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mercredi 24 avril 2013

(Hu, Li, Pr, Vu) 2 lapins - et 12 hommes en colère, sketch

Culte du 17.4.2011 - Rameaux
Accueil

Bonjour!
C’est comme une fois, y a une conductrice de 2 CV qui se fait emboutir par l’arrière. Furieuse, elle sort de sa 2 lapins; c’est un gros 4x4 qui l’a pliée. Elle s’énerve après le fautif: “‘Pouviez pas faire attention? Vous rouliez beaucoup trop près! Regardez, l’autocollant sur ma vitre arrière: il dit: “Si vous arrivez à me lire, c’est que vous êtes trop près!!”
- Justement, fait le gars: j’essayais de voir ce qui est marqué dessus!

C’est ainsi que certaines choses font l’effet contraire de ce qu’on attendait. Tenez, c’est parfois vrai pour nos grandes affirmations de foi chrétienne: on y met plein de certitudes, de dorures et d’alléluias... et on fait fuir celles et ceux qui se posent des questions.

Pour parler de la grandeur de Dieu, on l’a trop présenté comme un magicien, qui, à chaque problème, sortirait de son chapeau un lapin (ou: 2 lapins, Catherine!) et résoudrait tout...

Le Dieu dont nous parlons au catéchisme est bien différent. Il ressemble davantage à une 2CV qu’à un 4x4. Fragile, proche des plus petits...

C’est lui qui nous accueille, ce matin, il est heureux de nous rencontrer, toutes et tous, quelle que soit notre position face à lui.

Bienvenue aux 23 catéchumènes, et à leurs familles. Bienvenue aux catéchètes et aux responsables de la paroisse qui les entourent. Bienvenue aux amateurs de 2CV, et aux fans de 4x4! Bienvenue aux amatrices de chevaux tout court, il y en a beaucoup dans cette volée! Bienvenue à nos musiciens: Jean-Pierre Hartmann à l’orgue, Anouk Mottaz à la flûte et Alain Chaubert à la flûte et à la guitare.

Nous allons maintenant prier pour saluer la présence de Dieu. Après la prière, nous chanterons sans autre indication le cantique 404 "Jésus, c'est toi", les 2 strophes (sur votre feuille). Je vous invite à vous lever.

Dieu de liberté, tu ne t’imposes jamais. Tu respectes nos choix, même au prix de la vie de Jésus. Aide-nous à grandir dans ce respect, pour nous et pour les autres, au nom du Christ. Amen.

Photo P-E Schwitzguebel
Intro aux lectures
Un des meilleurs moments de ce caté a sûrement été la lecture de la pièce «12 hommes en colère», à La Chaux.
Pour rester dans le même registre, je vous propose ce matin le procès d'un métèque, franchisseur de frontières clandestin: Jesus de Nazarez* Ben Youssef. Vous pouvez jouer à essayer de reconnaître les personnages!
Ecoutons ce que les évangiles en disent.
Merci à Marc-André Leuenberger de nous conduire dans ces lectures.
(J’enlève la robe)

* prononcé à l’espagnole: Ressous

Matthieu 26, 59-66; Luc 23, 1-11; Luc 23, 50-53

JPB: La cour en a terminé avec l'exposé des faits et les plaidoiries. Maintenant, MM. les jurés, c'est à vous de délibérer.

(Les jurés entrent et déambulent. Quelques secondes de silence)

AC: Un chewing-gum, ça vous dit?

JJ: Non merci, j'ai arrêté...

MAL: Ah, c'est bien! C'est comme mon petit-fils de 2 ans: l'autre jour, je veux lui donner sa lolette, et vous savez ce qu'il me dit: "Non merci, j'ai arrêté!"

JJ: Bon, mais nous, il faudrait commencer, avant d'arrêter!

LPH: C'est ça, commençons! On n'a pas que ça à faire! À 5 heures, y a le match de Federer à la TV!

JJ: OK, asseyons-nous. Juré 1, André Rod (LPLH s'assied). Juré 2, Bertrand Prêtre (AC s'assied). Juré 3, Joseph-Henri Mathez (MAL s'assied). Juré 4, moi-même, Pierre-Pons Pilet, (s'assied, puis se relève) un instant, je vais me laver les mains.

LPH: Bon, on y va, on le condamne?

AC: Nous sommes tous d'accord qu'il est coupable.

LPH: Et comment! Une racaille pareille, ça ne mérite pas de vivre. Juste bon à écraser. Un cancrelat!

JJ: Ces gens-là sont des primitifs. Ils ne comprennent que le langage de la violence. Nous devons donc être inflexibles.

MAL: Excusez-moi, mais je souhaiterais que nous parlions un peu de ce qu'il a fait. Je ne suis pas convaincu à 100 % qu'il soit coupable.

JJ: Mais c'est clair comme la lune! Vous avez entendu tous ces témoins qui l'accusent...

LPH: Il a pris la tête d'un groupe armé révolutionnaire, pour renverser le gouvernement!

AC: Il a dit qu'il détruirait le Temple!

JJ: C'est un agitateur dangereux! Un forcené du trouble public! (se relève) Excusez-moi, je vais me laver les mains.

MAL: D'accord. Mais ces accusations, quelles preuves avons-nous qu'elles soient fondées? J'ai quand-même peur d'exécuter un innocent.

LPH: Quoi? Mais vous êtes sourd, et aveugle, mon vieux! Tous ces gens qui sont venus nous parler! Qu'il voulait prendre la place du roi! Vous avez du fumier dans les portugaises, ou quoi?

JJ: Allons, juré Andr'Hérode! Calmez-vous! C'est vous qui êtes le roi des ...

LPH: Môssieur Pierre-Pons Pilatt, vous, vous êtes un minable! Toujours à vous laver les mains pour être politiquement correct!

