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dimanche 10 septembre 2017

(Pr, SB, Vu) Trouver Dieu au bout du labyrinthe


Prédication du 10 septembre 17: "Dieu est amour? Pas si simple"

Introduction aux lectures:

Un jour où les personnages bibliques étaient tous réunis, l’apôtre Jean répétait, comme d’habitude, le même refrain. Il disait: “Dieu est amour! Dieu est amour!”.
Tous les autres approuvaient visiblement.
Tous? Non, car une voix discordante s’éleva, du milieu de l’assemblée des personnages bibliques. Cette voix disait: “Non, pas d’accord, ce n’est pas si simple!”
Qui était ce personnage contestataire?
Vous l’avez deviné, il s’agit de Job.

Dans les grandes lignes, vous connaissez son histoire:
Homme riche, intègre, ami de Dieu, Job subit tout à coup une série de coups du sort. Ses troupeaux et ses domestiques lui sont enlevés les uns après les autres. Tous ses enfants trouvent une mort tragique. Puis c’est sa santé même qui est atteinte.
Job a tout perdu, mais il reste fidèle à Dieu.
Arrivent alors des amis qui cherchent les causes de ces malheurs. Ils le font dans le cadre de la pensée juive d’alors: si tu es victime de coups du sort, disent-ils, c’est que tu as péché d’une façon ou d’une autre...

Je vous propose ce matin (mais vous n’avez pas trop le choix!) de nous arrêter sur le chapitre 10 de ce livre, qui nous permettra de méditer sur ce thème, universel, de la souffrance et de l’injustice.

Je vous préviens, cette prédication sera un peu plus longue et difficile que d’habitude. Merci de vous accrocher! Mais je crois que c’est important pour découvrir un peu mieux ce que cet étonnant livre de Job veut nous dire.

Nous écouterons d’abord ce chapitre 10; puis un passage de l’évangile de Jean, qui lui est comme un écho; et enfin deux versets de la lettre aux Romains. Merci à John Christin de nous conduire dans ces lectures, et d’abord dans la prière.


Lectures: Job 10; Jean 9, 1-5; Romains 8, 1-2
  


C’est l’histoire d’un homme qui nous ressemble. Job connaît la réussite, le bonheur. Puis brusquement, l’extrême opposé. De terribles malheurs lui tombent dessus. Des bandes de brigands; puis la tempête, la foudre, la maladie. Il ne lui reste rien.

C’est l’histoire d’un homme qui nous ressemble. Job, comme nous, cherche à comprendre: “Mais qu’est-ce que j’ai fait au Bon Dieu? Pourquoi?”

C’est l’histoire de trois hommes qui nous ressemblent. Ce sont les amis de Job. Ils viennent chercher avec lui. Et ils proposent sans cesse la même explication: “Tes malheurs viennent de quelque chose que tu as fait. C’est la seule raison: tu as péché et Dieu te punit.”

C’est l’histoire d’un homme qui ne nous ressemble pas! Car Job refuse d’entrer dans ce système. Il répète sans cesse: “Mais non, je n’ai rien fait. Je ne suis pas coupable!”

Nous, il nous arrive si souvent de chercher des torts en nous-même. Ou d’imiter les amis de Job, qui disent: “Il n’y a pas de fumée sans feu”. “Tu n’as qu’à te secouer!” “Quand on voit toutes les souffrances à travers le monde...”

Mais culpabiliser les autres, mais se culpabiliser soi, ça n’aide pas, bien sûr. Au contraire, ça enfonce encore plus.

Or, le système du “Dieu te punit”, ce n’est pas un système chrétien! C’est même exactement l’opposé. La loi “péché = punition”, ce n’est pas de la religion, c’est de l’épicerie! Il suffit de fixer le tarif, au départ; et après, l’homme peut décider tout seul de la sanction. Dans ce système, on peut se passer de Dieu!

Au fond, c’est assez exactement la tentation d’Adam et Eve, au début de la Bible. Vous vous souvenez? Ils goûtent à l’arbre de la connaissance du Bien et du Mal. Pouvoir savoir, pouvoir décider ce qui est bien, ce qui est mal, c’est en somme se mettre à la place de Dieu!

