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lundi 22 mars 2021

(Bi, Re) À Vendredi saint, quelque chose d'essentiel a changé

Le Dieu dominateur est mort à Golgotha

En observant l’univers, nos ancêtres ont de tout temps discerné que des forces suprêmes, ou transcendantes, interagissent avec nous. 

Montage photographique de Gilbert Garcin

Mais voilà : nous humains sommes incapables d’imaginer une puissance qui ne soit pas dominatrice et autoritaire. Les divinités ont donc été décrites comme des despotes, des chefs absolus qui ne voulaient que se faire obéir au doigt et à l’œil.

Il a fallu que Jésus, que nous reconnaissons comme fils de Dieu, vienne sur terre pour nous enseigner une autre manière de voir : si le Créateur nous donne un temps de vie terrestre, c’est pour nous permettre de choisir en toute liberté (et c’est essentiel !) ; de choisir en toute liberté la réponse que nous donnons à son appel, à sa proposition de partager son bonheur, son amour.

 

Or, si Dieu ne cachait pas sa splendeur à nos yeux, s’il se montrait en pleine vérité, nous perdrions cette faculté de libre décision.

 

Jésus a vécu lui-même ce pouvoir à l’envers du monde, en remportant la victoire absolue sur la mort justement lorsqu’il est mort dans des souffrances insoutenables.

 

Ce règne à l’opposé des valeurs terrestres le couronne sur la croix. Mais il le couronne d’épines ! Le Dieu dominateur est mort à Golgotha. Et un Dieu de respect absolu pour nous y est né.

 

Ainsi ramenés aux valeurs d’En Haut, nous sommes invités à ouvrir la porte à Celui qui se tient sur le seuil et qui frappe. Il ne nous frappe pas ! Mais il attend que nous acceptions de le laisser entrer. Sans notre acquiescement, il ne peut rien.

 

Jean-Jacques Corbaz

 

 

mardi 16 mars 2021

(Pr) Atteint dans ma santé: pour... quoi?!?

 Prédication du 15 mars 2021  “Dans un poumon d’acier”

Paroles bibliques: Luc 13, 10-17; Luc 18, 35-43; 1 Corinthiens 2, 1-15



C’était il y a bien longtemps. J’étais un jeune pasteur stagiaire, inexpérimenté et timide. Aussi malhabile que l’apôtre Paul à Corinthe; mais chez moi, ça n’était pas voulu!
 

Un jour, on me demande d’aller rendre visite à un homme couché dans son lit sans pouvoir se lever, emprisonné par un poumon d’acier - sans lequel, bien sûr, il ne pouvait pas respirer.

J’y vais, très inquiet. Quelle attitude avoir? Que lui dire? Que ne pas lui dire? Je me sentais rempli d’un mélange de crainte et de pitié.

Or, c’est lui qui me réconforte! Il m’accueille avec un grand sourire: «Il ne faut pas vous frapper, me dit-il, vous savez, on s’habitue! Moi, j’ai bien dû m’y faire, à force. J’ai appris  à vivre avec (c’est le cas de le dire, vivre avec!»

Il me raconte alors comment se passent ses journées, entre ces quatre murs dont il ne sort jamais. Les visites, si importantes! Et puis surtout, il me parle de sa foi. Profonde, vivante. Lucide et modeste.

«Vous savez, c’est la communion avec le Christ qui me sauve. Sinon, je n’aurais pas de raison de vivre. Je suis relié avec Jésus 24 heures sur 24. Sans lui, je ne tiendrais pas.»

Et il ajoute:

«C’est Dieu qui me maintient dans l’espérance. Parce qu’il a besoin de moi! Oui, c’est surprenant, mais c’est vrai: Dieu a besoin de moi. Pourquoi? Parce que je remonte le moral des gens! Je les écoute, ils ont tant de peine à trouver des oreilles disponibles. Moi, j’ai tout mon temps!»

Je parlais de sa foi lucide. En effet, il continue:

«Au début, j’ai prié en demandant à Dieu qu’il me guérisse. Mais j’ai fini par comprendre que c’était une demande égoïste, et que Dieu avait besoin de moi ici! Grâce à ma maladie, je découvre tant de choses, tant de domaines où je peux apporter mon aide, depuis ce lit!»

Et il conclut:

«Vous savez, je n’ai pas de mérite; moi, je peux penser à Dieu 24 heures sur 24, je peux le prier en tout temps. Ce n’est pas comme vous les pasteurs qui devez toujours courir à gauche et à droite!»