AC: Ecoutez, vous deux! Tâchez d'oublier un moment vos rognes! Nous sommes là pour le même but: liquider ce gaillard... euh, je veux dire, liquider ce procès vite fait sur le gaz!

LPH: Comment il s'appelle, déjà, ce type? Il a un nom étranger...

JJ: Jesus (prononcé à l'espagnole)

LPH: Quoi? Rhésus? Il est facteur?

JJ: Négatif, il est guérisseur!

MAL: Peut-on dire exactement ce qu'on lui reproche?

JJ: Mais on l'a dit 1000 fois: il est entré dans la capitale à la tête d'une armée de partisans, des maquisards. Tous ces gens criaient devant lui: "C'est notre roi! Vive notre nouveau roi! À bas l'ancien!"

LPH: Mais qu'on le pende!

JJ: L'ancien roi?

LPLH (se lève, furieux): Mais tu es bête ou tu me cherches?

MAL (le retient): Messieurs, Messieurs, calmez-vous!

JJ: Ils criaient aussi: "C'est lui, notre grand-prêtre! Vive notre nouveau grand-prêtre! À bas l'ancien!"

AC:  Mais qu'on le pende! (à JJ) Et toi, si tu oses ironiser... !!

JJ: Môssieur Bertrand Prêtre, tu as beau être grand, mais tu n'es pas plus beau que nous!

MAL: Messieurs, mais calmez-vous! Vos accusations me semblent partir dans tous les sens... Comme les témoins qui sont venus à la barre, d'ailleurs. J'avais le sentiment que beaucoup se contredisaient entre eux.

JJ: Ecoutez, Joseph-Harry Mathez, vous nous devenez très suspect, à prendre constamment la défense de cet ennemi du peuple!

LPH: Ouais qu'on le pende aussi!

MAL: Euh... Mais je ne prends pas sa défense... J'avais juste le souci de ne pas commettre une injustice. Ces témoins excités et avinés me troublent... euh, me troublaient... Je ne suis pas entièrement sûr que tout ce qu'ils disaient est vrai... Et je suppose que...

JJ: "Je suppose, je suppose!" Mais on ne peut rien faire, avec un suppositoire pareil!

LPH: Alors, Joseph-Darry Mathez, qu'est-ce qu'on fait, maintenant? Tu doutes toujours? Ou tu te rallies à la majorité?

JJ: On vote? Rappelez-vous: nous décidons à scrutin secret. Et nous devons être unanimes. S'il y a un seul billet disant non-coupable, nous sommes bons pour tout recommencer!

MAL: Euh... d'accord, on vote.

(JJ mime: distribuer des billets, les reprendre et dépouiller)

JJ: Résultats du vote: coupable, deux voix. Abstentions, deux.

LPH: Mais? À part Joseph-Darry Mathez, qui s'est abstenu?

JJ: Euh, c'est moi, messieurs. Vous pouvez bien l'exécuter, mais je...

AC: Ouais, ouais, tu t'en laves les mains, comme d'habitude!

      (les 4 jurés sortent en silence). Interlude à l'orgue

                                                

JJ: (en robe, au lutrin) Eh oui, toutes les histoires d'hommes en colère ne finissent pas bien. Le plus souvent, la violence l'emporte. Dieu a pris un risque énorme, avec les humains. Le risque de nous voir nous détruire les uns les autres.

Alors, pour nous aider à maîtriser nos agressivités, il a plongé Jésus dans la tempête de nos haines. De nos égoïsmes. De nos peurs. De nos envies de tuer...

Jésus, c'est le signe de ce risque que Dieu prend avec nous. On peut dire qu'il l'a sacrifié: pour nous aider à comprendre jusqu'où peut nous mener notre violence.

(silence, ~ 3-4 secondes)

MAL: Excusez-moi, mais j'ai encore une chose à dire. Vous savez que j'ai prêté mon tombeau pour ce Jésus. Eh bien, je ne l'ai pas prêté très longtemps...

LPH: Quoi? Tu l'as déjà ressorti de ton caveau? Oula, Joseph-Darry Mathez, ta générosité aura été bien passagère!

MAL: Pas du tout. Je ne l'ai pas touché. Mais dimanche, deux jours après son exécution, la tombe était... vide. Vide, vous entendez? Je n'ai aucune idée de ce qui s'est passé. Ce n'est pas moi, je n'ai rien fait, je vous le jure!

JJ: N'ayez pas peur. Ça aussi, c'est un signe de Dieu. Un message! Il nous assure, par cet épisode incompréhensible, il nous promet que jamais la violence n'aura le dernier mot. Nos haines, nos guerres, si destructrices soient-elles, si énormes, eh bien, la paix de Dieu sera toujours plus grande. Plus forte!

La création n'est pas finie: elle est encore boîteuse, mal fichue. Mais un jour, je le crois, c'est mon espérance: un jour, Dieu achèvera ce qu'il a commencé.

Alors, la paix règnera, parfaite.


 Cantique 56/07: 3-7 "Au dernier jour du grand retour, l'amour de Dieu triomphera..." 



Intro aux billets
Avec les catéchumènes, nous avons fait le point sur ce qu’ils croient, sur leurs questions et leurs doutes. Individuellement et en groupe, ils y ont réfléchi. Leurs réponses, ils les ont inscrites sur un bout de papier, qu’ils ont choisi de brûler ce matin. Signe que leurs positions sont éphémères, bien sûr. Et aussi qu’elles appartiennent à leur intimité, et qu’elles resteront entre eux et Dieu.

À l’appel de son nom, chaque catéchumène s’avancera pour offrir symboliquement sa réponse à Dieu. Puis il (elle) recevra le verset que son pasteur ou sa diacre a choisi pour lui (elle).

J’invite maintenant à s’approcher NN...


