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dimanche 14 août 2016

(Ci, FA) Le mystère de Dieu

 
Ce que nous comprenons des paroles de Dieu, c'est beaucoup moins que ce qui nous échappe...

Ses paroles sont comme une source où chacun peut se désaltérer, mais que personne ne peut épuiser...

Réjouis-toi donc d'avoir pu apaiser ta soif, mais ne te désole pas que la richesse de la source te dépasse.

Ne t'attriste surtout pas d'être incapable d'épuiser cette richesse: mieux vaut que la source étanche ta soif plutôt que ce soit ta soif qui épuise la source.

Si elle n'est pas tarie, tu pourras y boire encore, chaque fois que tu auras soif. Mais si, en te rassasiant, tu épuisais la source, ta victoire deviendrait ton malheur!

Remercie pour ce que tu as reçu, et ne t'en fais pas pour ce qui n'est pas utilisé. Dieu a truffé sa parole de richesses multiples, pour que chacun puisse y contempler un trésor, selon ce qu'il aime...


                                                                                                             D'après Saint Ephrem de Nisibe 



mardi 9 août 2016

(Ci) Du recul!

« Quand on sait ce que nous sommes, il serait ridicule, vraiment, de n’avoir pas dans notre amour un peu d’humour »

 Madeleine Delbrêl

 

dimanche 10 juillet 2016

(Ci, Ré) La vraie réconciliation

   

« En ouvrant les blessures pour les nettoyer, on les empêchera de s’infecter. La vraie réconciliation n’est jamais bon marché, car elle repose sur le pardon qui est coûteux ».

Desmond Tutu  

(Pr) "Venez à moi, vous qui êtes fatigués et rêvez de vacances..."

Prédication du 10 juillet

Lectures: Matthieu 11, 25-30; Esaïe 29, 13-14; 1 Corinthiens 1, 22-30

  


“Venez à moi, vous qui êtes fatigués et chargés, je vous donnerai le repos...”. Encore un de ces versets qu’on a l’impression de connaître comme sa poche!

Je ne sais pas si vous êtes comme moi? Mes poches, je les sens avec mes mains, mais je ne les regarde jamais. Si, un jour, je me décidais à jeter un coup d’oeil dans une de mes poches, je serais sans doute surpris par sa couleur; sa forme; et par les petits “bruchons” accumulés...

Mais je m’égare!

Un de ces versets tellement familiers que peut-être on ne les écoute plus avec attention. “Mon joug est facile, mon fardeau léger...”. Bien sûr...

Je vais vous demander un effort ce matin: imaginez que vous entendez ce passage pour la première fois - et sans complaisance. Probablement alors réagirez-vous comme moi: facile, la volonté de Dieu? Pas tellement! Nous sommes juste quelques pages après le Sermon sur la montagne, qui pose des exigences... faramineuses, c’est plutôt surprenant! Facile, de pardonner à ceux qui vous ont fait du tort? Facile, d’aimer ses ennemis? Facile, de ne pas répondre à la violence par la violence? De ne pas juger les autres? (On pourrait continuer un bout comme ça). Non, ce n’est pas facile, mais alors pas du tout!
   

Vous connaissez peut-être un début d’explication: cette parole ne figure que dans un seul évangile (celui selon Matthieu); ce qui indique toujours que ça concerne une situation particulière. Or Matthieu écrit pour une Eglise de chrétiens qui ont été opprimés par les pharisiens juifs, quelque 50 ans après la mort de Jésus. Pour des chrétiens qui ont quitté la religion de Moïse parce qu’ils pliaient sous le joug de la Loi d’Israël, sous le fardeau des multiples contraintes imposées par les scribes.

Les chrétiens de Matthieu sont des “petits”, c’est-à-dire des sans pouvoir, des pauvres de coeur dans l’esprit des Béatitudes. Non pas des enfants ou des “bobets”! Il s’agit du petit peuple des campagnes, des pécheurs (avec accent aigu!), des impurs;  ces gens pour qui les pharisiens n’avaient que mépris, tandis qu’eux-mêmes se sentaient bons juifs, infiniment supérieurs.

Leur idéal, à ces pharisiens, c’était de connaître la loi de l’Ancien Testament et les traditions rabbiniques aussi parfaitement que possible. “Mieux j’applique les commandements, pensaient-ils, plus j’ai de valeur pour Dieu”.

Il est donc important de rectifier la trajectoire: pour Matthieu, ce sont les petits (et eux seuls) qui peuvent comprendre le Christ, et le suivre. Ni la connaissance de la Loi, ni l’application des commandements, rien de tout cela ne permet de vivre selon la véritable volonté de Dieu. Pas besoin non plus d’être spécialement sage ou intelligent, encore moins d’être instruit: l’important est d’accueillir le Christ sans autre sécurité, les mains nues!

Voilà pourquoi notre passage commence par dire que les savants, les forts en thème n’ont pas reçu le message de Jésus: ils en étaient incapables; trop prisonniers de leurs systèmes de pensée, de leur philosophie, leurs préjugés sur Dieu et sur les hommes. Devant ces gens-là, la prédication de Jésus ne pouvait qu’échouer.
   

Pourtant, avez-vous remarqué? Jésus ne se lamente pas, comme nous le faisons souvent, parce que ses appels n’ont pas abouti. J’entends encore les plaintes de tous ceux qui, dans l’Eglise, regrettent le peu de succès des campagnes d’évangélisation ou de sensibilisation. Nous connaissons tous ces discours désolés sur les bancs vides, le dimanche.

Mais Jésus, lui, ne se plaint pas: il s’en réjouit! Mais oui! Il remercie Dieu d’avoir caché l’intérêt de son message, de l’avoir caché aux sages et aux gens instruits, tandis qu’il a été révélé aux petits dont nous parlions. Les petits, c’est-à-dire la minorité. Les faibles, les sans pouvoir, les veuves et les orphelins... C’est un choix de Dieu. C’est lié à ce qu’il veut nous dire.
  