 

Voilà une rencontre qui m’a marqué, vous l’imaginez! Qui m’a marqué, et qui m’a aidé à comprendre que, comme les autres, la personne atteinte dans sa santé a une vocation. Comme les autres, la personne atteinte dans sa santé peut faire de sa vie un chant d’amour pour Dieu et pour autrui… ou pas!

Dans l’évangile, Jésus donne un rôle aux malades. Une valeur. Il a besoin d’eux pour parler de Dieu, de liberté, d’amour, de confiance!

Et c’est cette femme qu’il vient délier comme on délie un prisonnier pour lui rendre la liberté, ou comme on détache un animal domestique pour le faire boire et manger. Cette femme devient un signe de la libération que Dieu nous offre, en Jésus: il nous rend libres de ne plus être enfermés par les carcans humains, comme ceux de la loi d’Israël (alors que c’était une loi religieuse, pourtant!). Il nous rend libres de ne plus plier sous des tâches inhumaines; écrasantes; dégradantes. Il nous rend libres de ne plus être paralysés par la peur; par la culpabilité; le fatalisme.

Aïe, dans ces domaines, nous avons tous (et moi le premier!) nous avons tous encore beaucoup à grandir, pour bénéficier de l’enseignement de Jésus, et pour que notre vie s’en trouve allégée; vous ne trouvez pas?
  

Et c’est cet homme, aveugle, qui est guéri parce qu’il a osé le demander, alors que son entourage voulait le faire taire. Il devient signe de confiance, dans une relation avec Jésus qui reconnaît ses manques, et qui cherche à les dépasser! Signe de foi.

Ouhlà, ici encore, nous pourrions en prendre de la graine! Ne pas chercher à surpasser les autres, mais plutôt viser à leur être utiles, comme mon malade au poumon d’acier. Ne rien savoir d’autre que Jésus, et Jésus crucifié!

Alléger sa vie, comme la pâte grâce au levain: du coup, nous devenons plus digestes pour nos proches - et nos prochains!

Le temps du Carême, que nous vivons ces jours, nous est proposé justement pour cultiver en nous ces valeurs. Pour pétrir nos journées avec le ferment de l’Esprit! Dieu nous y invite. Mieux, il y travaille avec nous.

Bon pétrissage!
Amen


Jean-Jacques Corbaz
 



dimanche 14 mars 2021

(Hu) L'invention du fauteuil roulant

Savez-vous qui est l’inventeur du premier fauteuil roulant? C’est Arturo, le père du fameux compositeur Giuseppe Verdi.
 

Giuseppe Verdi - photo Giacomo Brogi
La mère d’Arturo aimait beaucoup son petit-fils Giuseppe. Et ce dernier le lui rendait bien. Une complicité immense les liait. En particulier, ils avaient tous les deux un plaisir lumineux à parcourir la campagne autour de leur maison. La «nonna», la grand-maman, enseignait passionnément à son petit-fils à reconnaître les traces des animaux; à distinguer les différentes fleurs au bord du chemin; les arbres et leurs feuilles… Ces balades régulières étaient pour Giuseppe comme pour son aïeule autant de soleils dans leur semaine.

Mais voilà. La nonna, avec l’âge, avait de plus en plus de peine à marcher. Les promenades devinrent de plus en plus courtes, le pas plus chancelant. Jusqu’au jour où, après une mauvaise chute, la grand-maman dut renoncer complètement à marcher. Ses journées passèrent sans bouger de son fauteuil, à la grande tristesse de Giuseppe. L’aïeule immobile comme le petit-fils s’assombrirent, s’étiolèrent, pareils à des plantes privées de lumière.

Arturo, qui aimait autant l’une que l’autre, désespérait de les revoir sourire. Mais un beau jour, ou peut-être une nuit sans sommeil, il eut une idée lumineuse: et s’il fixait des petites roues sous le fauteuil de la nonna?

Après quelques tâtonnements peu concluants, enfin il réussit! Il appela son fils pour un essai. Ça marchait! Ou plutôt ça roulait!

Sans attendre, Giuseppe partit sur les chemins, en poussant sa grand-maman, sa chère nonna, qui n’était plus immobile. Et tout en retrouvant leurs parcours tant aimés, le jeune homme, rayonnant, chantait à tue-tête (sur l’air de Rigoletto): «La nonna è mobile!!» *

 



* voir https://fr.wikipedia.org/wiki/La_donna_%C3%A8_mobile#La_musique, et le fichier audio au bas de la page


Jean-Jacques Corbaz  

 

 

voir d'autres étymologies inattendues:

http://textesdejjcorbaz.blogspot.com/2021/02/hu-le-jardinier-de-la-reine.html

http://textesdejjcorbaz.blogspot.com/2021/02/hu-le-concert-manque.html

 

 

samedi 6 mars 2021

(Re, Pr) Trouver une issue à la crise

De la difficulté de choisir un chemin
Plus la sortie de la crise sanitaire se rapproche, plus l’impatience grandit, plus les avis divergent, plus il semble difficile de trouver un consensus permettant d’avancer ensemble vers la sortie de ce long tunnel qu’aura été la pandémie.

