa, lui, marchait lentement à cause de ses vieilles jambes et de ses rhumatismes. Chaque année, vers l’anniversaire d’Isaline, le cerisier était couvert de magnifiques fleurs blanches. C’était son arbre préféré.

Mais voilà qu’aujourd’hui, le cerisier avait disparu!

- Où est passé le cerisier? demanda Isaline, étonnée.

- Il est tombé, répondit Grand-Papa. Tu sais, il était très vieux... Il est mort.

Isaline serra la main de Grand-Papa. Ils se regardèrent.

- Mais, fit Isaline, toi aussi, tu es très vieux. Tu vas mourir?

Elle se souvenait comme elle avait pleuré quand son petit chat était mort. Elle aimait tant son Grand-Papa...

- S’il te plaît, Grand-Papa, ne meurs pas!

-Tout ce qui est vivant doit mourir un jour, répondit le vieil homme. Même si cela rend triste. Mais la mort est un nouveau commencement.

Déjà, Grand-Papa s’était mis à creuser le sol avec sa bêche.

- Oh, fit Isaline, regarde: un dirait un noyau de cerise!

C’était bien un noyau de cerise, fendu par le milieu. Un germe sortait de cette fente.

- C’est une jeune pousse en train de s’enraciner dans le sol, expliqua Grand-Papa. Elle va grandir, et devenir un nouveau cerisier. Dans quelques années, l’arbre fleurira et donnera de belles cerises comme tu les aimes.

Isaline sourit, consolée:

- On va le replanter, Grand-Papa?”   
   

Amen

Jean-Jacques Corbaz  

(Li, Hu) Accueil - Le seul à répondre


Bonjour, et merci d’être venus vivre ce culte ! 

 

C’est l’histoire de Toto qui rentre de l’école. Il annonce fièrement à ses parents : 

- Cet après-midi, j’ai été le seul à répondre à la question de la maîtresse !
- Ah, très bien, disent les parents. Et c’était quoi, la question ?
- Ben, elle voulait savoir qui avait cassé la vitre du corridor... 

 

Eh bien, chers paroissien.ne.s, chers ami.e.s, notre Père du Ciel, lui aussi, est heureux si nous répondons à ses demandes. Quelles qu’elles soient ! Et il les accueillera mieux, sans doute, que les parents de Toto dans notre histoire !

Bienvenue... 

 

Jean-Jacques Corbaz, juin 2024 

 

lundi 6 octobre 2025

(Co, Pr) Cinq histoires vécues par JJC pasteur

Il nous arrive à tous dans le ministère d’être mêlés à des anecdotes fortes ou émouvantes. Il m’en revient cinq, que j’ai envie de vous partager aujourd’hui. J’ai modifié certains noms par souci de discrétion.


La grand-maman de la mariée 

Je dirai d’abord l’histoire d’Emma, paysanne robuste et aimante. Emma, dont je fais la connaissance à l’EMS où elle vit désormais à cause de ses jambes qui ne la portent plus. Par contre, tant d’autres choses la portent: de voir sa ferme quasi par sa fenêtre, et d’être si bien entourée par sa famille; de les aimer, tous, de les porter dans son 
cœur
 de maman, de grand-maman, et bientôt d’arrière-grand-maman; et aussi et peut-être surtout, à la base de tout ça, de croire fermement en Dieu, sereinement, sûrement, de lire sa Bible et de prier pour dire merci.

Dans nos entretiens, elle me confie un jour quelque chose qui pourtant la turlupine: sa petite-fille attend un bébé, elle va se marier, elle-même est invitée, oui, c’est merveilleux; mais le fiancé ne veut pas de cérémonie religieuse. Lui qui a grandi dans une famille catholique très pratiquante a été dégoûté de devoir aller trop souvent à la messe, plusieurs fois par semaine… Il en est devenu complètement réfractaire aux églises. Le mariage sera donc uniquement civil.

Emma a entendu que j’ai pratiqué des bénédictions nuptiales hors des lieux de culte, en plein air ou dans des refuges. Elle se demande si…

Si, si! Pourquoi pas? Je suis d’accord que ces jeunes prennent contact avec moi, s’ils le souhaitent, pour organiser un culte, même s’ils ne sont pas mes paroissiens (ce qui arrive fréquemment).