Un mot bref à propos du petit livre que vous venez de recevoir
Il y a des quantités d’expressions de notre langage courant qui viennent de la Bible. Et souvent, on ne s’en doute pas. Le petit livre, que la paroisse vous offre, en développe toute une série, en expliquant d’où ils viennent. Vous trouverez par exemple le fameux “s’en laver les mains” de Ponce Pilate, que nous avons joué tout-à-l’heure. Alors, à vous catéchumènes, et peut-être à vos familles... Bonne lecture!


Bénédiction des catéchumènes (j’invite l’assemblée à se lever)
Chers catéchumènes,
Vous le savez, Dieu vous aime tous de la même manière. Avec la même passion!
Pour lui, il n’y a pas de mauvais cheval. Il y a des poneys et des purs-sangs, il y a des montures pour le saut ou pour la course... Il y a des trotteurs et des chevaux de manège pour les enfants...
Juste une chose quand même: pour lui, pour Dieu, il n’y a pas de monture de dressage. Il tient trop à notre liberté!
Chacun(e) de vous, Dieu vous bénit. Vous êtes son trésor le plus précieux. Que sa tendresse vous accompagne toujours, au long de votre vie; au nom de Jésus. Amen!

--> Rock my soul (traduire) Mon âme se repose, se balance dans le sein d’Abraham... Si haut, si bas, si large que rien ne peut aller plus loin!




Bénédiction finale
Le bonheur n’est pas un lieu où l’on se rend. C’est une manière de voyager!
Sur ces chemins-là, Dieu marche à côté de nous. Si près que souvent on ne le remarque pas. Si discret qu’il comprend très bien que nous doutions de son existence!
Toujours, il nous bénit, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Amen

lundi 22 avril 2013

(Hu, Po, Li) Le caté quand on a ...

Le caté quand on a ...

Le caté quand on a 7 ans, on n’y pense pas, c’est pour dans si longtemps!

Le caté quand on a 10 ans, c’est pour les grands! On y pense, parfois un peu inquiet, parfois en se réjouissant (d’être grand!).

Le caté quand on a 11 ans, c’est pour bientôt! Quelle barbe, ça va être emm... bêtant!

Le caté quand on a 12 ans, on est en plein dedans. Des fois ça rigole, on fait les chenapans. Des fois ça désole, on s’ennuie abondamment!

Le caté quand on a 14 ans, on peut choisir: Noël, un jour, un camp. On ne veut pas toujours l’avouer, mais c’est intéressant!

Le caté quand on a 15 ans, c’est bientôt la fin, vivement! La photo, les cadeaux, la fête... ça fera plaisir à Grand-Maman!  - Et Dieu, mon vieux? La réponse, ça dépend, si on parle au pasteur, ou aux copains, ou aux parents...

Le caté quand on a 16 ans, c’est fini, depuis longtemps! Oublié, la page est tournée, on n’est plus des enfants!

                              *                                       *

Le caté, quand on a 40 ans: ah mes amis! Mais c’était le BON VIEUX TEMPS!

Jean-Jacques Corbaz, ancien catéchumène

samedi 13 avril 2013

(Li, Hu) Trop près


C’est comme une fois, y a une conductrice de 2 CV qui se fait emboutir par l’arrière. Furieuse, elle sort de sa 2 lapins; c’est un gros 4x4 qui l’a pliée. Elle s’énerve après le fautif: “‘Pouviez pas faire attention? Vous rouliez beaucoup trop près! Regardez, l’autocollant sur ma vitre arrière: il dit: “Si vous arrivez à me lire, c’est que vous êtes trop près!!”
Justement, fait le gars: j’essayais de voir ce qui est marqué dessus!

C’est ainsi que certaines choses font l’effet contraire de ce qu’on attendait. Tenez, c’est parfois vrai pour nos grandes affirmations de foi chrétienne: on y met plein de certitudes, de dorures et d’alléluias... et on fait fuir celles et ceux qui se posent des questions.

Pour parler de la grandeur de Dieu, on l’a trop présenté comme un magicien, qui, à chaque problème, sortirait de son chapeau un lapin (ou: 2 lapins!) et résoudrait tout...

Le Dieu dont nous parle l'évangile est bien différent.
Il ressemble davantage à une 2 CV qu’à un 4x4. Fragile, proche des plus petits...

À trop chercher du merveilleux, surnaturel et poudre aux yeux, nous passons à côté de lui sans le voir!

dimanche 7 avril 2013

(Ci) La prière

La prière ne rapproche pas Dieu de nous, mais elle nous rapproche de Dieu!

(Po, Li) Le monde est beau

Adeste

Venez, le monde est beau,
Venez ouvrir la danse,
Sortez de vos tombeaux,
Vivez!
C’est le jour de votre naissance.

Pâques chante comme au premier matin du printemps,
Dieu n’est plus prisonnier de nos idées abstraites,
Dieu, c’est l’amour en liberté,
Qui invite à la fête.

Venez! Dieu nous attend.
C’est le bal de la joie de vivre,
Jésus-Christ n’est plus dans les livres,
Il nous rejoint, vivant,
Au milieu des vivants.

Jean-Jacques Corbaz (d’après J. Debruyne)

(Pr) du rossignol à l'auréole

Prédication du 7 avril 2013  -  “je t’ai racheté”

Lectures bibliques: Esaïe 43, 1-5; Matthieu 23, 1-12

- Sais-tu, demande le rouge-gorge, sais-tu combien pèse un flocon de neige?

- Oh, répond la colombe, rien du tout! C’est insignifiant! Négligeable!

- Ecoute, reprend le rouge-gorge, j’étais dans la forêt, et j’admirais l’hiver. J’ai compté les flocons qui tombaient. Sur une branche, qui était fragile, sont tombés 14’277 flocons. Mais quand s’est posé le 14’278ème (qui pèse trois fois rien, comme tu disais, négligeable...), eh bien, la branche a cassé... Parfois, il suffit de peu pour tout changer.