D’autant plus que ce tunnel n’est pas rectiligne (ou légèrement incurvé) comme le sont en général les tunnels. Il ressemble plutôt à un labyrinthe souterrain. On ne saurait le suivre comme un rail qui nous conduirait sans coup férir à la lumière. Les questions en forme de carrefour sont nombreuses : faut-il privilégier l’assurance de pouvoir accueillir tous les malades qui se présenteraient à l’hôpital ou la santé psychologique de la population ? faut-il mettre la priorité sur la protection des personnes « à risque » ou sur les entreprises qui ne se relèveront pas des suites du semi-confinement ? faut-il écouter le ras-le-bol des personnes qui manifestent contre les règles de distanciation sociale ou les avis des experts qui prônent leur maintien ? La tâche de nos dirigeants est décidément bien complexe et notre prière n’est pas de trop pour les soutenir et leur permettre de garder la lucidité nécessaire leur permettant de prendre les décisions les plus sages.

Dans le brouhaha des voix discordantes qui s’expriment, on en oublierait presque la bonne nouvelle : la sortie de la crise est en vue.

Et nous voilà impatients comme des enfants à l’orée des grandes vacances, ne sachant plus comment ne pas anticiper ce moment de liberté retrouvée qui nous est promis. Gardons-nous pourtant de perdre le fil d’Ariane qui nous conduit en direction de la sortie de ce long tunnel !



 
Le dédale du Minotaure
Pour nous y aider revenons justement à ce fameux fil issu de la mythologie grecque, plus précisément à l’histoire de Thésée et du Minotaure. Le Minotaure était une créature hybride, mi-taureau, mi-humaine. Féroce et menaçant, il finit par être enfermé dans une prison dont il ne pouvait s’échapper. A la demande du roi Minos, Dédale avait en effet construit un labyrinthe dont il était impossible de ressortir. Ainsi enfermé, le Minotaure demeurait pourtant vorace et exigeant : tous les neuf ans, sept jeunes filles et sept jeunes gens devaient lui être envoyés pour qu’il les dévore.

La situation semblait dramatiquement bloquée jusqu’à ce que Thésée décide d’aller affronter le Minotaure pour le tuer. Pour l’aider à ressortir du dédale, Ariane, son amoureuse, lui donna une bobine de fil qu’il déroula et qui lui permit ainsi de retrouver son chemin une fois le monstre anéanti. Et c’est ainsi que Thésée parvint à mettre fin au règne de terreur du Minotaure.


Thésée et le Minotaure!

 
Du dédale grec au labyrinthe chrétien
Le christianisme s’est beaucoup inspiré de ce mythe grec. Il a vu en Jésus un nouveau Thésée venu triompher des forces de destruction et de mort à l’œuvre dans notre monde.
C’est le cas notamment à la cathédrale de Chartres, dont le célèbre labyrinthe comportait à l’origine en son centre une représentation de Thésée affrontant le Minotaure.

Pourtant, à la différence du dédale antique, le labyrinthe de Chartres - tout comme les nombreux labyrinthes que l’on retrouve dans la chrétienté - ne comporte pas de pièges destinés à perdre celui qui s’y aventure. Le chemin y est certes sinueux, mais il n’y a qu’à le suivre pour en trouver la sortie. On touche là à l’une des différences majeures entre la vision grecque et la compréhension chrétienne de la vie humaine.

Les grecs valorisaient la figure du héros, en l’occurrence de Thésée qui surmonta les épreuves pour triompher du mal grâce à sa force, à son intelligence et à l’amour d’Ariane. De son côté, le christianisme valorise quant à lui la suivance des fidèles, faite de confiance et de mise en route. En suivant le chemin tracé par le Christ, les fidèles ne se perdront pas. Ils passeront à travers les pires épreuves – même à travers la mort – pour en ressortir régénérés, ressuscités à la suite de leur Maître et Seigneur.

La notion de suivance a été forgée par le théologien Dietrich Bonhoeffer[1]. Sa vie en est le plus parfait exemple : au nom de sa foi, il a notamment participé à un complot contre Hitler et a été exécuté par les nazis le 9 avril 1945.