 
Chers paroissiens, ce constat me pose une grave question: est-ce qu’une Eglise majoritaire, une Eglise de notables et de riches, de savants, est-ce qu’elle est conforme à la volonté de Dieu? Question (im)pertinente, alors que nous allons commémorer les 500 ans de la Réforme.

Mais je vais encore plus loin: est-ce qu’une Eglise de gens instruits, de puissants, est possible? Est-ce que le fait d’être majoritaires ne nous met pas presque automatiquement hors-jeu, je veux dire: en position de ne pas pouvoir comprendre le message que nous propose le Christ?

Dures interrogations, auxquelles il ne faut pas répondre trop vite, ni par oui ni par non, bien sûr, car cela nous ferait retomber dans le camp des pharisiens et des “Jean-qui-sait-tout”... Mais questions qu’il est nécessaire de nous poser, en ces temps de mutations d’Eglise et de société; questions qui auront par ailleurs le mérite de nous faire moins regretter le passé...

Alors voilà: vers qui nous tourner, lorsque nous voulons témoigner de l’évangile? Qui sera réceptif aux appels incroyables du Christ? Et encore: comment travailler sur nous-mêmes, pour mieux devenir, devant Jésus, des assoiffés de ses paroles?
   

“Venez à moi, vous tous, les petits, fatigués et chargés, je vous donnerai le repos. Mon joug est facile, et mon fardeau léger...” Oui, c’est quand nous plions sous le poids de la peine, sous le poids de l’injustice ou de la peur, c’est quand nous sentons nos forces faiblir que Jésus nous appelle ainsi.

Des “petits”, nous pouvons l’être d’ailleurs dans toutes sortes de situations, il peut même y en avoir qui soient millionnaires ou Prix Nobel! Puisque seule compte notre capacité à laisser le Christ agir. Quand nous n’en pouvons plus des contraintes, alors il nous appelle pour nous soulager et nous donner le repos.

Mais attention: si son joug est facile, il n’est pas pour autant “rien du tout”. Le tournage de pouces, ce n’est pas un joug! Avec Jésus, il y a un fardeau à porter, même s’il est léger.

La volonté du Christ, nous le disions, est spécialement exigeante, pensez au Sermon sur la montagne! Des tâches multiples nous sont proposées, des défis souvent.

En quoi est-ce facile et reposant de désamorcer la violence, de pardonner, ou de ne pas servir l’argent? Je vois deux raisons:

(1°) D’abord, parce que notre salut ne dépend pas de notre obéissance, de notre fidélité à mettre en pratique les commandements en détail. Ça, c’est essentiel. Je dirais même: c’est l’essentiel; c’est l’essence de l’évangile. Au contraire des pharisiens, nous savons que Dieu nous sauve gratuitement, par choix, par amour, sans que nous ne le méritions. Notre valeur devant lui ne dépend que du fait que nous sommes ses enfants. Rien d’autre.

(2°) Deuxième raison pour laquelle le joug du Christ est reposant: c’est que Jésus lui-même est humble et doux, comme il le dit. Il n’est pas un maître sévère, rigide ou moralisant. Il est indulgent. Sa douceur bien sûr n’a rien de douçâtre ou de sulpicien, comme l’a déformé l’époque romantique. Jésus n’est pas un loukoum: mais il est bon, il veut avant tout notre bonheur, notre paix. Il veut nous soulager, nous reposer.
   

Dernier écueil à discerner: le repos du Christ, ce n’est pas dormir tout le temps, ni se mettre au chômage! À l’époque, le travail quotidien était dur et harassant, il fallait soulager les fatigues, énormes. Aujourd’hui, notre vie est, sauf exceptions, plus stressante, usante pour les nerfs qu’épuisante physiquement. Et le chômage est souvent vécu aussi comme un drame.

Le repos auquel Jésus nous invite, ce n’est pas une absence de travail; ce serait plutôt cette absence de stress, cette paix du coeur. Pour le paysan qui craint l’avenir; pour le patron qui a peur de la faillite; pour l’employé qui rame afin de garder son emploi et qui n’ose pas dire ce qu’il pense. Pour le chômeur ou le chercheur d’emploi; pour la femme, l’homme moderne coincés par les exigences démentielles d’une époque de moins en moins humaine, vitesse, efficacité, profit... Pour tous nous est proposé de retrouver en nous la fragilité du “petit”, et de découvrir que c’est justement dans cette nudité-là que le Fils de Dieu est venu. Que c’est justement de cette nudité-là qu’il est solidaire. C’est elle qu’il nous appelle à découvrir comme vraie force, avec lui, bien sûr, mais aussi avec les autres, dans l’entraide et la communion.

Si vous avez des vacances, je me dis que ce serait une bonne occasion de cultiver cette attitude, non?

Pendant le temps de silence et le jeu d’orgue, je vous propose déjà d’y réfléchir: comment laisser le Christ me rejoindre? Et qu’est-ce qui, dans ma vie, pourrait l’empêcher de me donner la véritable paix?
Amen                                          

Jean-Jacques Corbaz 



dimanche 19 juin 2016

(Hu) Le corbeau et la perdrix - pour mes adieux

Pour dire adieu à la paroisse de Grandson, et en guise d’hommage à son autorité suprême (je veux dire le président de l’Assemblée paroissiale), cette fable, puisée à la fontaine de mon village :

 



Maître Corbaz, sur sa chaire perché,
Tenait dans son bec un… sermon !
Maître Perdrix, par les mots intéressé
(Je ne dirais pas quand même « alléché » !)
Lui tient ce discours sans façon :
« Hé bonjour, M. du Corbaz,
Vous avez un corps… beau, sous votre robe pastorale,
Sans mentir, si votre génie,
Maître Cornille,
Se rapporte à votre babille,
Vous êtes un pacha
Digne de notre Othon national ! »

À ces mots, le Corbaz sent pétiller sa foi.
Il ouvre un large bec, et répète « Crois, crois » !
Plus qu’à Vendredi Saint on voit tomber des croix !
Maître Perdrix, en fin renard,
Saisit la parole, et s’en empare,
Et ne la lâche plus !
Le fromage (euh, l’ouvrage) est à peu près fait !