- C’est peut-être vrai, se dit la colombe (une autorité en matière de paix). Peut-être ne manque-t-il qu’un geste, dérisoire, insignifiant, pour que tout bascule... pour que la paix soit possible... ou qu’on soit heureux...


                                                        *                        *
Cette jolie histoire illustre bien une vérité toute simple, mais importante: ce sont des tout petits riens qui peuvent faire tourner la roue, soit du côté du bonheur, soit du côté négatif. Des milliers de petits riens additionnés, minuscules. Si infimes qu’on ne leur accorde souvent aucune importance.

Et ce phénomène est tout spécialement vrai en ce qui concerne l’éducation de nos enfants; les valeurs que nous leur transmettons - souvent à notre insu.

Ecoutez cette anecdote.

Une jeune maman avait l’habitude de donner à son fils, quand elle l’amenait au jardin d’enfants, un bon goûter. À chaque fois, elle y mettait un petit chocolat que son enfant appréciait tout particulièrement. Le garçon aurait bien voulu savoir où maman rangeait ces chocolats, à la maison. Quand il posait la question, ses parents lui répondaient que ces friandises apparaissaient par magie, grâce à un tour de passe-passe qu’ils étaient seuls à connaître.

Un soir, l’enfant est rentré avec un joli crayon qui n’était pas à lui. Le lendemain, il y avait une gomme en forme de ballon de foot. Puis une cuillère dorée, et une image...  Tout cela ne lui appartenait visiblement pas. Quand sa maman lui a posé la question, le gamin a répondu, simplement: “Ben, je les ai eus en faisant le même tour de magie que toi pour le chocolat.”
... Ayayaïe! Vous devinez que ses parents ont immédiatement cessé de pratiquer de tels tours de passe-passe!!

                                                              *                        *
Les enfants observent les adultes avec beaucoup d’attention. Surtout leurs parents, évidemment! Ils sont un peu comme des ordinateurs, ils enregistrent chaque mot, chaque image... chaque geste; chaque émotion, surtout. Puis il ne se passe rien pendant longtemps.

Mais un jour, quand on s’y attend le moins, voilà que la phrase, ou l’attitude, ressort, comme une leçon bien apprise.

Oui, les enfants imitent énormément leurs parents. Des fois, ça nous fait plaisir... et des fois beaucoup moins! Raison de plus pour bien veiller à ce que nous disons et faisons. Surtout à ce que nous faisons!!

                                                              *                        *
Ce que je viens de dire peut paraître accablant: quelle lourde responsabilité! Certain(e)s pourront même l’entendre de manière culpabilisante: oh, mais quel mauvais père je suis (ou mère, ou grand-mère, ou parrain, biffez toutes les mentions inutiles et rajoutez-en à la pelle...); quel mauvais schtroumpf je fais, je n’arriverai jamais à être un bon éducateur pour mes enfants...

À celles et ceux qui réagissent ainsi, je dis avec force: pensez à votre baptême! Car l’eau versée, nous l’avons dit, elle est preuve de pardon de la part de Dieu, et de renouveau de vie. L’eau que nous avons reçue en signe d’Alliance, elle chante à qui veut l’entendre: “Emma est le trésor de Dieu, sa passion, son désir le plus fou! Il ferait tout pour qu’elle soit heureuse et libre!”

Et vous pouvez mettre votre prénom à la place de celui d’Emma: “Elio (Emile) est le trésor de Dieu, sa passion, son désir le plus fou! Il ferait tout pour qu’il soit heureux et libre!” - “Claudine (Magali) est le trésor de Dieu, sa passion, son désir le plus fou! Il ferait tout pour qu’elle soit heureuse et libre!” - Et Jeff (Charles) - et Angela (Germaine) - et Marina (Salma) - et Dominique (Daniel), et chacun(e) de nous...   ...

Ainsi, pensez donc: si Dieu, qui seul est parfait, ne nous condamne pas; mieux: si, pour lui, nous sommes ses enfants adorés, ceux pour qui il donne sa vie; voyez-vous la valeur que cela nous confère?

Valeur aux yeux de Dieu; mais aussi aux yeux des autres. Et encore, et c’est sans doute le plus difficile à réaliser: valeur à nos propres yeux, à nous!

                                                              *                        *
Savez-vous que les auréoles ont été inventées, au Moyen Âge, pour montrer que les chrétiens (et oui, tous les chrétiens!) étaient habités d'une lumière vive, reçue d'En-Haut, et qui rayonnait autour d'eux? Ce disque lumineux autour de la tête voulait dire: "Voilà quelqu'un qui a su laisser vivre en lui (en elle) la Clarté majuscule de Dieu, et qui sait aussi la diffuser autour de lui (autour d'elle) par ses paroles ou par ses actes".

Elle est là, la fabuleuse nouvelle de Pâques! La lumière du Ressuscité vient nous habiter, et nous transformer. Grâce à elle, nous devenons, avec tous nos défauts (que nous connaissons bien), nous devenons des pensionnaires du coeur de Dieu; infiniment dignes d’être aimés au Ciel et sur la terre!

Infiniment dignes d’être aimés! Foncièrement aimables, donc! Et pour que cet amour se réalise, concrètement, vous pensez avec quelle ferveur Christ nous appelle à dire “Que ta volonté soit faite, sur la terre comme au ciel”!

                                                                *                        *
Oui, éduquer des enfants est difficile, Dieu lui-même en sait quelque chose! Alors, mettons-nous à l’oeuvre avec application, avec sérieux... Mais en nous souvenant toujours que, grâce à Pâques, Dieu nous aide à transformer nos gestes maladroits en présences bienfaisantes.

J’aime ce dicton portugais: “Deus escreve direito por linhas tortas” (Dieu écrit droit avec des lignes courbes, tordues - je veux dire: avec nous!!). Amen
                                                             
Jean-Jacques Corbaz  

samedi 30 mars 2013

(Bi) Au soleil de Pâques, la peur...