La suivance ne préserve donc en rien la vie du chrétien, mais elle relève d’une fidélité à toute épreuve à la personne et au message libérateur du Christ. Juste avant de monter sur l’échafaud où il fut pendu, Bonhoeffer aurait d’ailleurs dit : « C’est la fin. Mais pour moi c’est le début de la vie. »


Quand la confiance prime sur le choix
Cet exemple nous rappelle tout d’abord l’importance de nos choix de vie. Si Dietrich Bonhoeffer s’est engagé dans un complot contre Hitler, c’est fort de la conviction qu’il était de son devoir de chrétien de mettre hors d’état de nuire le monstre nazi.

De même, les décisions prises par nos autorités sont, elles aussi, lourdes d’une grande responsabilité, tout comme les décisions que nous prenons au fil de notre existence.

Mais il y a plus important encore, nous dit la foi chrétienne : la confiance en ce chemin inespéré dans lequel le Christ nous invite à le suivre.

Lorsqu’il traduisit le mot « foi » présent à d’innombrables reprises dans la Bible, André Chouraqui choisit fort judicieusement le mot « adhérence ».

Ce mot n’est pas seulement à comprendre en son sens figuré, comme c’est le cas lorsqu’on dit qu’on adhère à un parti politique ou à mouvement social, mais il est à prendre en son sens premier de coller à quelque chose, et en l’occurrence à quelqu’un.


« Celui qui demeure uni à moi, et à qui je suis uni, porte beaucoup de fruits » dit Jésus dans l’Evangile.[2]

Cette union, cette adhésion au Christ nous permet d’avancer dans chacun de nos dédales intérieurs, faits de contradictions, d’hésitations, de peurs, de choix plus ou moins assumés, plus ou moins judicieux.

Le fil d’Ariane auquel notre foi nous a accrochés est toutefois bien plus qu’un fil, puisque c’est une personne : le Christ Jésus. Il nous rejoint et nous prend par la main, ou par le cœur, et nous offre une piste à suivre : la voie d’une vie portée par l’amour de Dieu, animée par son Souffle Saint.

De notre adhésion à ce compagnon inespéré découleront nos nouveaux choix de vie, inspirés par son exemple, à l’instar de Bonhoeffer.

Dès lors, même si nos vies semblent parfois devoir se terminer en cul-de-sac dans un dédale infernal, le Christ y trace un chemin en forme de labyrinthe. Même si son tracé reste sinueux et parfois difficile à arpenter, son issue certaine s’appelle la Maison du Père.

Bon cheminement à toutes et tous !
 
Christian Vez


[1] "Nachfolge" en allemand, titre d’un livre de Bonhoeffer consacré au sermon sur la montagne, traduit en français sous le titre « Le prix de la grâce », labor et fides
[2] Jean 15,5  

 

 

mardi 2 mars 2021

(Hu) jouer à la pétanque?

Devinette:

Quelle est la capitale européenne dont le travail permet de jouer à la pétanque?

 


 

Rome

(ben oui... le boulot de Rome!!)


J-J Corbaz

samedi 27 février 2021

(Hu, Im) interdire la burqua?!

Imaginer améliorer la condition de la femme en interdisant la burqa? Ça me semble aussi efficace que vouloir améliorer la santé publique en interdisant la fièvre...

 
 

Traduction:
- Toute couverte sauf les yeux... Oh, quelle culture machiste, cruelle et dominatrice!
- Toute découverte sauf les yeux... Oh, quelle culture machiste, cruelle et dominatrice!
 
 

vendredi 26 février 2021

mercredi 17 février 2021

(Bi, Hu) Lettre ouverte à un camarade complotiste

 Citoyens, on vous « Trumpe » !!

 

Salut, Gaston !

 

Au tout début février, tu nous annonçais avec fracas que Joe Biden et un grand nombre de parlementaires US, membres de ce que tu appelles « conspiration » contre Trump, avaient été arrêtés depuis plusieurs semaines, et que le « gouvernement légitime » avait repris le pouvoir. Les informations officielles, que tu disais toutes manipulées bien sûr, allaient être reprises en main en fin de semaine par ce « gouvernement légitime », et la vérité vraie allait éclater au grand jour samedi 6.2.

 

Près de deux semaines ont passé, et toujours rien. Biden est libre comme l’air. Te serais-tu « Trumpé » ?!?