Maître Corbaz, absolument pas confus,
Conclut :
« Apprenez que tout pasteur
Vit pour transmettre son bonheur
À celle et celui qui l’écoute.
Cette leçon vaut bien un hommage sans doute !
Maintenant, vous savez pour quoi mon cœur bat
Et pour quoi mon corps bat !
En même temps, Maître Baudet,
À la ruelle des Renards,
Tient le même discours, parole ! »

Sur ces mots, tous s’envolent,
Le Corbeau, la Perdrix, le Martinet, Epars (!)
Schlaeppi, tu Verrey comment ça Roulet! 


Merci à mes cinq prédécesseurs et à mon collègue catholique d’être entrés (même si c’est "au chausse-pied" !) dans ma petite fable !


JJ Corbaz, 19.6.2016


  



   

(Hu) Une cloche ! (pour mes adieux)


Une cloche !
Qu’est-ce que le pasteur, sinon celui qui répète un message qui ne vient pas de lui ?
Au fond, qu’est-ce que le pasteur, sinon une cloche !?
Pareille à celle de Jean-Villard-Gilles, dans la fameuse chanson, une cloche qui répète inlassablement, qui redit aux vivants :
« Ne tremblez pas, cœurs fidèles, Dieu vous fera signe un jour, vous trouverez sous son aile, avec la vie éternelle, l’éternité de l’amour ».

Et puisque j’ai été placé, pendant presque trois ans, au bord d’un lac rempli de palmipèdes, j’aime répéter, à tous ceux qui se considèrent comme des vilains petits canards, j’aime répéter :
« Ne tremblez pas, cœurs fidèles, Dieu vous fera
cygne un jour » !

Et à tous mes amis joueurs de cartes, passionnés de jass (et je pense à Ursi et Joseph, ainsi qu’à Frédy, et tant d’autres), j’ai envie de le paraphraser encore ainsi :
« Ne tremblez pas, cœurs fidèles, Dieu vous fera signe un jour, vous trouverez sous son aile, avec le bour et le nell, avec la vie éternelle, l’éternité de l’amour, avec le nell et bour ».

Jean-Jacques Corbaz



dimanche 12 juin 2016

(Pr) "Tout est permis!?!" La page Facebook de Dieu

5 juin 

Lectures: 1 Corinthiens 6, 12 puis 1 Corinthiens 13, 1-2; Jean 15, 8-15

Dans un petit village isolé, presque désert, au milieu de la France profonde, je rencontre un jour un vieil homme supersympa. Je lui dis que j'apprécie qu'il soit aussi aimable. Il me répond: "Vous savez, c'est pas tant qu'on soit aimable, par ici, mais on est tellement seuls..."  ...

Eh bien, Dieu, lui aussi, il se sent seul, parfois. Seul avec ses désirs de paix; de liberté; de respect; de justice, ... ce que les humains ont tant de peine à vivre! Dieu se sent seul, et ça le pousse à se chercher des amis!

Sur la page Facebook de Dieu, ça fourmille de demande d'amis! Et de messages d'affection, et de promesses. Vous la connaissez, vous, la page Facebook de Dieu? Vous y allez souvent?

Au fait, Françoise, puisque tu as ton ordinateur, va voir sur Facebook et dis-nous ce qui est écrit sur le mur de Dieu.

(Françoise lit) “Dieu et Patrice sont désormais amis. Dieu et Cindy sont désormais amis. Dieu et Ilhan sont désormais amis. Dieu et Maryline sont désormais amis. Dieu et Bernard sont désormais amis...”

Merci! Vous comprenez, c'est cela que signifie la bénédiction dont on parle à l’église. Et c'est cela que signifie le baptême, que nous venons de vivre; pour Ilhan, pour ses parents Cindy et Patrice pour ses marraine et parrain Maryline et Bernard. Dieu a un projet d'amitié avec vous. Il veut se lier à vous. Se créer un lien avec vous.
 

 
On est bien d'accord, être amis sur Facebook, ça n'engage pas à grand-chose! On n'est même pas obligé de se parler une fois par année. Même pas une fois par siècle! On peut être amis sur Facebook et ne jamais rien en faire. Mais ça peut aider, parfois, à se sentir plus proche; ça peut aider à communiquer, si un jour on en a envie. Ou si on en a besoin...

C'est cela que nous dit la Bible, et l'Eglise: Dieu nous propose son amitié. Sans obligations. Sans contrainte. Bien sûr, il espère que nous allons vivre avec lui une relation intense, qui nous fasse du bien. Evidemment ça le rend heureux si nous sommes convaincus que nous avons de la valeur; que nous sommes importants. Bien sûr, Dieu souhaite que nous trouvions à son contact un allègement, une liberté, une vie passionnante qui nous rende heureux. Mais il nous laisse parfaitement libres d'entrer dans une telle relation; ou non.

C'est cela la foi chrétienne, telle que Dieu l'espère pour nous. Une vie de liberté! De joies! Bien loin de cette dame qui entre dans une librairie, cherchant de la lecture pour une amie hospitalisée. Le vendeur lui demande: "Est-ce que vous envisageriez un livre religieux?" - La dame répond: "Oh non, mon Dieu, non! Elle va déjà beaucoup mieux!"  ...
  