Que ce soit pour s’auto-justifier (dire: “je connais le bien, je sais que je suis juste”); ou pour s’auto-accuser (“je connais le mal, je sais que je suis mauvais”); ou pour accuser les autres (“je connais le mal, je sais que vous êtes mauvais”), le système des amis ne mène à rien, sinon à rejeter Dieu, à lui enlever sa liberté.
  

 
Job, de toutes ses forces, essaie de sortir de ce cercle vicieux. Mais il lui faudra pas moins de 40 chapitres pour y parvenir! Il lui faudra explorer bien des pistes, pour découvrir qu’elles sont sans issue.

Le livre entier de Job est comme un labyrinthe, où le héros essaie quantité de chemins, avant de trouver le seul qui ne soit pas une impasse.

Le chapitre 10, que nous avons lu, nous permet d’en comprendre deux ou trois, de ces voies sans issue. Et cela peut nous servir, à notre tour.
   
Première piste: “Je ne suis pas coupable, c’est la faute de Dieu”. Job essaie de se justifier en accusant son Créateur: “Je savais que tu me voulais du mal” dit-il. “Seigneur, ça te fait plaisir de me voir souffrir?”. Tu guettais ma faute, tu as joué avec moi comme un chat avec une souris”...

Quand on se sent trop coupable, il arrive que la seule manière de le supporter soit d’accuser quelqu’un d’autre. De projeter sa culpabilité sur autrui. De manière un peu désespérée, Job va ainsi renvoyer sur Dieu l’accusation qui lui pèse.

Ce qui est étonnant, ici, c’est que Dieu n’en veut pas à Job de cette réaction. Dieu ne retourne pas la culpabilité sur Job. Jamais! Il sait que nous avons souvent besoin d’explorer ce chemin-là. Dieu comprend que nous devons parfois passer par un tel stade. Nous avons le droit d’accuser Dieu, de nous révolter, lors d’une épreuve. Nous avons le droit de crier à l’injustice.

Deuxième piste: Job va aussi explorer, mais de manière moins marquée, le chemin de l’auto-accusation: “C’est ma faute” dit-il alors. Comme un dépressif, Job prend sur lui ses malheurs, il ploie sous leur poids.

D’ailleurs, la frontière est parfois difficile à tracer entre “se sentir accusé” et “être vraiment accusé” par un autre. Voyez ces petites questions dans un couple qui peuvent mettre le feu aux poudres. Par exemple: “Tu fais quoi, ce soir?” “Quoi, tu m’accuses de ne jamais rester à la maison?”

Ainsi, dans tout notre chapitre, il y a en hébreu un double sens:  la plupart des verbes qui parlent de pourchasser, d’accuser, de faire du mal à Job, on ne sait jamais exactement si le sujet du verbe c’est Dieu, ou si c’est Job lui-même (un peu comme, en français, quand je dis “J’ai vu manger un oiseau”, ça peut vouloir dire que c’est l’oiseau qui mange ou vouloir dire que c’est l’oiseau qui est mangé!

Dans notre chapitre, l’ambiguïté est voulue. C’est à la fois Job qui frappe et qui est frappé. Il n’y a pas de pire bourreau que celui qui se persécute lui-même. Des fois, on se battrait, pour ne plus se sentir coupable! On se tuerait, tellement on a honte!
   

Et c’est dans cette forme de dépression donc que Job met le doigt sur une troisième piste, qui le rapprochera de la clé du labyrinthe: sortir de l’alternative “Ou bien je suis juste, et c’est l’autre (l’Autre!?) qui est coupable; ou bien je suis coupable, et c’est l’autre qui est juste”. Tout à coup, Job ne sait plus s’il est bon ou mauvais. Il sent d’ailleurs que là n’est pas vraiment l’important. Le mal ne s’explique pas.

Job sortira de la dépression au moment où il pourra regarder ses malheurs en face, ne plus fermer les yeux sur son sort trop cruel. Job quittera la dépression quand il sortira du jeu de l’accusateur et de l’accusé. Quand sa misère devient extérieure à lui-même.