 

Gaston, te rends-tu compte que tu te couvres de ridicule à publier de telles affabulations ? Ce n’est de loin pas la première fois que tu annonces des choses qui ne se réalisent pas, à propos surtout de l’élection US ou du Covid.

 

Pire, ne vois-tu pas que certains naïfs te croient, il n’y a qu’à lire la plupart des commentaires sous tes posts ? Et qu’ainsi tu attises une forme de violence larvée qui pourrait éclater ? Faisant le lit des extrêmismes dans le jeu politique ?

 

Heureusement encore que tu as rapidement supprimé certaines de tes affirmations (à l’égard d’Obama par exemple) qui sentaient le Ku-Klux-Klan. Je pense que tu t’es rendu compte qu’elles violaient les normes pénales contre le racisme.

   


Au cas où tu continuerais d’avoir plaisir à propager des nouvelles surprenantes et à contre-courant (et au cas où tu manquerais d’imagination), je te suggère quelques annonces fracassantes :

 

- Roger Federer est le fils caché de Mao Zedong. D’ailleurs, la ressemblance est frappante, surtout quand il avait 6 mois (ensuite, il a eu recours à la chirurgie esthétique).

 

- Alain Berset est mort il y a 2 ans. Depuis, c’est un émissaire du gouvernement chinois qui a pris sa place et son apparence. On peut facilement le vérifier en fin de journée, quand son déo commence à lâcher, car cet émissaire sent le bouc !

 

- le monde réel n’est pas le vrai monde. Seuls ceux qui prennent du LSD ont accès à la réalité pleinement réelle. Les autres sont victimes d’une illusion.

 

- la terre est plate et c’est le soleil qui tourne autour d’elle (je sais, c’est une vieille lune…)

 

- Gaston A. est le nouveau Messie, chargé par Dieu de faire toute la lumière sur les impostures et les fake news qui dominent notre monde…

 

 

Allez Gaston, sans rancune, tu m’as bien fait rire. Au plaisir de se lire !

 

Jean-Jacques Corbaz

 

 

mardi 9 février 2021

(Pr, Re Bi) Des regards qui tuent à celui qui envisage

Il y a des regards qui tuent et d'autres qui relèvent; des regards qui pétrifient et d'autres qui envisagent.
Quels regards portons-nous les uns sur les autres? Quelles en sont les conséquences pour nous et pour les autres? La méditation de cette semaine passe nos regards au crible de ceux de la femme de Loth et de Jésus.

 



La puissance d'un regard
Des regards qui tuent à celui qui envisage
Que de choses se jouent au premier regard ! En une fraction de seconde, je peux déterminer dans les yeux de mon vis-à-vis quels sont ses sentiments à mon égard : regard de méfiance ou d’ouverture, hautain ou implorant, fermé ou curieux, résigné ou volontaire…
 
Mais avant de nous interroger sur les regards que nous croisons, arrêtons-nous sur ceux que nous portons nous-mêmes, tant sur les autres que le monde qui nous entoure !
Pour nous y aider, je vous propose de méditer deux regards fort différents.
 
Le regard qui pétrifie
Ce premier regard, c’est celui qui caractérise la femme de Loth dans le livre de la Genèse. D’elle, on ne saura jamais qu’une seule chose : alors qu’elle était en train de fuir la région de Sodome qui allait être détruite,    « la femme de Loth regarda en arrière et fut changée en statue de sel. »[1]
On ne nous en dira pas davantage. Mais ce regard m’interroge : de quelle nature était-il donc pour provoquer de si funestes conséquences ?


Car la seule chose dont nous puissions être sûrs à son propos, c’est que la transformation en statue de sel qui s’en est suivie n’est pas un châtiment divin qui se serait abattu sur cette pauvre femme; mais elle est bel et bien la conséquence directe de son regard.


Et la question se pose : cette pétrification de la femme de Loth est-elle due à ce qu’elle a vu, comme lorsqu’on est pétrifié de peur devant un film d’horreur, ou lorsqu’on est saisi par un tableau ou par une scène devant lesquels nous sommes littéralement « scotchés » - comme on dit ? Ou alors cette transformation est-elle due à l’intensité du regard de cette femme, qui cherchait à voir, encore et malgré tout, la région où elle avait vécu et qu’elle devait quitter à son corps défendant.
 
Un regard nostalgique…

La plupart des commentateurs penchent pour cette deuxième interprétation.[2] Ils comprennent le regard de la femme de Loth comme un élan de nostalgie si puissant qu’il la tiraille au point de la figer entre d’une part ses pieds qui sont en train de l’éloigner de sa maison et d’autre part ses yeux qui refusent de ne plus la voir.