 
Un jour, un catéchumène m'a dit, sur un ton de reproche: "Le christianisme? C'est tout ce qui est interdit!"

Il n'avait pas lu le passage de la lettre aux Corinthiens que nous avons entendu: "Tout est permis!" affirme l'apôtre Paul, pourtant renommé pour ses manières très moralistes. "Tout est permis!" - Surprise, même s’il ajoute cette précision bien sûr: "Mais tout n'est pas bon. Tout n'est pas utile, ou constructif."  ...

Rien n'est interdit. Et c'est tout à fait vrai - même si, hélas, les chrétiens ont souvent vécu et proclamé le contraire; ils confondaient leurs propres désirs de domination avec la volonté de Jésus. Face à Dieu, "tout est permis!" - rien n'est défendu. Il n'y a aucun tabou, aucune règle contraignante. Et rien n'est défendu jusqu'à l'extrême, puisque Jésus, quand on viendra pour le tuer, refusera de se défendre!  ...

Oui, en allant jusqu'à la mort par amour de notre liberté, Jésus met fin au règne des commandements et des interdits.

"Tout est permis, mais tout n'est pas bon pour vous." Et c'est à chacun(e) de choisir, de déterminer librement les valeurs qui dirigeront sa vie. La Bible en propose quelques-unes, mais c'est nous qui disposons! La Bible propose et c’est toi qui disposes! "Tout est permis!" - Et c'est à nous de voir: comment ne pas faire de tort aux autres; comment vivre en harmonie avec la nature et les gens, le mieux possible.

Et là, le Nouveau Testament nous propose un critère: celui d'aimer. Mais attention: Jésus sait bien qu'on ne peut pas modifier nos sentiments! Quand on nous invite à aimer, dans la Bible, il faut le comprendre comme en Israël au temps du Christ: c'est-à-dire agir comme on agit avec celles et ceux qu'on aime.

Non pas les sentiments, mais les actes! Viser le bien des autres, les respecter. Favoriser leur croissance intérieure.
   

Evidemment, ce n'est pas toujours facile, loin de là! Par exemple, pour moi, ce matin: faut-il plutôt vous faire rire ou plutôt vous dire quelque chose d'utile? Et pour vous, demain: comment parler du Christ sans casser les pieds de celles ou ceux qui vous écouteront?

Il y a, ainsi, toute une vie à inventer! Toute une échelle des valeurs à créer! Sortir des morales, qui jamais ne correspondent à l'évangile, jamais! Sortir des morales, et construire une manière de vivre qui respecte: les autres; le monde; la nature; et soi-même (ce qui n’est pas toujours le plus facile)!

À vous, paroissiens et paroissiennes, amis et amies (où que vous habitiez, quelle que soit votre confession officielle), le Christ a un projet à vous proposer: c'est justement de construire cette nouvelle manière de vivre.

Vous pouvez le faire chacun pour vous, de votre côté. Mais ce sera certainement plus enrichissant de le vivre à plusieurs. L’Evangile vous invite donc à vous mettre ensemble, pour cela.

Comme le dit la devise de notre paroisse de Grandson: «Oser l’aventure d’être ensemble, offrir un repère, un lieu de ressources en Dieu, ouvert, où l’on se sent bien».
   

Je rêve d’une Eglise où des groupes d’adultes ou de jeunes se réuniraient pour essayer d’inventer de nouvelles manières d’être libres, les uns auprès des autres; et de rayonner; et de devenir toujours mieux artisans de la passion de Dieu pour le monde! Que ce soit sur Facebook ou bien en se rassemblant physiquement.

Depuis Ilhan jusqu’au plus âgé parmi nous, il y a là du pain sur la planche! Mes successeurs dans notre paroisse et mes collègues dans nos Eglises seront tout heureux de s’y mettre avec vous.

Allez, bonne chance! Que Dieu vous bénisse!  Amen                                      


Jean-Jacques Corbaz 



dimanche 5 juin 2016

(Pr, Vu) Les Vaudois du Piémont, précurseurs de la Réforme


Du 5 juin : "Les Vaudois du Piémont, précurseurs de la Réforme"
 
Introduction aux lectures:
Nous avons parlé, il y a deux semaines, des vrais et des faux prophètes avec Ezékiel. Aujourd’hui, je vous invite à prolonger cette réflexion à propos d’une époque plus proche de nous, où se posait aussi la question: vrais ou faux prophètes? Nous allons nous arrêter sur un mouvement religieux qui existe encore, et qui a toujours à nous interpeller quant à notre foi: la “Chiesa Valdese”, autrement dit les “Vaudois du Piémont”. Les deux premiers passages sont emblématiques de ce qui les anime pour l’essentiel.

Lectures: Luc 9, 1-6; Romains 1, 16-17; Ezékiel 13, 1-3 puis 10-12

Y en a point comme nous! C’est, paraît-il, ce qu’aiment affirmer les gens du Pays de Vaud. Or nous sommes parfois étonnés d’apprendre qu’il y en a d’autres comme nous, d’autres Vaudois en Europe: ceux dits “du Piémont”. On les situe ainsi parce qu’ils se sont longtemps cantonnés dans ces vallées du nord de l’Italie.

Qui sont-ils? Et d’où viennent-ils? Il m’a semblé intéressant, à l’occasion des 500 ans de la Réforme, de nous intéresser de plus près à ces cousins pas si lointains, cousins par le nom et aussi par la foi!

Les Vaudois du Piémont ont été longtemps persécutés, parce qu’ils contestaient l’Eglise catholique. Pour eux, l’essentiel de la foi était de vivre selon la pauvreté de l’Evangile, dans l’esprit des Béatitudes. Leur modèle était l’envoi des apôtres, tels que nous l’avons entendu dans l’évangile et tel qu’il traverse tout le livre des Actes.