Au soleil de Pâques

La peur sépare. Quand on redoute de manquer, on en vient à regarder n’importe quel autre comme un ennemi. Repli sur soi, bouc émissaire, voire agressivité: refrain connu.

À la lueur de Vendredi saint et Pâques, l’évangile nous rappelle l’étonnant message du Nazaréen: il n’est pas venu bannir la peur, non; il l’a vécue lui-même, de Gethsémané à Golgotha. Et il l’habite encore, aujourd’hui, chaque fois qu’au coeur de nos tempêtes sa présence fragile dessine une amitié, une consolation, un point d’appui.

Et depuis Archimède, on sait qu’avec un point d’appui, on peut soulever la terre entière! Alors, peut-être même nos blocages, nos angoisses, nos rancunes... Les élever en direction du soleil de Dieu, pour que sa chaleur bienfaisante les allège et les dissipe.

Pâques n’est donc en aucun cas une morale qui nous ordonnerait de ne plus avoir peur. C’est une promesse qui veut nous donner confiance, courage et espoir. Au plus profond de nos nuits, Dieu est infiniment proche (plus près, tu meurs!). Tout son désir, c’est que nous puissions lui parler sans crainte.

Et quand on parlera au Père comme à un ami, dites-moi: à qui pourrait-on parler en ennemi?

Jean-Jacques Corbaz

jeudi 28 mars 2013

(Hu) Joyeuses Pâques!

photo de MyLausanne.

(SB, FA, Vu) La mort de Jésus: un sacrifice? Pas sûr!!


Rembrandt: Les Trois Croix, 1653
Le théologien réformé François Vouga vient de sortir La religion crucifiée - Essai sur la mort de Jésus aux Editions Labor et Fides. Pour le professeur de Nouveau Testament aux Facultés de théologie de Bethel et de Wuppertal en Allemagne, la lecture sacrificielle de la mort de Jésus est étrangère au Nouveau Testament. 
Interview.
Rembrandt: De Drie Kruisen (1653). Droge naald en burijn. Afmetingen 38,5 x 45 cm. Rijksmuseum, Amsterdam.
Klik hier voor een vergrote versie. - See more at: http://www.opusklassiek.nl/cd-recensies/cd-aw/martin02.htm#sthash.sx2SxCGt.dpuf
Par Julie Paik

François Vouga: La lecture sacrificielle de la mort de Jésus est étrangère au Nouveau Testament. Elle est attestée pour la première fois par les lettres d’un auteur, Ignace d’Antioche, qui s’efforce, au second siècle, de donner au christianisme les caractéristiques de la religion romaine: on sacrifie pour apaiser les dieux et gagner leur bienveillance.

L’idée selon laquelle Jésus serait mort à notre place pour expier les péchés de l’humanité, pour libérer celle-ci d’une condamnation divine et sauver l’honneur de Dieu, a trouvé sa forme définitive dans l’oeuvre magistrale d’un moine du XI ème siècle, Anselme de Cantorbéry. Elle a rencontré un grand succès dans l’Eglise du Moyen-Âge, qu’elle légitimait comme institution gérant le salut et la perdition des âmes et des peuples. Elle s’est imposée de manière telle que Martin Luther lui-même a eu de la peine à s’en débarrasser et qu’elle survit dans les catéchismes et les liturgies.

Cette lecture, devenue traditionnelle, se trouve en décalage fondamental avec celles, diverses, que propose le Nouveau Testament. Le dénominateur commun de ces dernières consiste à comprendre Vendredi-Saint comme l’événement libérateur d’une révélation, et non comme un sacrifice destiné à sauver l’ordre établi, l’ordre religieux en particulier. La révélation de la reconnaissance inconditionnelle de Dieu se présente comme un acte de confiance qui appelle la confiance, comme une mise en valeur de chaque sujet humain qui donne à celui-ci son identité singulière et l’invite à la liberté. 

Julie Paik Pourtant, ces interprétations sacrificielles trouvent en partie leur source dans une présentation de Jésus comme juge venu pour acquitter ou condamner les hommes, et qui, de manière surprenante, est jugé et condamné à leur place. Cette image d’un Jésus-Christ à la fois juge et condamné n’est pas absente du Nouveau Testament, mais vous ne l’évoquez pas dans votre ouvrage; pensez-vous qu’elle a encore un sens pour la foi chrétienne aujourd’hui ?
 
FV L’image de Jésus juge et condamné se trouve bien dans le Nouveau Testament, par exemple dans certains passages des épîtres de Paul et surtout dans l’évangile de Jean. Mais, dans mon ouvrage, je relis précisément les passages où elle apparaît pour montrer que, dans la réflexion qu’ils développent, Jésus n’est pas condamné à notre place et que cette image de Jésus ne donne pas lieu à une interprétation sacrificielle. 

Dire que l’instant de la condamnation de Jésus prononce le jugement de l’humanité ne fait pas de lui une victime sacrificielle. Au contraire: elle rend compte de la liberté d’un don de soi et dénonce l’illusion d’une auto-organisation personnelle, religieuse et politique qui entend se fonder sur elle-même et qui sème la mort. Dire que Jésus a fait don gratuitement de sa vie, qu’il est mort «pour nous» ne signifie pas, dans le Nouveau Testament, qu’il est mort «à notre place.»

«Pour nous» signifie tout d’abord que sa mort ne constitue pas la fin, mais le commencement d’une histoire, et, ensuite, que cette mort n’a pas son sens en elle-même, mais qu’elle trouve sa portée dans la puissance libératrice qu’elle prend pour nous.

JP Vous vous montrez également critique à l’égard de la religion institutionnalisée, comprise comme «la gestion des rapports avec l’au-delà par le truchement de pratiques rituelles, de règles morales et d’une caste de prêtres consacrés, mis à part pour cet office.» Quel regard portez-vous sur les Eglises et le rôle qu’elles remplissent?