Si l’on suit cette piste, nous pouvons alors nous interroger sur nos propres élans nostalgiques. Lorsqu’on ne se contente plus d’évoquer le bon vieux temps, mais qu’on continue d’y vivre encore, alors que ce temps est irrévocablement révolu. 


Cette attitude est étonnamment très présente dans les milieux d’Eglise, où l’on cultive plus souvent qu’à son tour la nostalgie d’un prétendu âge d’or, fait de temples pleins à craquer, d’une réelle emprise de l’Eglise sur la société, garante des mœurs et de la foi du plus grand nombre.
La pétrification qui s’ensuit est immédiate et tangible. Nos temples en sont d'ailleurs le plus parfait exemple, avec leurs bancs vissés au sol, leurs mobiliers liturgiques scellés, leurs chaires en voie de désaffection, leurs cantiques séculaires et leur aménagement frontal en complet décalage avec le reste du monde actuel. Combien de souvenirs d’enfance – aussi beaux et intenses soient-ils – ne conditionnent-ils pas ainsi l’immobilisme et l’inertie de nos vies d’Eglise ? Comme la femme de Loth, nous sentons bien qu’il faudrait nous réinventer, oser partir à l‘aventure, aller de l’avant, mais nous n’y parvenons pas, faute sans doute d’en éprouver le désir profond. Alors nous faisons semblant de changer, inventons de nouveaux concepts, de nouvelles théologies, célébrations, catéchèse, mais rien ne bouge vraiment, pétrifiés que nous sommes face à la perspective même de devoir quitter notre « glorieux » passé.
 
… ou un regard plein de fureur

Mais l’autre interprétation de la cause de la pétrification de la femme de Loth n’est pas non plus sans intérêt. 

Le « spectacle » auquel elle assiste en se retournant tient en effet du film d’horreur. Le livre de la Genèse le décrit ainsi : « le Seigneur fit tomber du ciel sur Sodome et Gomorrhe une pluie de soufre enflammé. Il soumit à un total bouleversement ces deux villes et leur population, ainsi que toute la région et sa végétation. »[3]


Le regard que la femme de Loth pose sur ce cataclysme n’est pas neutre. Si Dieu déchaîne ainsi sa colère sur les habitants de Sodome, c’est notamment parce que Loth, son mari, n'avait pas trouvé d'autre solution que de proposer à tous les mâles de cette ville de violer leurs deux filles pour préserver les anges qu’ils avaient accueillis chez eux.[4]


On imagine la fureur de cette femme qui n’avait pas eu son mot à dire pour tenter de sauver ses filles et ses hôtes des pulsions déchaînées de ces hommes en rut.


Son regard peut donc aussi être teinté de vengeance, voire d’une certaine satisfaction de voir ces violeurs en puissance anéantis par les foudres divines.


Difficile ici de ne pas faire le lien avec l’actualité horrifiante qui recèle son lot glauque et quasi-quotidien de maltraitance sexuelle d’enfants. Si cette actualité ne peut que susciter de l’indignation, ainsi qu'un élan de solidarité envers les victimes, le regard vengeur de la femme de Loth nous met en garde. Il nous rappelle que si la justice humaine a pour but de sanctionner des comportements fautifs, le jugement des cœurs revient en définitive à Dieu seul. Et que nous n’avons pas à nous en mêler, ni même à y assister.


Lorsqu’on lit aujourd’hui les récits d’exécutions publiques du Moyen-Age, on ne peut qu’être rebuté par la curiosité malsaine des spectateurs qui se pressaient alors pour assister au spectacle.


Les réseaux sociaux ont remplacé aujourd’hui les places publiques. Mais la curiosité malsaine et morbide est restée la même. Lorsqu’ils sont trop pleins de nostalgie ou de haine, nos regards tendent à nous pétrifier, à l’instar de la femme de Loth, et nous donnent alors l’allure de morts vivants.
 
Le regard qui envisage

On trouve fort heureusement un autre regard dans les récits bibliques : le regard de Jésus lui-même. Il en est fait mention dans le dialogue que le Nazaréen mène avec celui que l’on a pris l’habitude d’appeler « l’homme riche ». Ce dernier interpelle Jésus pour lui demander ce qu’il doit faire pour obtenir la vie éternelle. La réponse de Jésus le plonge dans une tristesse infinie, puisqu’il lui enjoint de vendre tous ses biens et de le suivre.