Leur mouvement est né au 12è siècle, donc bien avant la Réforme. À Lyon, un riche marchand, qui s’appelle Valdesius ou Pierre Valdo, décide de vendre tous ses biens. Nous sommes en 1173. Il fait voeu de pauvreté et devient prédicateur sur le modèle des apôtres bibliques.

Pierre Valdo, 1140-1217
Valdo crée autour de lui un groupe de disciples, qui se nomment les Pauvres. Très vite, ils sont persécutés par l’Eglise catholique. Ils sont bannis de Lyon, excommuniés, et traqués par l’Inquisition. Ils vont se disséminer en Europe, ils disparaissent ici et réapparaissent plus loin, au fil des persécutions.

Jusqu’à la Réforme pourtant, donc pendant 350 ans, ces groupes clandestins restent en relation les uns avec les autres. Ils s’organisent. On voit naître chez eux une véritable théologie originale; une théologie différente des deux autres grands mouvements spirituels de l’époque: les Cathares et les Franciscains.

Par rapport aux Cathares, ils adressent les mêmes critiques à l’Eglise catholique: ils dénoncent la corruption du clergé et le fait que le message de Rome s’est fortement éloigné de l’Evangile. Mais, contrairement aux Cathares, les Vaudois gardent une foi trinitaire, résolument biblique, basée sur le Nouveau Testament. Ils n’ont pas de dérives ésotériques ou dualistes comme les «Albigeois». Ils ne veulent pas une autre Eglise, mais (on peut dire) une Eglise autre, fondée sur l’enseignement et l’exemple des apôtres.

Par rapport aux Franciscains, ils partent clairement du même constat, des mêmes critiques aussi contre à Rome, et contre le rôle de l’argent dans l’Eglise. Ils auraient pu être frères. Mais ils sont devenus ennemis. Pourquoi? Parce que les disciples de François d’Assise ont fini par choisir l’obéissance au pape, alors que les Vaudois ont jugé prioritaires la fidélité à l’Evangile et la transformation nécessaire de l’Eglise. À 40 ans de distance, les deux fondateurs finiront à l’opposé l’un de l’autre: Valdo sera excommunié, tandis que François sera proclamé saint.

Le point critique pour les Vaudois était la donation de Constantin à Rome, au 4è siècle: un document (dont l’authenticité est contestée) document selon lequel l’empereur aurait remis au pape le pouvoir sur la partie occidentale de l’empire. Dès ce moment, disent les disciples de Valdo, l’Eglise a perdu sa légitimité, en acceptant le pouvoir politique et la richesse. Les dérives du catholicisme viennent de cette erreur fondamentale: une Eglise qui gère le pouvoir ne peut pas être l’Eglise du Christ.

Vous le voyez, cette attitude des Vaudois est typiquement prophétique. Comme Ezékiel, ils dénoncent ceux qui se sont écartés de la volonté de Dieu. En refusant la monarchie du pape et les dîmes, en rejetant la doctrine du purgatoire, par exemple, ils annoncent clairement le grand bouleversement spirituel qui secouera l’Europe sous l’impulsion de Luther 350 ans après. On peut y voir aussi des accents qui évoquent l’Eglise Libre de notre canton, trois autres siècles plus tard!


 
Nous arrivons au 16è siècle. Très tôt, les Réformés entrent en contact avec les Vaudois. Entre temps, ceux-ci se sont réfugiés dans quelques vallées des Alpes surtout, en Italie du nord.

Après moult enquêtes et de vives négociations, le rapprochement se concrétise. En 1532 une assemblée se tient à Chanforan, au Piémont. Les disciples de Valdo y décident de se rallier au mouvement réformateur de Suisse et de Strasbourg.

Cette décision va modifier le mouvement vaudois de manière importante. Car la Réforme de Luther ou Calvin est bien plus proche des pouvoirs temporels, ces pouvoirs dont nos cousins du Piémont se méfient, et c’est peu dire. “Pouvons-nous intégrer une société qui nous a brimés, et persécutés? Est-ce que nous n’allons pas trahir nos idéaux en nous alliant à des Eglises de bourgeois et de magistrats citadins?” se demandent-ils.  Le débat a été passionné et prolongé.

Mais la décision prise est logique. Il y a tant de points aussi qui rassemblent les deux parties. D’abord, le fait bien sûr d’être en butte à l’Eglise de Rome; celui de contester sa théologie, et surtout de vouloir être ancré prioritairement dans la Bible, dont on accepte de part et d’autre l’autorité absolue. Le fait aussi de demander vigoureusement une réforme de l’Eglise. L’importance enfin de se trouver des soutiens,  en un temps de persécutions.

Une fois la décision prise de s’allier, les Vaudois organisent leurs Eglises selon le schéma réformé: ministère de pasteurs-théologiens, culte public, prédication. Ils décident encore de s’unir aux protestants pour traduire la Bible en français. Ce sera la traduction d’Olivétan, réalisée par un réformé suisse, mais quasi totalement payée par nos cousins du Piémont.

Je parle de ceux du Piémont. En fait au 16è siècle, il y a encore plusieurs autres groupes de disciples de Valdo qui existent, ailleurs. Mais ils n’ont pas survécu. Ceux de Provence ont été massacrés en 1545, ceux de Calabre en 1560. Ceux d’Italie du nord ont survécu de justesse. Jusqu’à la fin du 18è siècle, ils ne formaient que quelques petites paroisses presque réduites à l’état de ghetto, décimées lors des guerres de religion, écrasées d’impôts, soumises à toutes sortes de brimades... Dites, on croirait parler des chrétiens d’Orient en 2016!

La survie de la Chiesa Valdese, en fait, a tenu à plusieurs facteurs. Il y a d’abord, la situation politique: les vallées vaudoises ont été souvent occupées par les armées françaises, et elles touchent au Dauphiné protestant, ce qui leur donne des possibilités de fuite, de secours et de contacts.

