Lundi
Je reçois un coup de fil de Guy, ancien de notre paroisse. Il demande si mon groupe de prière peut installer les chaises à l’église, chaque samedi soir, pour le culte du dimanche. Je réponds: « Pas de souci, Guy! » – je me sens fier de mon équipe.
J’appelle Paul Clerc et lui demande de s’en charger. Il me répond qu’il va remettre cette question au Seigneur et en parler à sa femme. Mon fils sourit et fait: « Si Dieu n’est pas d’accord avec Mme Clerc, je ne donne pas beaucoup de chances à Dieu… »
J’essaie ensuite Luc, mais il me répond qu’il n’est pas biblique de former des plans pour l’avenir. Il ne peut donc pas promettre d’aider chaque semaine, mais seulement selon ce que le Seigneur lui dira… Je lui demande combien de jours à l’avance le Seigneur pourra l’avertir chaque semaine, et il répond: « Ce n’est pas à nous de le savoir, frère, mais que ta foi soit à la hauteur de ton épreuve… » – Je découvre qu’on ne peut pas étrangler les téléphones…

Mardi
René, membre de mon groupe de prière, nous donne un message puissant et passionné, qui nous engage à nous donner nous-même et à ne pas rester en arrière dans le service de Dieu. Il nous exhorte à ne pas refuser quand quelqu’un nous demande un coup-de-main.
Je saisis l’occasion, à la fin de la soirée; je le sollicite pour les fameuses chaises. Mais il me répond: « Non, je préfère ne pas le faire, car mon ministère, c’est la prédication. »…

Mercredi
Paul Clerc rappelle pour me dire qu’il n’a pas la paix intérieure à propos des chaises, mais que, de toute façon, ça ne lui serait pas permis.
Luc téléphone aussi. Il sent que Dieu veut qu’il intercède pour moi au sujet des chaises, et il me demande si c’est suffisant.
J’appelle Marc. Il me répond que, si j’ai essayé chez tout le monde et que vraiment personne ne peut le faire, alors il pourrait peut-être donner un coup-de-main de temps en temps, mais que ça dépend des circonstances du moment… Donc, il vaut mieux ne pas compter sur lui, sauf en de très rares exceptions. Je le remercie.
Je téléphone alors à tous les autres membres de mon groupe. Jamais de ma vie je n’ai entendu autant de prétextes lamentables. Je me sens de moins en moins fier de cette cellule.
L’un a mal à la jambe… et du coup, est incapable de se servir de ses bras.
Tel autre semble atteint de chaisophobie.
Une femme ne veut pas abîmer la peau de ses mains.
Pierre n’était pas d’accord quand l’achat de ces chaises a été décidé, il y a 27 ans, et sa cohérence lui dicte de ne pas s’en occuper…
Jean me dit que son ministère, c’est la musique, et pas les chaises. Il ajoute: STP, veille que celui qui fera ça ne s’approche pas trop de l’orgue!
Vraiment!!

Jeudi
Réunion de notre groupe de prière. À la fin, ma fureur éclate contre tout le monde au sujet de ces chaises. Personne n’a accepté de donner un coup de main! « À cause de ça, fais-je, il n’y a plus qu’Anne, ma femme, qui sera obligée de s’en occuper tous les samedis soir. »

Après que tous soient partis tête basse, Anne me demande: « Ecoute, je ne voulais rien dire devant tout le monde, mais pourquoi n’y a-t-il plus que moi pour déplacer ces chaises? »
« Euh, où veux-tu en venir? », lui fais-je, étonné.
Anne répond: « Eh bien, pourquoi pas toi, par exemple? »
« Ne sois pas bête, dis-je. Tu sais bien que, le samedi soir, je vais toujours… euh… oui, je vois ce que tu veux dire! »

(d’après « the horizontal epistles of Andromeda Veal », éd. Marshall Pickering)