C’est trop demander à notre homme, qui repartira chez lui d’humeur sombre. Et pourtant l’évangéliste Marc prend soin de nous dire qu’avant de lui répondre, Jésus l’avait regardé avec amour.[5] 


Que dire de ce regard de Jésus sinon qu’il envisage ce que pourrait devenir cet homme ? Il n’est ni complaisant, ni mièvre, ni sévère, mais juste brûlant d’un amour à la hauteur de la quête de son interlocuteur : la vie éternelle.


Le regard qui envisage ouvre ainsi des perspectives exigeantes, propose des défis dont l’enjeu est de continuer à grandir sur le chemin qui mène à Dieu et donc à la plénitude d’une vie comblée.


Ce regard, nous sommes invités d’abord à le recevoir, à le laisser nous envisager au sens premier de ce terme et à nous faire emporter par lui au-delà de ce que nous imaginions. Et puis à le partager en le portant à notre tour sur celles et ceux que nous rencontrons.


Plus fort que les regards qui pétrifient, le regard qui envisage ouvre un avenir marqué par la confiance et par l'audace, une vie ouverte à la surprise et à la Vie, à l’itinéraire aussi louvoyant que sa destination est certaine.


C’est un chemin de partage, d’humanisation, de compagnonnage.
Ce regard posé par Jésus sur l'homme riche nous dit à sa manière : si aujourd’hui vous le sentez posé sur vous, n’endurcissez pas vos cœurs au point de devenir semblable à une statue de sel, mais laisse-le dissoudre ce sel qui vous habite pour donner du goût à votre vie et à celle des autres !
 


[1] Genèse 19,26
[2] Jésus lui-même semble avoir adopté cette interprétation lorsqu’il déclare « Souvenez-vous de la femme de Lot » (Luc 17,32) en parlant de la fin des temps et de la tentation de revenir chez soi plutôt que de se laisser emporter dans le mouvement créé par le retour glorieux du Christ
[3] Genèse 19, 24-25
[4] Gn 19,8
[5] Marc 17,21



Christian Vez



 

(Hu) Le jardinier de la reine

 

Le jardinier de la reine était créatif et génial. Sa maîtresse, au contraire, aurait tant voulu laisser quelque chose à la postérité. En vain. Poème, histoire, roman peut-être ; ou simplement un bon mot ou une citation marquante… Elle était incapable de créer quoi que ce soit d’original ou de remarquable.


Un jour, le jardinier vint vers sa reine et lui annonça, très fier : « Majesté, votre nom sera célèbre ! J’ai trouvé quelque chose qui rendra votre souvenir plus durable que la roche des montagnes ! »

La reine, éblouie, voulut savoir de quoi il s’agissait ; mais le jardinier refusa d’en dire davantage. « Dans six mois, en août, vous verrez. Vous ne serez pas déçue !  »

Six mois durant, la reine se tortura l’imagination pour tenter d’en savoir plus. « A-t-il trouvé le moyen pour moi d’être la plus riche des souveraines ? Ou la plus heureuse ? Mais je serai heureuse quand je pourrai créer quelque chose qui laisserait mon nom aux générations à venir. Peut-être mon jardinier a-t-il trouvé comment me faire tourner des textes qui marqueront le monde ? Oui, sans doute, ce doit être cela, il a dit que je ne serai pas déçue. »

Les six mois écoulés, le jardinier emmena la reine dans ses jardins secrets. Là, il lui présenta un frêle arbrisseau. « Qu’est-ce ? » s’étonna la souveraine.

« Un nouvel arbre, majesté, que donne des fruits nouveaux. Une variété inédite de prunes, que j’ai créée pour vous, et qui portera votre souvenir aux générations à venir. Quel est votre nom ? »

« Claude », balbutia la reine, abasourdie.

« Eh bien, je nomme ces fruits des ‘REINE-CLAUDE’ en l’honneur de votre majesté, conclut fièrement le jardinier.

Chancelante, la reine regagna ses appartements. Lorsque sa femme de chambre lui demanda pourquoi elle était si défaite, elle lui expliqua tout. « Et ce jardinier qui clamait que je ne serais pas déçue ! Six mois durant, je me suis réjouie, croyant qu’il avait trouvé le moyen de me faire inventer ne serait-ce qu’une phrase célèbre ! Six mois durant, je me suis réjouie… pour des prunes ! »

J-J Corbaz


voir d'autres étymologies inattendues:

http://textesdejjcorbaz.blogspot.com/2021/03/hu-le-premier-fauteuil-roulant.html

http://textesdejjcorbaz.blogspot.com/2021/02/hu-le-concert-manque.html



(Hu) Le concert manqué

Boris Kustodiev - Portrait de Fyodor Chaliapine
Voulant écouter avec un ami un concert de la célèbre basse russe    Fyodor Chaliapine, Alfred lui demanda quels soirs il était libre.