FV Vendredi-Saint et Pâques obligent évidemment à porter un regard critique sur les institutions religieuses dès le moment où elles s’imagine pouvoir s’imposer comme des médiations indispensables de la présence de Dieu. En effet, le Nouveau Testament définit précisément l’Eglise comme le corps social qui atteste et dans lequel se vit la reconnaissance inconditionnelle de chacune et de chacun. C’est là que se manifeste la présence réelle de Dieu.

JP Une des originalités de votre ouvrage est que vous faites appel, aux côtés de théologiens comme Martin Luther ou Jean Calvin, à l’œuvre d’un compositeur, Frank Martin. Quel est pour vous le rapport entre l’art et la théologie?

FV Golgotha de Frank Martin est reconnu depuis longtemps comme un des chefs d’oeuvre de la musique du XXème siècle. J’ai voulu montrer qu’il s’agit aussi d’une contribution laïque majeure à la pensée théologique contemporaine. Plutôt que d’opter entre Karl Barth et Paul Tillich, je l’ai choisie parce qu’elle se situe, de manière critique, au centre du débat: à partir de la vision des trois croix de Rembrandt, Frank Martin combine en effet les textes évangéliques avec des méditations attribuées à Augustin, mais probablement dues à la plume d’Anselme de Cantorbéry, qu’il libère, avec une grande sûreté évangélique, de tous motifs sacrificiels.  

A LIRE: La religion crucifiée - Essai sur la mort de Jésus, Labor et Fides, 200 pages, mars 2013

mercredi 27 mars 2013

(Po, Li) P.A.I.X






Paix:
Quatre lettres, pour dire trois fois demain.
Paix:
Un petit mot, un geste, tendre la main.

Paix: ça commence comme le pain,
Vital et quotidien,
Qui seul permet d'aller plus loin...
- Et ça finit sur une croix,
Signe qu'Il saigne avec moi
Et saignera toujours, je crois.
                  *          *
Friede, ça commence comme frère.
Paix: ça débute comme père, ou papa,
Quatre lettres pour pour grandir, sans peur,
Pas à pas,
Jusqu'à... jusqu'à ... !

Cadeau de Pâques, semence offerte, déposée,
Ma paix ne pourra fleurir pourtant
Que sur le visage de mes proches,
Partagée, ouverte,
Comme le souffle de l'espoir, en marche...

Jean-Jacques Corbaz

mardi 26 mars 2013

(Bi) L’autruche et le Ressuscité

Courage et présence


La peine, la souffrance, l’échec: notre vie en est tissée, on ne le sait que trop.

Pourtant des images nous environnent qui ne parlent que réussite, satisfaction des désirs, accomplissement, jeunesse, beauté. Et nous nous sentons parfois presque coupables de ne pas correspondre à ces idéaux. Comme anormaux...

Ce décalage nous agresse, bien sûr. Trop souvent il nous fait mal, et, logiquement, nous pousse à réagir en agressant les autres.

Alors, relisons l’évangile! Aux derniers jours terrestres du Christ, n’a-t-il pas traversé lui-même, en s’y plongeant jusqu’au cou, ce qui constitue la face d’ombre de nos vies? ...
- Et nous continuerions à en pleurer comme avant?

Martin-Luther King écrivait déjà: «L’Eglise doit dire aux hommes que Vendredi saint fait autant partie de la vie que Pâques, l’échec autant que la réussite, la désillusion autant que l’accomplissement. Et l’Eglise doit dire aux gens de prendre en charge leur fardeau, leur peine, les inciter à y être attentifs, à ne pas les fuir. Dites-vous “c’est ma peine, et je dois la porter”. Examinez-la sérieusement et interrogez-vous: comment transformer ce handicap en avantage?»

C’est l’étonnant message du Nazaréen. Il n’est pas venu bannir la peur ou la défaite; il les habite encore, aujourd’hui, il y apporte une force et une promesse: la puissance du Créateur n’a pas de limites, elle n’a pas dit son dernier mot. Tout ce qui en nous meurt, au matin suivant peut revivre et rayonner d’une présence renouvelée.

Dans nos inquiétudes, nos colères, nos blessures mal fermées comme dans nos espoirs, Vendredi saint et Pâques veulent inscrire en lettres de soleil les mots “courage” et “présence”.

dimanche 24 mars 2013

(Pr, SB, Hu) Grenouille, far west et labours

Rameaux, 24 mars 2013  “go west”

Quand j'étais au collège, notre prof de sciences était plein d'idées, mais il vivait parfois dans la lune. C'est ainsi qu'un jour, il nous annonce fièrement que nous allons disséquer ensemble une grenouille.
Il sort de sa poche un petit cornet et l'ouvre, sous nos yeux émerveillés, écarquillés. Il en sort, ô stupeur, ... un sandwich! "Un sandwich? Mais alors, l'avons-nous entendu murmurer, surpris, mais alors, qu'est-ce que j'ai mangé dans le bus?"

C'est une surprise tout aussi grande, voire davantage, qu'ont connu, au temps de Jésus, ceux qui croyaient que Dieu était comme les autres divinités, ami de la force et des puissants, prêt à contraindre celles et ceux qui s'éloignaient de lui.
C'est de cette surprise que parle le récit dit des "Rameaux", que nous lisons en ce dimanche éponyme!

Lectures bibliques: 
Jean 11, 45-47
Jean 12, 12-16 


Un vieil arabe était parti pour le Far West - je veux dire qu’il avait émigré aux USA... Un jour de printemps 2011, il veut planter des pommes-de-terre dans son jardin. Hélas, le sol est trop dur, et ses bras n’en ont plus la force... Alors il envoie un courrier électronique à son fils, resté au pays: “Si tu étais ici, tu pourrais labourer pour moi!”

