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dimanche 11 septembre 2016

(Pr, Vu, SB) Bon, le Samaritain?

Prédication du 11 septembre 2016

Lectures bibliques: Luc 10, 25-37; Luc 18, 18-23; Lévitique 19, 17-18



La parabole que je propose à votre attention, ce matin, elle est sans doute celle qui a le plus marqué la chrétienté. À tel point que le mot «Samaritain» a passé dans le langage courant, pour désigner les secouristes. Il y a même à Vevey un hôpital qui a pris ce nom: le Samaritain!

C'est un peu dommage, car le héros de la parabole que Jésus raconte n'a au départ pas grand-chose à voir avec le domaine médical!

Au temps du Christ, les Samaritains sont les habitants du pays voisin d'Israël, au nord. Leur religion et celle des juifs se ressemblent beaucoup, mais ils se battent comme des ennemis. Bref, le Samaritain dont parle Jésus, ce serait plutôt aujourd'hui un Libanais, un Palestinien ou un Syrien, davantage qu'un infirmier. Imaginez un dialogue saugrenu du genre: «Tu as passé ton diplôme de Libanais?» - «Je vais être opéré à l'hôpital du Palestinien»...

Ça choque, n'est-ce pas? Or Jésus aussi voulait faire sursauter ses auditeurs. Le prêtre et le lévite dont il parle, ce sont les spécialistes du sacré, en Israël. Mais quand ils voient un blessé, abandonné: ils passent tout droit! Les apôtres de la charité refusent de se mouiller pour un inconnu couvert de sang.

Au contraire, le Samaritain (le Palestinien, le Libanais – biffer ce qui ne convient pas), bref, l'étranger détesté, le musulman, eh bien lui, il s'arrête. Non seulement il soigne le blessé, mais encore il le transporte à l'hôtellerie, et paie de sa poche tout le nécessaire!

.


 

Voilà. On pourrait presque s'arrêter ici. Vous imaginez la suite: faites comme le Samaritain (ou le musulman)! Soyez bons et secourables, ayez pitié du misérable, etc. etc...

Eh bien, pas du tout! Non seulement cette conclusion passerait complètement à côté de ce que Jésus veut dire, avec sa parabole; mais pire encore, cela ajouterait du bois à un incendie néfaste qui a déjà fait beaucoup trop de dégâts! Je m'explique.

Jésus ne veut pas nous faire la morale. Il refuse de nous faire évoluer en nous culpabilisant, comme l'ont hélas trop fait certains chrétiens. Ça ne mène à rien, de mettre à vif la culpabilité. Pire, ça dégoûte et ça démobilise. L'amour du prochain, selon l'évangile, ce n'est pas cela, mais pas du tout!

Là où ça commence à déraper, c'est déjà dans le titre que nous donnons à la parabole. Jésus ne dit jamais que notre Samaritain est bon. On moralise déjà, avec cet adjectif, nous entrons dans le récit par la fausse porte.

Car comment Jésus y entre-t-il, lui, dans cette histoire? Voici: «Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho... Il se fait attaquer, voler, molester... Il reste là, au bord du chemin, à moitié mort...». Ce n'est pas innocent, cette entrée en matière. Dans l'évangile, rien n'est jamais là par hasard! On aurait pu le dire en deux mots: un homme était couché, blessé, au bord de la route... ça suffisait. Mais ce que veut Jésus, vous comprenez, c'est que le héros de la parabole, ce soit l'homme attaqué et roué de coups, et non le secouriste.

Quand vous racontez une histoire à des enfants, ils s'identifient au héros de l'aventure, ils se mettent dans sa peau, ils vibrent à ses heurs et malheurs et font corps avec lui. «Il était une fois dans un château, une pauvre jeune fille que sa marâtre faisait travailler du matin au soir...» - et c'est parti, la magie opère, mes gamins se mettent dans la peau de Cendrillon ou Blanche-Neige...

Jésus fait de même. Il raconte sa parabole de telle manière que ceux qui l'entendent s'identifient, non pas au secouriste, mais au blessé, à celui qui est couché là, meurtri par la souffrance, sans espoir.

Est-ce que vous comprenez l'enjeu? Si notre premier mouvement, je devrais dire notre premier faux mouvement, c'est de nous mettre dans la peau du Samaritain, nous rallumons l'incendie de la culpabilité: «Je devrais prendre exemple sur lui... Il faut que je fasse mieux, que je donne davantage, etc.»