Ensuite, il y a la situation géographique: la région est montagneuse, les vallées étroites et isolées; la guérilla y est plus adaptée face à une grosse armée.

Enfin, la survie des Vaudois du Piémont a été le fruit d’une importante solidarité internationale. Les cantons suisses, mais aussi la Suède, l’Angleterre et les Pays-Bas ont jugé nécessaire de protéger cette minorité opprimée.


C’est seulement en 1848 que l’Italie reconnaît enfin aux Vaudois des droits civiques, et qu’elle cesse de les persécuter. Depuis, nos cousins bénéficient d’une liberté certes, mais d’une liberté assez réduite. En effet, le catholicisme est religion d’Etat et les cultes non romains ne sont que tolérés.

Les disciples de Valdo auraient pu simplement profiter de cette tranquillité… relative, pour vivre heureux et pour accéder à des situations économiques plus favorables, ou à des positions sociales meilleures (avant, ils en étaient exclus). Plusieurs l’ont fait, bien sûr. Mais les plus actifs spirituellement se sont attelés à un projet ambitieux : celui de renouveler l’Italie dans le domaine de la foi. Comme Valdo sept siècles avant, ils se sont mis à diffuser l’Evangile, en utilisant les méthodes de leur temps.

Presse, brochures, conférences publiques: ils ont produit une activité missionnaire gigantesque, sans rapport avec leur petit nombre. Pourtant ils l’ont fait non pas pour gagner des prosélytes, mais pour provoquer, par la lecture de la Bible, davantage de réflexion théologique, de regard critique et d’enthousiasme religieux. On peut penser que le mouvement de renouveau du catholicisme, qui s’est manifesté dans le concile Vatican II, en a été un des fruits.

  
Chanforan, 2016
Aujourd’hui, l’exemple des Vaudois peut nous interroger, et nous stimuler: alors que notre Eglise devient minoritaire et qu’elle a de la peine à se faire entendre dans la société; alors qu’on se moque facilement des chrétiens à cause de leur foi; alors aussi que l’avenir paraît bouché pour nous qui nous réclamons des valeurs de l’Evangile: si nous pouvions, comme nos cousins du Piémont, faire preuve de résilience et d’imagination, de pétillance et de courage, pour essayer de transformer la société où nous vivons? pour y promouvoir plus de joie de croire et d’espérer?

L’héritage des disciples de Pierre Valdo tient en deux intuitions fortes, qui pourraient devenir nôtres. D’abord, que toute Eglise chrétienne ne peut avoir qu’une référence essentielle, c’est l’Evangile du Christ. Et par conséquent qu’elle est appelée à devenir une communauté fraternelle plutôt qu’une organisation ecclésiastique.

Esprit d’indépendance, voire anticonformisme ont toujours été chez les Vaudois associés à une relation de respect. Qu’ils soient pacifistes ou résistants, les membres de la Chiesa Valdese ont toujours respecté les institutions, sans pour autant s’y soumettre. Ils ont su sans cesse garder leur liberté et en revendiquer les droits.

Pour eux, la liberté découle de l’Evangile et s’y enracine, elle y puise richesse et force. Un christianisme sans liberté, disent-ils, ce n’est plus l’Evangile. Et donc une société sans liberté n’est plus humaine.

Il y a là de la graine à prendre, non ? Y en a point comme nous! Tu crois, vraiment ? Tu crois ? Amen                                           


Jean-Jacques Corbaz, d’après le pasteur Giogio Tourn, de la Chiesa Valdese 


mercredi 25 mai 2016

(Bi, Hu) Le seul défaut

"Quand Dieu créa la femme, il en était déjà à son sixième jour de travail...

Un ange apparut et lui demanda :
- "Pourquoi y mets tu autant de temps ?"


Et le seigneur répondit :
- "Tu as vu mon projet pour elle ? Elle doit être :

- complètement lavable, sans être en plastique
- avoir plus de 200 parties amovibles remplaçables
- pouvoir fonctionner avec un régime quelconque
- avoir un giron qui puisse accueillir 4 enfants en même temps
- avoir un baiser qui puisse soigner aussi bien une genou écorché qu'un coeur brisé
et elle fera le tout avec seulement deux mains."

L'ange s'émerveilla des qualités : "Seulement deux mains, impossible ! Et c'est seulement le modèle de base ? C'est trop de travail pour un jour... Attends demain pour la terminer"

Le seigneur protesta : "Je ne le ferai pas. Je suis si prêt de terminer cette création que j'y mets tout mon coeur. Elle se soigne toute seule quand elle est malade et elle peut travailler 18 heures par jour".

L'ange se rapprocha davantage et toucha la femme : "Cependant, tu l'as faite si délicate, Seigneur !"

"Elle est délicate", répondit Dieu, "mais je l'ai faite robuste aussi. Tu n'as pas idée de ce qu'elle est capable de supporter ou d'obtenir."

L'ange demanda :"Est-ce qu'elle sera capable de penser ?"

Dieu lui répondit : "Non seulement elle sera capable de penser, mais aussi de discuter et d'exécuter".

L'ange remarqua alors quelque chose et en allongeant la main, il toucha la joue de la femme:
"Seigneur, il semble que cette femme ait une fuite." "C'est une larme, ...corrigea le Seigneur.
"A quoi servent les larmes ?" demanda l'ange.
Et le Seigneur dit : "Les larmes sont sa manière d'exprimer sa joie, sa peine, sa désillusion, son amour, sa solitude, sa souffrance et son orgueil."
Ceci impressionna beaucoup l'ange : "Tu es un génie, Seigneur. Tu as pensé à tout. La femme est vraiment merveilleuse."