Le fils lui répond aussitôt, par courriel également: “Surtout, ne touche pas au jardin, c’est beaucoup trop dangereux, avec ce que j’y ai caché!”

Deux heures plus tard, voilà que la police des E-U débarque, avec la CIA et l’armée... Ils envahissent le jardin de notre homme avec des machines, des outils, des chiens... Ils retournent le sol de fond en comble... mais ils ne trouvent rien.

Le lendemain, le fils envoie un nouveau courriel à son père: “Maintenant, tu peux planter tes pommes-de-terre: le sol doit être parfaitement labouré!”


                                                                    *           *
J’aime cette histoire parce qu’elle me parle de Dieu et de nous! Je me dis que c’est un peu ainsi que Dieu travaille, dans notre monde, pour défricher son jardin. Pour faire germer chez nous des relations plus humaines, plus amicales et solidaires. Pour venir en aide à celles et ceux qui en ont besoin. Pour que nous nous respections mieux les uns les autres.

Lui qui n’a pas d’autres mains que les nôtres pour lutter contre le mal, eh bien, il nous embauche! Il nous utilise, parfois de manière aussi inattendue que le père et le fils de notre histoire utilisent la police américaine!

C’est ainsi en tout cas que Jésus a conquis le Far West, l’Ouest sauvage de son temps; i. e. l’Empire romain. Son Père n’ayant pas de bras pour planter l’évangile en Europe, le Fils a mis en route des hommes - et même des femmes, ce qui était presque un scandale pour l’époque. On les appelle apôtres, ce sont
Paul, Barnabas, Pierre, Silas... Des gens comme vous et moi!

Bien sûr, ils ne cherchaient pas des bombes, ni des armes de destruction massive. Au contraire: ils portaient sur eux une espèce d’”arme de reconstruction massive”! Ils ont traversé les contrôles aux frontières, les détecteurs des aéroports (euh, j’adapte, bien sûr!), cela sans se faire stopper. Car cette arme de reconstruction massive, vous l’avez deviné, c’est le pardon de Dieu! C’est son message étonnant: le Créateur veut le bien de chacun(e), sa liberté, sa paix!

                                                                  *           *
Depuis 2000 ans, ces apôtres sillonnent la planète, pour faire germer cet évangile. Mais qu’est-ce qui leur a donné l’énergie d’affronter les plus dures épreuves, voire parfois la mort?

Revenons au premier jour des Rameaux, si vous le voulez bien. La foule acclame Jésus, quand il entre à Jérusalem. Les gens agitent des branches en signe d’accueil triomphal.

Mais pourquoi le font-ils? Quelle est la cause de leur joie? On me répondra “parce que Jésus va donner sa vie pour nous”. Mais pensez-vous que la foule le sait? Jusque là, Jésus a surtout prêché en Galilée. Ici, à Jérusalem, son enseignement n’a pas encore été porté.

Non, cette foule anonyme est soulevée par une tout autre espérance. Relisons ce qu’elle chante: “Gloire à Dieu! Que Dieu bénisse celui qui vient au nom du Seigneur! Que Dieu bénisse le roi d’Israël!”
Pas le crucifié; pas le fils de Dieu: le roi. Et les branches qu’ils agitent, et les manteaux qu’ils placent sur la route (selon les autres évangiles), ce sont les attributs des chefs d’Etat qu’on reçoit, comme aujourd’hui le tapis rouge.

Jésus est acclamé comme un roi. Un chef politique. Gardons bien ce fait en mémoire.

Mais quelle est la situation, à l’époque, en Israël? Qui est au pouvoir? Le savez-vous?

Eh bien, ce sont les Romains. Les légions italiennes ont envahi la Palestine environ cent ans auparavant. Les occupants donnent les ordres et font régner la terreur.

Ils lèvent des impôts très lourds. Ils essaient d’imposer leur religion. Le culte de l’empereur commence, qui se proclame Dieu et fils de Dieu!

Comme toutes les provinces conquises par ces Romains sanguinaires, Israël souffre et tente de se libérer. Mais les légions détestées répriment férocement tout soulèvement. Elles inventent le supplice de la croix, particulièrement odieux et cruel, pour décourager les insurrections.

Le peuple juif veut malgré tout faire confiance à son Dieu. Jamais, pensent-ils, jamais notre Seigneur ne tolèrera que nous soyons opprimés par ces païens, impurs. Jamais il n’acceptera que nous soyons obligés de rendre un culte à un imposteur. Il va intervenir, il nous enverra un nouveau roi, un chef puissant, de la lignée de David. Ce Messie (c’est-à-dire cet envoyé, béni par Dieu), il chassera les Romains et rendra à notre pays son indépendance et sa pureté. Autant religieuses que politiques.

Et voilà pourquoi, quand on apprend que Jésus entre à Jérusalem, les foules se pressent et le reçoivent de manière royale. Car Jésus est descendant de David, la chose est connue. En plus, sa réputation de guérisseur, et davantage encore de faiseur de miracles l’a précédé loin à la ronde. “C’est lui!” se dit-on. “Le voici, l’envoyé tout-puissant du Ciel! Il va mettre en déroute les armées ennemies, qui nous terrorisaient!”


Or, vous le savez, ce n’est pas pour monter sur le trône que Jésus entre à Jérusalem. Mais pour monter sur le Golgotha. Et c’est d’une couronne d’épines qu’il sera coiffé. Il vient sur un âne, alors que les chefs d’armée ne défilent qu’à cheval! Aucune violence. Il sera prince, oui, mais prince de la paix!

Terrible méprise, n’est-ce pas? Si souvent, le “jeu” tragique se renouvellera, au cours des 2000 ans suivants. Confondre Jésus avec un puissant de ce monde. Et promouvoir son message les armes à la main...

