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dimanche 5 juin 2016

(Pr, Vu) Les Vaudois du Piémont, précurseurs de la Réforme


Du 5 juin : "Les Vaudois du Piémont, précurseurs de la Réforme"
 
Introduction aux lectures:
Nous avons parlé, il y a deux semaines, des vrais et des faux prophètes avec Ezékiel. Aujourd’hui, je vous invite à prolonger cette réflexion à propos d’une époque plus proche de nous, où se posait aussi la question: vrais ou faux prophètes? Nous allons nous arrêter sur un mouvement religieux qui existe encore, et qui a toujours à nous interpeller quant à notre foi: la “Chiesa Valdese”, autrement dit les “Vaudois du Piémont”. Les deux premiers passages sont emblématiques de ce qui les anime pour l’essentiel.

Lectures: Luc 9, 1-6; Romains 1, 16-17; Ezékiel 13, 1-3 puis 10-12

Y en a point comme nous! C’est, paraît-il, ce qu’aiment affirmer les gens du Pays de Vaud. Or nous sommes parfois étonnés d’apprendre qu’il y en a d’autres comme nous, d’autres Vaudois en Europe: ceux dits “du Piémont”. On les situe ainsi parce qu’ils se sont longtemps cantonnés dans ces vallées du nord de l’Italie.

Qui sont-ils? Et d’où viennent-ils? Il m’a semblé intéressant, à l’occasion des 500 ans de la Réforme, de nous intéresser de plus près à ces cousins pas si lointains, cousins par le nom et aussi par la foi!

Les Vaudois du Piémont ont été longtemps persécutés, parce qu’ils contestaient l’Eglise catholique. Pour eux, l’essentiel de la foi était de vivre selon la pauvreté de l’Evangile, dans l’esprit des Béatitudes. Leur modèle était l’envoi des apôtres, tels que nous l’avons entendu dans l’évangile et tel qu’il traverse tout le livre des Actes.

Leur mouvement est au 12è siècle, donc bien avant la Réforme. À Lyon, un riche marchand, qui s’appelle Valdesius ou Pierre Valdo, décide de vendre tous ses biens. Nous sommes en 1173. Il fait voeu de pauvreté et devient prédicateur sur le modèle des apôtres bibliques.

Pierre Valdo, 1140-1217
Valdo crée autour de lui un groupe de disciples, qui se nomment les Pauvres. Très vite, ils sont persécutés par l’Eglise catholique. Ils sont bannis de Lyon, excommuniés, et traqués par l’Inquisition. Ils vont se disséminer en Europe, ils disparaissent ici et réapparaissent plus loin, au fil des persécutions.

Jusqu’à la Réforme pourtant, donc pendant 350 ans, ces groupes clandestins restent en relation les uns avec les autres. Ils s’organisent. On voit naître chez eux une véritable théologie originale; une théologie différente des deux autres grands mouvements spirituels de l’époque: les Cathares et les Franciscains.

Par rapport aux Cathares, ils adressent les mêmes critiques à l’Eglise catholique: ils dénoncent la corruption du clergé et le fait que le message de Rome s’est fortement éloigné de l’Evangile. Mais, contrairement aux Cathares, les Vaudois gardent une foi trinitaire, résolument biblique, basée sur le Nouveau Testament. Ils n’ont pas de dérives ésotériques ou dualistes comme les «Albigeois». Ils ne veulent pas une autre Eglise, mais (on peut dire) une Eglise autre, fondée sur l’enseignement et l’exemple des apôtres.

Par rapport aux Franciscains, ils partent clairement du même constat, des mêmes critiques aussi contre à Rome, et contre le rôle de l’argent dans l’Eglise. Ils auraient pu être frères. Mais ils sont devenus ennemis. Pourquoi? Parce que les disciples de François d’Assise ont fini par choisir l’obéissance au pape, alors que les Vaudois ont jugé prioritaires la fidélité à l’Evangile et la transformation nécessaire de l’Eglise. À 40 ans de distance, les deux fondateurs finiront à l’opposé l’un de l’autre: Valdo sera excommunié, tandis que François sera proclamé saint.

Le point critique pour les Vaudois était la donation de Constantin à Rome, au 4è siècle: un document (dont l’authenticité est contestée) document selon lequel l’empereur aurait remis au pape le pouvoir sur la partie occidentale de l’empire. Dès ce moment, disent les disciples de Valdo, l’Eglise a perdu sa légitimité, en acceptant le pouvoir politique et la richesse. Les dérives du catholicisme viennent de cette erreur fondamentale: une Eglise qui gère le pouvoir ne peut pas être l’Eglise du Christ.

Vous le voyez, cette attitude des Vaudois est typiquement prophétique. Comme Ezékiel, ils dénoncent ceux qui se sont écartés de la volonté de Dieu. En refusant la monarchie du pape et les dîmes, en rejetant la doctrine du purgatoire, par exemple, ils annoncent clairement le grand bouleversement spirituel qui secouera l’Europe sous l’impulsion de Luther 350 ans après. On peut y voir aussi des accents qui évoquent l’Eglise Libre de notre canton, trois autres siècles plus tard!


 
Nous arrivons au 16è siècle. Très tôt, les Réformés entrent en contact avec les Vaudois. Entre temps, ceux-ci se sont réfugiés dans quelques vallées des Alpes surtout, en Italie du nord.

Après moult enquêtes et de vives négociations, le rapprochement se concrétise. En 1532 une assemblée se tient à Chanforan, au Piémont. Les disciples de Valdo y décident de se rallier au mouvement réformateur de Suisse et de Strasbourg.