Eh oui ! Les femmes ont des énergies qui étonnent les hommes.Elles affrontent les difficultés, règlent les problèmes graves, cependant elles ont bonheur, amour et joie. Elles sourient quand elles voudraient pleurer, elles pleurent quand elles sont heureuses et elles rient quand elles sont nerveuses. Elles luttent pour ce en quoi elles croient. Elles se rebellent contre l'injustice. Elles n'acceptent pas un "non" pour réponse quand elles croient qu'il y a une meilleure solution. Elles se privent pour tenir la famille debout. Elles vont chez le médecin avec une amie craintive. Elles aiment inconditionnellement. Elles pleurent quand leurs enfants ont du succès et elles se réjouissent pour les chances de leurs amis. Elles sont heureuses quand elles entendent parler de baptème ou d'un mariage. Leur coeur se brise quand une amie meurt. Elles souffrent pour la perte d'une personne chère. Sans doute, elles sont fortes quand elles pensent ne plus avoir d'énergie. Elles savent qu'un baiser et une ambrassade peuvent aider à soigner un coeur brisé.

Il n'y a pas de doute, dans la femme, il y a un défaut :
C'est qu'elle oublie
combien elle vaut.

(auteur inconnu)

dimanche 22 mai 2016

(Pr) “Prophète de bonheur, tu te plantes” à propos d'Ezékiel.

Prédication du 22 mai: Ezekiel, vrai ou faux prophète? 

Lectures: Ezékiel 12, 21-24; Ezékiel 13, 1-
3 + 10-12; 2 Pierre 3, 8-9


Le passage d’Ezekiel que nous lisons aujourd’hui n’est pas spécialement “sexy”! Ce sont des versets qu’on aborde peu, ou qu’on lit en croix, en se disant qu’ils ne nous concernent pas.

Pour les comprendre, il faut déjà connaître les évènements de l’époque. Je commence donc par rappeler ce que dit l’Ancien Testament au sujet du peuple de Dieu.

Au 8ème siècle avant J-C, le royaume d’Israël a bien changé. Après un temps de croissance et d’apogée, sous les règnes de David et Salomon il y a eu des conflits internes, et tout a régressé. Le pays s’est séparé en deux parties: le royaume du Nord (capitale: Samarie), et le royaume de Juda, au sud (capitale: Jérusalem). Il s’est affaibli.

Au contraire, l’un des grands rivaux locaux s’est fortement développé; il s’agit du royaume d’Assyrie (donc l’actuel Iraq). C’est devenu une grande puissance. Les Assyriens rêvent de conquête. Ils partent en guerre pour étendre leur territoire; s’emparent de la Mésopotamie, de Babylone, et de ce qui est aujourd’hui la Syrie et le Liban.
  

 
En 722, l’armée assyrienne envahit Israël, le royaume du Nord. Samarie tombe, la ville est pillée, les élites sont emmenées en exil. C’est la fin de cet Etat.

Vous imaginez que Jérusalem doit trembler! Le royaume de Juda sait qu’il sera la prochaine victime, et que la déroute est imminente. Il est un nain face au géant!

Jérusalem négocie donc, et se soumet à une espèce de vassalité: le royaume du Sud conserve une certaine indépendance, en échange évidemment de redevances et d’impôts.

Et ça marche, parce que l’Assyrie est victime de soulèvements dans plusieurs provinces, là-bas, spécialement à Babylone. Cette conjoncture permet à Juda de jouir d’une paix relative pendant une centaine d’années.
   


Et puis, le bruit des bottes se fait à nouveau entendre. Car Babylone, qui a vaincu l’Assyrie, reprend son flambeau de grande puissance et d’envahisseur! Jérusalem se retrouve vassale de la grande cité des bords de l’Euphrate, tout comme l’Egypte, par exemple.

Mais, en 602 avant J-C, voilà que le royaume de Juda se soulève contre Babylone, croyant en la force de ses armées - et, peut-être, au pouvoir de son Dieu? Hélas, l’histoire de David et Goliath ne se renouvelle pas: le géant écrase la dernière moitié d’Israël. En 597, les Juifs se rendent. Les élites sont déportées à Babylone. Et, parmi ces déportés, un prêtre du Temple de Jérusalem nommé Ezékiel.

C’est donc ici que nous retrouvons les passages que nous avons entendus tout-à-l’heure. Ezékiel, prêtre (donc sacrificateur) est en quelque sorte réduit au chômage, puisque, loin du Temple, aucun sacrifice ne peut être célébré. Il se recycle donc et devient prophète, i. e. porte-parole de Dieu; proclamateur des mises en garde et des promesses de l’Eternel!
   
 
Pendant ce temps, à Jérusalem, la vie ne s’est pas arrêtée. Seules les élites ont été déportées. Et les autres, petits paysans, artisans ou commerçants, continuent de vivre - et de payer leurs impôts à Babylone.

Mais ils espèrent. Ils prient en secret, ils rêvent, ils croient... Ils attendent le moment où Dieu interviendra pour les délivrer; pour chasser l’envahisseur et rétablir Israël dans la prospérité et la liberté!

Plusieurs prophètes, il est vrai, jouent les rabat-joie. Comme Ezékiel, ils annoncent que les épreuves ne sont pas finies, que le pire n’est pas encore arrivé. Les catastrophes ne sont pas derrière nous, mais devant!

Meuais non, disent beaucoup d’autres prophètes. Pas du tout!  C’est fini! Dieu va intervenir, il va nous secourir; on a mangé notre pain noir, les gars!

Alors le peuple, vous imaginez, ils préfèrent quand même nettement ce deuxième discours. Entre les prophètes de malheur et ceux qui annoncent le bonheur, le choix est vite fait!
  