C'est justement pour éviter que nous nous engagions sur ce chemin du moralisme que Jésus, dans un récit très semblable, répond, à un riche notable qui l'appelle «Bon maître»: «Mais non! Pourquoi m'appelles-tu bon? Tu sais, personne n'est bon, sinon Dieu seul!»



Il ne s'agit donc pas de la parabole du Bon Samaritain, mais de celle du blessé secouru! Pour me dire qui est mon prochain, Jésus ne me fait pas la morale. Pour savoir comment aimer mon prochain, il me propose d'entrer dans la peau d'un homme qui n'a plus rien, ni argent ni santé; un homme qui ne peut que tout attendre des autres. Tout attendre des autres. À l’image du jeune homme riche, que Jésus invite à quitter toute sa fortune.

Dans la religion juive, les théologiens avaient de graves débats sur la question «qui est mon prochain?». Les maîtres de la loi, c'est-à-dire les spécialistes de la théologie, étaient partagés. Pour certains, le prochain, c'est seulement un juif (et des passages de l'Ancien Testament, c'est vrai, l'affirment). Pour d'autres, le prochain, c'est toute personne qui a besoin d'aide, quel qu'elle soit (et on trouve d'autres versets de l'AT qui le confirment).  Le maître de la loi dont parle notre récit voulait certainement entendre l'avis de Jésus sur ce grave débat.

Mais lui, le Christ, il refuse de répondre par une définition. Il ne veut pas faire de la théorie, pas plus que de la morale: il nous fait entrer, par son histoire, au coeur de la détresse d'un homme, d'un homme qui souffre et qui dépend entièrement du secours des autres! «Je ne te dirai pas qui est ton prochain. Mais tu le découvriras toi-même, quand tu te seras mis dans la peau de ce type molesté, violenté, volé, à moitié détruit, là, au bord du chemin».

… Et ça marche! Parce que voici la conclusion, donnée par le maître de la loi lui-même: «Mon prochain, eh bien je découvre que c'est l'homme qui lui a porté secours!».

Comprenez-vous le retournement? Le prochain, ce n'est plus le type à sortir de la mistoufle. Non, je suis le  blessé, et mon prochain, c'est celui qui vient à mon aide!


 Voilà. Cette fois, on peut s'arrêter. Car la conclusion, vous allez, aussi, la tirer vous-même. Mon prochain? Mais c'est celui qui s'approche! Et ce n'est que parce que je suis d'abord secouru que je deviens capable, à mon tour, d'aider les autres. D'avoir pour eux des gestes d'amour. Et vu que j'ai passé par là, je sais de quoi l'autre a vraiment besoin.

Amen. Ah, vous éteindrez l'incendie en partant.
Merci!


Jean-Jacques Corbaz
 



jeudi 1 septembre 2016

(Vu, SB, FA) Osée et son aventure... osée!




Reçu cette question intéressante d'une responsable de l'Eglise évangélique réformée vietnamienne de Lausanne (qui se réunit à St-Paul, Avenue de France):

Dans notre communauté, nous avons étudié le thème "La dernière fois que Dieu m'a fait signe, c'était quand?" du cahier suivant:
Le texte d'Osée nous a semblé très difficile d'accès, savez-vous un peu sur le texte d'Osée et pourquoi (quel lien) on a voulu faire un rapport avec le thème du dialogue avec Dieu?
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Réponse:
Le prophète compare Israël à une prostituée, qui ne reconnaît plus tout ce que son mari lui donne. Israël ne discerne plus ce qu'il doit à son Dieu, et va chercher auprès de divinités païennes ce que le Seigneur veut lui offrir. Donc, Israël ne discerne pas les signes de Dieu.
Osée vit une relation difficile avec sa femme, qui se prostitue et qui abandonne son mari. Le prophète fait de cette relation une sorte de parabole de la relation d'Israël avec Dieu. Israël aussi abandonne son Seigneur pour se tourner vers les Ba'al. Or, nous dit cette histoire, or Dieu veut instaurer avec nous une relation d'amour, basée sur le dialogue et la confiance. Mieux encore, Osée va payer une nouvelle fois une somme d'argent pour "racheter" sa femme de la prostitution; de même, Dieu va nous racheter, c'est lui qui paie tout le prix pour nous libérer et pour vivre avec nous dans le bonheur et la paix.
Cette relation, il nous appartient de la nourrir, de la faire vivre. Dieu a besoin de notre réponse pour entrer dans nos coeurs et dans nos vies!