Cette décision va modifier le mouvement vaudois de manière importante. Car la Réforme de Luther ou Calvin est bien plus proche des pouvoirs temporels, ces pouvoirs dont nos cousins du Piémont se méfient, et c’est peu dire. “Pouvons-nous intégrer une société qui nous a brimés, et persécutés? Est-ce que nous n’allons pas trahir nos idéaux en nous alliant à des Eglises de bourgeois et de magistrats citadins?” se demandent-ils.  Le débat a été passionné et prolongé.

Mais la décision prise est logique. Il y a tant de points aussi qui rassemblent les deux parties. D’abord, le fait bien sûr d’être en butte à l’Eglise de Rome; celui de contester sa théologie, et surtout de vouloir être ancré prioritairement dans la Bible, dont on accepte de part et d’autre l’autorité absolue. Le fait aussi de demander vigoureusement une réforme de l’Eglise. L’importance enfin de se trouver des soutiens,  en un temps de persécutions.

Une fois la décision prise de s’allier, les Vaudois organisent leurs Eglises selon le schéma réformé: ministère de pasteurs-théologiens, culte public, prédication. Ils décident encore de s’unir aux protestants pour traduire la Bible en français. Ce sera la traduction d’Olivétan, réalisée par un réformé suisse, mais quasi totalement payée par nos cousins du Piémont.

Je parle de ceux du Piémont. En fait au 16è siècle, il y a encore plusieurs autres groupes de disciples de Valdo qui existent, ailleurs. Mais ils n’ont pas survécu. Ceux de Provence ont été massacrés en 1545, ceux de Calabre en 1560. Ceux d’Italie du nord ont survécu de justesse. Jusqu’à la fin du 18è siècle, ils ne formaient que quelques petites paroisses presque réduites à l’état de ghetto, décimées lors des guerres de religion, écrasées d’impôts, soumises à toutes sortes de brimades... Dites, on croirait parler des chrétiens d’Orient en 2016!

La survie de la Chiesa Valdese, en fait, a tenu à plusieurs facteurs. Il y a d’abord, la situation politique: les vallées vaudoises ont été souvent occupées par les armées françaises, et elles touchent au Dauphiné protestant, ce qui leur donne des possibilités de fuite, de secours et de contacts.

Ensuite, il y a la situation géographique: la région est montagneuse, les vallées étroites et isolées; la guérilla y est plus adaptée face à une grosse armée.

Enfin, la survie des Vaudois du Piémont a été le fruit d’une importante solidarité internationale. Les cantons suisses, mais aussi la Suède, l’Angleterre et les Pays-Bas ont jugé nécessaire de protéger cette minorité opprimée.


C’est seulement en 1848 que l’Italie reconnaît enfin aux Vaudois des droits civiques, et qu’elle cesse de les persécuter. Depuis, nos cousins bénéficient d’une liberté certes, mais d’une liberté assez réduite. En effet, le catholicisme est religion d’Etat et les cultes non romains ne sont que tolérés.

Les disciples de Valdo auraient pu simplement profiter de cette tranquillité… relative, pour vivre heureux et pour accéder à des situations économiques plus favorables, ou à des positions sociales meilleures (avant, ils en étaient exclus). Plusieurs l’ont fait, bien sûr. Mais les plus actifs spirituellement se sont attelés à un projet ambitieux : celui de renouveler l’Italie dans le domaine de la foi. Comme Valdo sept siècles avant, ils se sont mis à diffuser l’Evangile, en utilisant les méthodes de leur temps.

Presse, brochures, conférences publiques: ils ont produit une activité missionnaire gigantesque, sans rapport avec leur petit nombre. Pourtant ils l’ont fait non pas pour gagner des prosélytes, mais pour provoquer, par la lecture de la Bible, davantage de réflexion théologique, de regard critique et d’enthousiasme religieux. On peut penser que le mouvement de renouveau du catholicisme, qui s’est manifesté dans le concile Vatican II, en a été un des fruits.

  
Chanforan, 2016
Aujourd’hui, l’exemple des Vaudois peut nous interroger, et nous stimuler: alors que notre Eglise devient minoritaire et qu’elle a de la peine à se faire entendre dans la société; alors qu’on se moque facilement des chrétiens à cause de leur foi; alors aussi que l’avenir paraît bouché pour nous qui nous réclamons des valeurs de l’Evangile: si nous pouvions, comme nos cousins du Piémont, faire preuve de résilience et d’imagination, de pétillance et de courage, pour essayer de transformer la société où nous vivons? pour y promouvoir plus de joie de croire et d’espérer?

L’héritage des disciples de Pierre Valdo tient en deux intuitions fortes, qui pourraient devenir nôtres. D’abord, que toute Eglise chrétienne ne peut avoir qu’une référence essentielle, c’est l’Evangile du Christ. Et par conséquent qu’elle est appelée à devenir une communauté fraternelle plutôt qu’une organisation ecclésiastique.

Esprit d’indépendance, voire anticonformisme ont toujours été chez les Vaudois associés à une relation de respect. Qu’ils soient pacifistes ou résistants, les membres de la Chiesa Valdese ont toujours respecté les institutions, sans pour autant s’y soumettre. Ils ont su sans cesse garder leur liberté et en revendiquer les droits.

Pour eux, la liberté découle de l’Evangile et s’y enracine, elle y puise richesse et force. Un christianisme sans liberté, disent-ils, ce n’est plus l’Evangile. Et donc une société sans liberté n’est plus humaine.

Il y a là de la graine à prendre, non ? Y en a point comme nous! Tu crois, vraiment ? Tu crois ? Amen                                           


Jean-Jacques Corbaz, d’après le pasteur Giogio Tourn, de la Chiesa Valdese 


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