Emma se met en piste. De son lit d’EMS, à 87 ans, elle persuade les jeunes de me contacter; imagine une cérémonie dans la grange de leur ferme, ce sera au moment où elle est quasi vide, avant les récoltes; rêve de décoration campagnarde, bottes de paille et fleurs des champs.

Et tout se passe comme elle l’avait pensé! Fête émouvante où la ferme entière accueille les invités. Les parents du fiancé sont heureux que leur fils ait accepté une bénédiction religieuse. Tout le monde est décontracté, comme à la maison. Réussite complète! Je garde moi-même un souvenir lumineux de la manière dont tout a été aménagé dans et autour de la grange. Les mariés sont émus et remplis de bonheur. Mais la plus rayonnante, c’est bien sûr Emma!

Et puis, prolongement inattendu: quelques mois plus tard, après la naissance du bébé, je reçois un téléphone des nouveaux parents. Ils me demandent de baptiser leur enfant… à l’église de Goumoens! Le jeune papa est tout à fait d’accord de venir vivre cette nouvelle fête lors d’un culte paroissial.

Emma bien sûr est de la partie. À la sortie du culte, nous nous serrons longuement la main. Je la regarde, elle me regarde, et nos yeux tous les quatre disent «merci»! 

 

 

 


Le papa 

Autre mariage, celui d’Evelyne et Raymond, elle catholique (d’une famille très engagée et conservatrice) et lui protestant. Et lui paysan. Il me téléphone un soir pour me demander de bénir leur union, et nous prenons rendez-vous pour préparer la fête.

Le jour dit, je les attends à la cure. Mais au lieu de ma porte, c’est mon téléphone qui sonne.

Au bout du fil, le père de Raymond, notable du village. «Mon fils ne viendra pas, ce mariage n’aura pas lieu».

Aïe! Bien sûr, il se révèle qu’il y a des dissensions confessionnelles qui sont à la base de ce refus. Je repense à l’histoire de Claire et de Louis, dans le même cas (Claire et Louis qui s’aiment, mais qui ont dû vieillir loin l’un de l’autre à cause de l’interdiction parentale. Avec l’âge, Claire est devenue sourde, et presque en même temps, Louis a perdu la vue. Logique: Louis ne pouvait plus voir clair, et Claire avait perdu l’ouïe!).

Mais Evelyne et Raymond, eux, trouvent rapidement une solution! Ils se débrouillent pour que l’amoureuse tombe enceinte. Dès lors, les parents n’osent plus s’opposer à «régulariser la situation», comme on dit en ce temps-là.

Le jour de la cérémonie religieuse, le père de Raymond reste un peu bloqué, ou peut-être intimidé, devant la chapelle catholique où nous allons bénir le couple. C’est l’heure de commencer, et il ne se décide pas à entrer. Je le prends alors par le bras et lui dis gentiment: «Venez, Monsieur Rochat, vos enfants vous attendent.»

Le mariage est béni par le prêtre et le pasteur, comme c’est souvent le cas alors. Et si la cérémonie a lieu dans une chapelle catholique, les enfants seront baptisés protestants. Jolie manière d’éviter qu’il y ait des perdants!

La morale de l’histoire, c’est que l’oubli d’une pilule peut faire avancer l’œcuménisme bien davantage que certains colloques spécialisés! 





Donner sa vie 

L’amour qui donne la vie, c’est André, paysan discret attaché à sa terre. André, dont le petit-fils est mourant: cancer. Des tumeurs partout, attaques, arrêts respiratoires… Un gosse de 9 ans, condamné. Dans le coma, tous attendent la fin.

Soudain, André tombe malade. Pas grave, un ulcère. Opérer sans tarder. Mais en ouvrant, de graves infections se révèlent. En trois jours et trois nuits, André est «poutzé».

L’amour, c’est André, ô combien. À l’instant de la mort de son grand-père, le gosse s’est remis à vivre. Est sorti du coma, s’est mis à parler, et à guérir, et à ressusciter. Il est toujours vivant aujourd’hui. Qui pourra l’expliquer?