 
Dieu dit: “Ezékiel, dis-moi, pourquoi autour de toi (à Babylone, donc, en exil) pourquoi les Juifs s’intéressent-ils à ce dicton, à cette redite que répètent les gens, là-bas, à Jérusalem? Ils disent: “Le temps passe, et les prophéties ne se réalisent pas”. Ça veut dire: “Vous pouvez causer, vous les prophètes de malheur, mais vos prédictions restent des paroles en l’air. Du vent, quoi!” - Eh bien non! Ce n’est pas du vent! Ça va arriver tout soudain, ces évènements”.

Voilà le message de Dieu que transmet Ezékiel. Le Seigneur a patienté quelques années, mais c’est fini: la déroute est imminente.

Et de fait, cette année-là, le nouveau roi de Jérusalem, Sédécias, se révolte contre Babylone. Confiant sans doute dans les belles paroles des prophètes qui annoncent que Dieu va résoudre tous les problèmes. Seconde rébellion, et, ça ne rate pas, seconde défaite. En 587, c’est vraiment la fin. Le vainqueur frappe encore plus fort. Les principaux édifices de Jérusalem sont rasés, le Temple lui-même est détruit, la belle cité est presque rayée de la carte. Cette fois, c’est vraiment l’horreur.   Fin de l’épisode.

   

Or donc: en quoi ces évènements d’il y a quelque 2600 ans nous concernent-ils, nous Vaudois de 2016?

Pour moi, ils m’entraînent vers trois pistes de réflexion.

(1°) D’abord, ils me parlent de la peine que nous avons (je dirai même une peine du diable, en pesant mes mots!), la peine que nous avons à ne pas prendre nos désirs pour des réalités. Les faux prophètes aujourd’hui ne manquent pas, qui lissent dans le sens du poil, qui murmurent ce que chacun souhaite entendre, qui effacent les difficultés.

Dans le domaine de la foi, cela donne facilement des sectes, soumises à des gourous beaux parleurs. Ou bien ces théories gentillettes qui nous chantent que tous les problèmes vont se résoudre grâce à leurs techniques de relaxation ou de méditation. Ben tiens, c’est normal, que toutes les difficultés s’effacent, quand on les oublie, quand on se saoule de belles paroles. Mais on a beau oublier la réalité, elle est toujours là...

Ne pas prendre nos désirs pour des réalités, cela signifie aussi lire la Bible avec le moins de préjugés possible, en essayant de la comprendre pour aujourd’hui, avec les yeux neufs d’un(e) croyant(e) riche de tout l’héritage du passé, mais aussi tâchant d’y trouver des pistes nouvelles faces aux défis de 2016, qui ne sont plus ceux d’hier. En cette année où nous nous préparons à commémorer les 500 ans de la Réforme, il me semble spécialement indiqué de rouvrir régulièrement les pages de notre livre saint, et d’y puiser des trésors nouveaux de foi, d’espérance et d’amour, qui permettent d’accéder à un vrai bonheur..
   


(2°) En second lieu, les débats d’Ezékiel avec ses faux prophètes me font réfléchir à ceci: comment prenons-nous au sérieux les paroles de Dieu? Est-ce qu’elles sont là juste pour faire joli, dans quelques grands évènements (baptêmes, mariages...), comme des ballons multicolores dans une fête? Est-ce que notre foi, notre écoute de Dieu, c’est pour nous évader des difficultés de la vie, ou bien au contraire pour mieux les affronter, ces difficultés?

Notre culte est-il une jolie rengaine qui revient, toujours la même, ou une manière de laisser Dieu empoigner avec nous notre quotidien, chaque fois un peu différent, pour le transformer à la lumière de ses promesses?

Souvent, dans les compte-rendus de manifestations (je pense par exemple à des réceptions de personnalités politiques), on résume dans les journaux le contenu de chaque discours, sauf celui du pasteur ou du prêtre. Comme s’il n’était là que pour le décor; de toute façon, ça sonne creux, ça ne se réalise pas. Alors oui, comment porter l’évangile de manière percutante, aujourd’hui, pour qu’il soit pris au sérieux?
  
 
(3°) En dernier lieu, ces aventures d’Ezékiel évoquent pour moi la portée, l’actualité des évènements de l’évangile: que ce soit Noël ou Pâques, Vendredi-Saint ou Pentecôte, est-ce que nous n’avons pas trop tendance à penser que c’est du passé; que c’est loin de nous, tout ça?

Les contemporains d’Ezékiel se disaient “Il ne prêche pas pour aujourd’hui, ses prédictions concernent un temps éloigné, ça ne va pas se réaliser de sitôt”.

Ne ferions-nous pas pile l’erreur inverse? À savoir qu’au lieu de penser “Ce n’est pas pour aujourd’hui, mais c’est pour après-demain”, nous nous disons, nous: “C’est pas pour aujourd’hui, mais c’est pour avant-hier”! Ce qui en fin de compte revient exactement au même: à cantonner la parole de Dieu, et ses promesses (surtout ses promesses!) dans un temps qui n’est pas le nôtre, qui est bien séparé du nôtre, eh bien on lui coupe les ailes, on lui enlève tout impact.

Les faux prophètes, écrit Ezékiel, sont en train de recrépir un mur sans voir que ce mur commence à s’écrouler. Chers amis, quels sont nos murs pourris, aujourd’hui? N’y aurait-il pas à méditer, ensemble, sur les défis de notre temps, pour que la foi chrétienne se transmette encore, et mieux si possible, aux générations à venir?
    

Finalement, est-ce qu’Ezékiel ne nous appelle pas à considérer avec plus de sérieux les exigences de Dieu face à nos fausses sécurités, nos valeurs matérielles, nos conforts égoïstes, si souvent éloignés de la volonté de Dieu? Ne nous encourage-t-il pas à nous laisser bousculer par le Saint-Esprit pour que nos rêves, nos attentes soient un petit peu moins les nôtres (rien qu’à nous), et un petit peu plus ceux du Christ?

Merci d’y réfléchir! Amen                                          


Jean-Jacques Corbaz