Mais, voyez comment Dieu agit, mystérieusement: il utilise même nos bourdes humaines pour réussir son plan! L’accueil royal de la foule conduira Rome à crucifier Jésus, condamné comme “roi des Juifs”. Les chefs religieux d’Israël feront tout pour encourager ce meurtre, tant ils ont peur d’être supplantés dans leur autorité.

À travers toutes ces menaces et ces souffrances, pourtant, Jésus va rester parfaitement fidèle à ses valeurs de vie. Il refusera toute violence, toute vengeance, même lors de son arrestation ou de son exécution.

Ce sera là sa grande victoire. Son triomphe! Jamais il ne s’écartera d’un millimètre de sa priorité: un respect absolu de l’autre. Un désir de contribuer au bien et au bonheur de chacun(e). Même au prix que nous connaissons!

                                                                       *           *
Pour les foules qui l’avaient acclamé comme un roi, la mort de Jésus semble une défaite. Pour les partisans d’une révolte armée contre Rome, Golgotha a l’air d’un abandon de Dieu.

Pourtant, à travers les événements suivants, la victoire va changer de camp. À Pâques, quelques femmes et deux ou trois amis de Jésus comprennent que le crucifié est vivant malgré sa mort; étonnamment vivant, bien plus vivant que s’il n’avait pas été exécuté. Sa parole est vivante, son amour est vivant, son espoir jamais ne disparaîtra!

À l’Ascension, ses disciples se rendent compte que ce Vivant, cependant, n’est plus ici. Qu’ils ne le verront plus, physiquement, sur la terre. Qu’il règne bien plus haut, pour être mieux proche de toutes et tous!

À Pentecôte, une boule de neige se forme. Un groupe toujours plus grand d’amis du Christ, les apôtres, se met en route. Poussé par le souffle de ce Vivant majuscule. Rayonnant d’une victoire à l’opposé des triomphes militaires. Ils ont compris, maintenant, de quel côté se trouve l’essentiel!

Et puis, ironie de l’histoire (voyez comment Dieu travaille, à travers nos petits ou grands travers!): ces premiers missionnaires partent dans le monde entier, tels qu’ils le connaissent alors; mais c’est surtout dans l’Empire romain qu’ils vont se rendre, à cause des routes et des voies navigables bien plus performantes qu’ailleurs. Ces routes et voies navigables qui avaient été aménagées pour permettre aux légions de se déplacer plus rapidement, afin de mater les révoltes et d’assurer leur domination par les armes.

Si Jésus était entré dans ce “jeu”-là, s’il avait voulu répondre aux aspirations du peuple; s’il avait chassé les Romains manu militari; s’il avait imposé sa vérité par la force? Eh bien, ça n’aurait pas duré très longtemps. La violence serait revenue au galop, et nous continuerions de ne pas voir plus loin que le bout de notre épée.

Mais il a pris l’autre voie, le chemin difficile de chez difficile, celui de la réconciliation partout et toujours. On croyait que c’était l’attitude des faibles. Il nous montre que c’est celle des forts, tellement celle des forts que souvent nous n’y arrivons pas!

Les apôtres du Christ ont ainsi fertilisé l’Empire romain, souvent au prix de leur vie. Mais savez-vous ce qui s’est passé, 300 ans après la crucifixion de Jésus?

Eh bien, 300 ans après, c’est l’empereur de Rome, Constantin, qui se convertit au christianisme. Plus encore, il en fait la religion de tout l’Empire romain!

La croix, qui était le symbole de la cruauté des légions impériales et de la terreur, la croix sera dorénavant le signe fort de la victoire du Christ. Et la ville de Rome, celle des “méchants” de l’histoire, elle devient la ville emblématique du christianisme, celle où il y a le plus d’églises au monde!

Les foules naïves de Jérusalem, le premier jour des Rameaux, pourraient donc dire que, finalement, c’est Jésus qui a gagné! Il a remporté la victoire absolue, sur la croix. Il n’a pas chassé les Romains, il en a fait des chrétiens! Il a réussi à retourner la situation à son avantage. C’est ça, au fond, la résurrection!

                                                                   *               *
Malheureusement, vous le savez bien, il y a encore du pain sur la planche. Et des kilos! Rien n’est conforme aux prières du Christ, ici-bas. Si la victoire est acquise, pourtant les forces du mal se débattent encore, et comment! Jusqu’en nous, jusqu’à l’intérieur de nous! Trop souvent,  les responsables religieux sont tentés par le pouvoir. Manipuler les foules. Jouer le jeu des puissants. L’empereur Constantin s’est “planté”, lui aussi, et toute l’Eglise derrière lui!
Il y a encore du pain sur la planche. Trop souvent, la violence apparaît encore comme la solution, et le pardon comme un conte pour enfants...

Encore une fois, ce n’est pas ainsi que Jésus nous invite à vivre. Si je place ma confiance en lui, qui a préféré mourir plutôt que de laisser Dieu me punir, alors, je n’aurai plus peur d’aucune menace, et je pourrai me laisser porter par l’Esprit saint pour cultiver la paix.

                                                                   *               *
Voilà. La conquête du Far West n’est de loin pas terminée, vous le voyez! La joyeuse nouvelle de Jésus a encore bien du chemin à faire, pour être visible et vraie sur notre terre, à l’est comme à l’ouest - au nord comme au sud! Entre nous; et en nous. En moi, d’abord.

Et cette progression, elle est votre affaire à tous, gens du pays! C’est votre tour: de vous laisser parler d’amour!!

Ne restons pas au bord de la route à attendre un roi-messie, comme les foules de Jérusalem il y a 2000 ans. Dieu nous appelle à nous mettre en chemin. À nous faire apôtres, nous aussi. À devenir les laboureurs de sa mission, les semeurs de son pardon.

(Même sans en être conscients, comme la CIA de notre arabe!). Amen

                                                                              Jean-Jacques Corbaz