JJC


dimanche 14 août 2016

(Ci, FA) Le mystère de Dieu

 
Ce que nous comprenons des paroles de Dieu, c'est beaucoup moins que ce qui nous échappe...

Ses paroles sont comme une source où chacun peut se désaltérer, mais que personne ne peut épuiser...

Réjouis-toi donc d'avoir pu apaiser ta soif, mais ne te désole pas que la richesse de la source te dépasse.

Ne t'attriste surtout pas d'être incapable d'épuiser cette richesse: mieux vaut que la source étanche ta soif plutôt que ce soit ta soif qui épuise la source.

Si elle n'est pas tarie, tu pourras y boire encore, chaque fois que tu auras soif. Mais si, en te rassasiant, tu épuisais la source, ta victoire deviendrait ton malheur!

Remercie pour ce que tu as reçu, et ne t'en fais pas pour ce qui n'est pas utilisé. Dieu a truffé sa parole de richesses multiples, pour que chacun puisse y contempler un trésor, selon ce qu'il aime...


                                                                                                             D'après Saint Ephrem de Nisibe 



mardi 9 août 2016

(Ci) Du recul!

« Quand on sait ce que nous sommes, il serait ridicule, vraiment, de n’avoir pas dans notre amour un peu d’humour »

 Madeleine Delbrêl

 

dimanche 10 juillet 2016

(Ci, Ré) La vraie réconciliation

   

« En ouvrant les blessures pour les nettoyer, on les empêchera de s’infecter. La vraie réconciliation n’est jamais bon marché, car elle repose sur le pardon qui est coûteux ».

Desmond Tutu  

(Pr) "Venez à moi, vous qui êtes fatigués et rêvez de vacances..."

Prédication du 10 juillet

Lectures: Matthieu 11, 25-30; Esaïe 29, 13-14; 1 Corinthiens 1, 22-30

  


“Venez à moi, vous qui êtes fatigués et chargés, je vous donnerai le repos...”. Encore un de ces versets qu’on a l’impression de connaître comme sa poche!

Je ne sais pas si vous êtes comme moi? Mes poches, je les sens avec mes mains, mais je ne les regarde jamais. Si, un jour, je me décidais à jeter un coup d’oeil dans une de mes poches, je serais sans doute surpris par sa couleur; sa forme; et par les petits “bruchons” accumulés...

Mais je m’égare!

Un de ces versets tellement familiers que peut-être on ne les écoute plus avec attention. “Mon joug est facile, mon fardeau léger...”. Bien sûr...

Je vais vous demander un effort ce matin: imaginez que vous entendez ce passage pour la première fois - et sans complaisance. Probablement alors réagirez-vous comme moi: facile, la volonté de Dieu? Pas tellement! Nous sommes juste quelques pages après le Sermon sur la montagne, qui pose des exigences... faramineuses, c’est plutôt surprenant! Facile, de pardonner à ceux qui vous ont fait du tort? Facile, d’aimer ses ennemis? Facile, de ne pas répondre à la violence par la violence? De ne pas juger les autres? (On pourrait continuer un bout comme ça). Non, ce n’est pas facile, mais alors pas du tout!
   

Vous connaissez peut-être un début d’explication: cette parole ne figure que dans un seul évangile (celui selon Matthieu); ce qui indique toujours que ça concerne une situation particulière. Or Matthieu écrit pour une Eglise de chrétiens qui ont été opprimés par les pharisiens juifs, quelque 50 ans après la mort de Jésus. Pour des chrétiens qui ont quitté la religion de Moïse parce qu’ils pliaient sous le joug de la Loi d’Israël, sous le fardeau des multiples contraintes imposées par les scribes.

Les chrétiens de Matthieu sont des “petits”, c’est-à-dire des sans pouvoir, des pauvres de coeur dans l’esprit des Béatitudes. Non pas des enfants ou des “bobets”! Il s’agit du petit peuple des campagnes, des pécheurs (avec accent aigu!), des impurs;  ces gens pour qui les pharisiens n’avaient que mépris, tandis qu’eux-mêmes se sentaient bons juifs, infiniment supérieurs.

Leur idéal, à ces pharisiens, c’était de connaître la loi de l’Ancien Testament et les traditions rabbiniques aussi parfaitement que possible. “Mieux j’applique les commandements, pensaient-ils, plus j’ai de valeur pour Dieu”.