 
C’est le ciel qui vous envoie 

C’était un bel après-midi d’été, très chaud. Je vais à vélo rendre visite à une paroissienne âgée qui vit seule aux Mottettes, un petit hameau près des bois, en-dessous de Vuarrens. Je trouve cette nonagénaire au jardin, et lui propose de se reposer un moment sur son petit banc, à l’ombre. Discussion sympathique, nous prenons le temps.

Au moment de remonter sur mon vélo pour rentrer, je vois de gros nuages noirs à l’horizon. Un orage va éclater, il faut que je rentre rapidement, sinon je vais être trempé!

Et patatras! Quand je traverse Penthéréaz, il commence à tomber des seilles. Mes lunettes sont pleines d’eau, je vois mal ma route, il serait plus sage de m’arrêter.

En passant devant chez Mme Haenni, il me vient une idée: elle aussi, ce serait bien que je passe chez elle. C’est une grand-maman très pieuse, qui apprécie beaucoup lorsque je viens prier avec elle. Elle ne peut plus tellement se déplacer, à cause de ses jambes bien faibles mais aussi de sa vue très mauvaise. Je ferai ainsi d’une pierre deux coups!

Je passe le petit portail sur lequel il est écrit «Attention, chien méchant» (mais il n’y a jamais eu de chien, c’est juste une ruse pour effrayer les personnes malintentionnées!). Je sonne. «Entrez!» dit-elle d’une voix forte.

Je pénètre dans l’appartement, content de me retrouver au sec. Me présente, mais elle m’avait reconnu. Et tout de suite, me lance: «Ah, Monsieur le pasteur, c’est le ciel qui vous envoie!»

Je souris intérieurement, car c’est bien le ciel! Mais Mme Haenni poursuit rapidement: «J’étais en train de coudre quand mon fil a cassé. J’ai essayé d’enfiler mon aiguille à nouveau, mais rien à faire. Entre mes mains qui tremblent et ma vue qui baisse… Au bout d’une demi-heure de tentatives vaines, j’ai posé mon ouvrage, j’ai joint les mains, et j’ai prié: ‘Seigneur, aide-moi, je n’y arrive pas toute seule’. Et quand j’ai dit ‘Amen’, vous avez sonné à la porte!

La suite, vous la devinez. J’ai enfilé l’aiguille, et nous avons prié. Il est arrivé à de nombreuses reprises que cette paroissienne me raconte des exaucements fabuleux. Mais celui-ci, j’y ai assisté, et aux premières loges!




Maman, c’est moi 

Je garde un souvenir fort d’une paroissienne que j’appellerai Juliette, mère de famille nombreuse, et presque de nombreuses familles!

Un de ses fils, au cimetière du village, a été très étonné un jour de voir une inconnue qui cherchait une tombe au nom de Juliette. «C’est ma mère, celle dont vous cherchez la pierre. Mais elle n’est pas morte, elle vit, même si elle a presque cent ans» (âge considérable en ce temps-là). «Dans ce cas, répondit paisiblement l’étrangère, dans ce cas, Monsieur, vous êtes mon frère!»

Le choc digéré, la dame s’expliqua: Juliette avait eu, avant de se marier, une fille qu’elle avait placée. Et qu’elle avait toujours cachée, par crainte des foudres de son beau-père, intransigeant sur la morale. Une fille qu’elle avait continué de cacher, après la mort du patriarche, pourquoi? Par habitude? Par peur de la réaction de ses autres enfants? Par lâcheté à avouer son manque de soin maternel? On ne le saura jamais.

Car Juliette l’aïeule, usée par trop de labeur et d’années, ne vivait plus que par crainte qu’on ne découvre son secret à sa mort. Tout son corps, fatigué par la vie rude des paysans de ce temps-là, refusait de fonctionner. Sa peau, fine comme une toile d’araignée, se déchirait au plus petit choc pour ne plus se recoller. Quel besoin intime de réparation l’empêchait de mourir?

Lorsque les nouveaux frère et soeur, tout émus de ces «trouvailles» (je ne peux pas écrire «retrouvailles»!), vinrent ensemble devant leur mère, celle-ci nia tout. «Ce n’est pas vrai, je n’ai pas d’autre fille».

L’inconnue alors posa sa main, doucement, sur le bras de celle qui ne l’avait jamais bercée et lui dit: «Maman, je te pardonne».

Deux semaines plus tard, je l’enterrais.




Jean-Jacques Corbaz