L’ami en question, méticuleux à l’extrême et très lent, mit si long à lui répondre, ergotant sur son agenda pendant plusieurs semaines qu’à la fin, Alfred ne trouva plus une seule place de libre à Lausanne. Seule solution : attendre un nouveau concert qui impliquerait de se déplacer jusqu’à Moscou, Londres, Paris ou New York.

Fâché, Alfred eut alors ce mot historique à l’égard de son ami : « À cause de toi, je devrai aller écouter Chaliapine ailleurs ! »

Ce trait s’est transmis jusqu’à nous, amputé de ses premiers mots, pour désigner un homme qui perd du temps à des détails sans importance. On lui dit « Chaliapine ailleurs » ; ou, en abrégé, « pinailleur ».

J-J Corbaz

 

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lundi 8 février 2021

(Bi, Pr, Re) Confinement : prison ou occasion d’une naissance ?



Pour la plupart d’entre nous, ce confinement est un mal nécessaire. Nous tentons de le traverser dans une sorte d’apnée, avant de reprendre souffle et vie dès que ce sera possible. 

Pourtant n’oublions pas que, même confinée, une vie reste une vie ! Et qu’il nous appartient de savoir quel sens lui donner. Pour nous inspirer, je vous propose l’histoire du prophète Jonas, dont la Bible relate qu’il a vécu deux confinements pour le moins contrastés.
 

 

Jonas, confinement 1


Le premier a lieu dans la cale d’un navire. Il y est descendu pour échapper à Dieu, qui l’avait chargé d’une mission trop dangereuse. Prophète rebelle, Jonas se réfugie à fond de cale pour dormir, malgré la tempête qui se lève et menace de tout détruire. Comme un adolescent qui s’enferme dans sa chambre, Jonas fuit dans le sommeil malgré les secousses du bateau balloté par l‘ouragan. 

Quand le capitaine enfin le sort de ce quasi-coma volontaire, Jonas reconnaît que la tempête est due à sa désobéissance, et que la seule issue est de le jeter par-dessus bord. C’est ainsi que se termine son premier confinement. Les marins se débarrassent de lui pour se sauver. Jonas passe de la cale du navire à la mer qui l’engloutit.
 


Jonas avalé par le grand poisson. Chapiteau du XIIe siècle de la nef de l'abbatiale de Mozac

Il semble que l’apparition du virus soit due au comportement des humains. En s’approchant trop des animaux sauvages, tels les pangolins et les chauves-souris, en empiétant sur leur habitat, l’humanité a été contaminée par un virus qu’elle aurait pu éviter. Tout comme Jonas reconnaît sa responsabilité dans le malheur qui s’abat sur le navire, notre comportement a contribué au malheur de la maladie et des souffrances qu’elle occasionne, au malheur de la mise à l’arrêt des activités humaines, de la solitude et de la précarité.
 


 

Jonas, confinement 2


Comme pour Jonas, un second confinement succède à celui que nous avons vécu au printemps. Un grand poisson avale notre prophète. L’imagerie traditionnelle présente cet être marin comme une baleine, mais le texte biblique est beaucoup plus vague. On peut y voir un animal femelle, une sorte de matrice de laquelle Jonas naît mystérieusement. 

Au cœur de son second confinement, il se décide enfin à crier à Dieu. Comme un pari qu’il y a quelque part une oreille, une bonté première pour recueillir les larmes et briser l’enfermement.
 


 

La (re)naissance de Jonas


Après ce temps de gestation dans le sein du poisson, Jonas en est expulsé sur la terre ferme, comme un bébé du ventre maternel au terme de la grossesse. Alors que le premier confinement du prophète s’était conclu par sa « mort » largué par-dessus bord dans la tempête, le second s’achève par cette naissance étonnante. 

Puis recraché. Même chapiteau (autre face).

Il y a là de quoi nous inspirer sur notre manière de vivre ce nouveau confinement : et s’il était un appel à exorciser nos peurs, nos culpabilités et nos souffrances pour retisser les fils de notre confiance et de notre espérance ? 

Cet appel n’empêche certes ni le ras-le-bol, ni la fatigue, la peur, ni la propagation du virus, ni aucun des désagréments de ce temps de crise ; mais il ouvre une brèche dans notre isolement, il nous propose un vis-à-vis - silencieux mais attentif - qui nous permet de renaître à notre tour.


d'après Christian Vez

Jean-Jacques Corbaz