Dieu est-il méchant? Ou amour? La réponse pour Job est donnée à travers plusieurs autres doubles sens dans ce chapitre. Je n’en mentionnerai qu’un seul: quand il dit, au verset 8, “Tu m’as créé et formé”, Job emploie un verbe hébreu qui veut dire ou bien “façonner”, ou bien “blesser”. Encore une fois, Bien et Mal mélangés!

D’ailleurs, créer n’implique-t-il pas une violence? Mettre au monde peut-il se faire sans traumatisme? Il faudrait le demander à un nouveau-né!! Donner la vie à quelqu’un, n’est-ce pas le placer dans un monde d’injustice et de violence?

Un Anglais m’a dit un jour: “Que Dieu vous blesse”! Il voulait dire, bien sûr, “Dieu vous bénisse” (“God bless you”)...

La vie n’est-elle pas à la fois bien et mal; bonheur et malheur; joie et souffrance; guérison et blessure... Et Dieu n’est-il pas la source de toute vie?
   

Vous le voyez, les questions sont vastes, et nos intelligences humaines ne suffisent pas pour y répondre. C’est ce que Dieu va faire découvrir à Job, après un long itinéraire.

Neuf chapitres plus loin, notre héros exprimera quelque chose d’important, à travers ce verset bien connu: “Je sais que mon rédempteur est vivant, et en dernier il se lève sur la poussière”. “Il n’est plus un étranger”.

Le rédempteur, c’est celui qui prend mon parti, qui me soutient, me comprend. On ne sort de la dépression que si un rédempteur (ou une rédemptrice!) nous accompagne un bout de chemin, regarde et porte avec nous notre souffrance.

Mais voici encore un double sens, un de plus: en hébreu, le rédempteur, ça désigne aussi parfois celui qui abîme, celui qui souille, qui profane! Car rien n’est jamais tout blanc ou tout noir, comme l’esprit cartésien nous a hélas trop appris. L’hébreu sait mieux que nous la pensée intuitive, où le bien est inséparable du mal; où l’amour ne va pas sans blessure. Comme dans la réalité.

Pour nous accompagner et nous aider à voir clair dans nos souffrances, le rédempteur doit aussi nous faire mal, nous plonger dans ce que nous voudrions fuir. Un psychothérapeute, un superviseur doit mettre à la lumière ce qui dans nos émotions est douloureux, pour nous apprendre à le maîtriser.

Mais, c’est seulement au moment où nous avons fait le tour de nos illusions, de nos croyances, de nos culpabilités et de nos innocences, ce n’est que lorsque tout cela est tombé en poussière, comme c’est le cas pour Job, que le rédempteur devient une aide. “Je sais mon rédempteur vivant, et en dernier sur la poussière il se lève”. Alors, sur cette poussière, Dieu se révèle comme le Rédempteur majuscule, qui nous comprend et nous sauve. Il n’est plus un étranger.
   

La véritable consolation, Job la trouvera enfin au 42ème et dernier chapitre, lorsqu’il parle à Dieu comme à un ami, sans chercher de coupable. Le chemin dans le labyrinthe lui a donné, non pas la réponse à toutes ses questions, mais je dirai la force de vivre avec des questions sans réponse. Car il sait que Dieu vit avec lui et pour lui.
  
Dieu est amour? Pas si simple. Dans les souffrances, les injustices, ça ne veut rien dire. Rien. Avant de prêcher le Dieu d’amour, il ne faut pas oublier tout l’itinéraire dans le labyrinthe, dans l’obscurité, jusqu’à ce que nos échafaudages, nos auto-justifications et nos auto-accusations soient réduits en poussière. Dieu n’est pas un étranger, mais il y a tout ce chemin à parcourir pour le trouver. Un chemin où il nous confronte à nos blessures, pour nous aider à déboucher sur la guérison.

  

La différence avec l’exaltation de la souffrance est mince, bien sûr, mais j’espère que j’ai pu vous la faire ressentir. Le seul antidote contre les théories qui excluent Dieu, c’est le fait que Jésus a passé lui-même par ce chemin du labyrinthe. Il l’a parcouru pour, au matin de Pâques, nous permettre d’accéder à un sens pour notre vie; une authentique relation d’amour avec lui! Amen                                          


Jean-Jacques Corbaz



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