Il est donc important de rectifier la trajectoire: pour Matthieu, ce sont les petits (et eux seuls) qui peuvent comprendre le Christ, et le suivre. Ni la connaissance de la Loi, ni l’application des commandements, rien de tout cela ne permet de vivre selon la véritable volonté de Dieu. Pas besoin non plus d’être spécialement sage ou intelligent, encore moins d’être instruit: l’important est d’accueillir le Christ sans autre sécurité, les mains nues!

Voilà pourquoi notre passage commence par dire que les savants, les forts en thème n’ont pas reçu le message de Jésus: ils en étaient incapables; trop prisonniers de leurs systèmes de pensée, de leur philosophie, leurs préjugés sur Dieu et sur les hommes. Devant ces gens-là, la prédication de Jésus ne pouvait qu’échouer.
   

Pourtant, avez-vous remarqué? Jésus ne se lamente pas, comme nous le faisons souvent, parce que ses appels n’ont pas abouti. J’entends encore les plaintes de tous ceux qui, dans l’Eglise, regrettent le peu de succès des campagnes d’évangélisation ou de sensibilisation. Nous connaissons tous ces discours désolés sur les bancs vides, le dimanche.

Mais Jésus, lui, ne se plaint pas: il s’en réjouit! Mais oui! Il remercie Dieu d’avoir caché l’intérêt de son message, de l’avoir caché aux sages et aux gens instruits, tandis qu’il a été révélé aux petits dont nous parlions. Les petits, c’est-à-dire la minorité. Les faibles, les sans pouvoir, les veuves et les orphelins... C’est un choix de Dieu. C’est lié à ce qu’il veut nous dire.
  
 
Chers paroissiens, ce constat me pose une grave question: est-ce qu’une Eglise majoritaire, une Eglise de notables et de riches, de savants, est-ce qu’elle est conforme à la volonté de Dieu? Question (im)pertinente, alors que nous allons commémorer les 500 ans de la Réforme.

Mais je vais encore plus loin: est-ce qu’une Eglise de gens instruits, de puissants, est possible? Est-ce que le fait d’être majoritaires ne nous met pas presque automatiquement hors-jeu, je veux dire: en position de ne pas pouvoir comprendre le message que nous propose le Christ?

Dures interrogations, auxquelles il ne faut pas répondre trop vite, ni par oui ni par non, bien sûr, car cela nous ferait retomber dans le camp des pharisiens et des “Jean-qui-sait-tout”... Mais questions qu’il est nécessaire de nous poser, en ces temps de mutations d’Eglise et de société; questions qui auront par ailleurs le mérite de nous faire moins regretter le passé...

Alors voilà: vers qui nous tourner, lorsque nous voulons témoigner de l’évangile? Qui sera réceptif aux appels incroyables du Christ? Et encore: comment travailler sur nous-mêmes, pour mieux devenir, devant Jésus, des assoiffés de ses paroles?
   

“Venez à moi, vous tous, les petits, fatigués et chargés, je vous donnerai le repos. Mon joug est facile, et mon fardeau léger...” Oui, c’est quand nous plions sous le poids de la peine, sous le poids de l’injustice ou de la peur, c’est quand nous sentons nos forces faiblir que Jésus nous appelle ainsi.

Des “petits”, nous pouvons l’être d’ailleurs dans toutes sortes de situations, il peut même y en avoir qui soient millionnaires ou Prix Nobel! Puisque seule compte notre capacité à laisser le Christ agir. Quand nous n’en pouvons plus des contraintes, alors il nous appelle pour nous soulager et nous donner le repos.

Mais attention: si son joug est facile, il n’est pas pour autant “rien du tout”. Le tournage de pouces, ce n’est pas un joug! Avec Jésus, il y a un fardeau à porter, même s’il est léger.

La volonté du Christ, nous le disions, est spécialement exigeante, pensez au Sermon sur la montagne! Des tâches multiples nous sont proposées, des défis souvent.

En quoi est-ce facile et reposant de désamorcer la violence, de pardonner, ou de ne pas servir l’argent? Je vois deux raisons:

(1°) D’abord, parce que notre salut ne dépend pas de notre obéissance, de notre fidélité à mettre en pratique les commandements en détail. Ça, c’est essentiel. Je dirais même: c’est l’essentiel; c’est l’essence de l’évangile. Au contraire des pharisiens, nous savons que Dieu nous sauve gratuitement, par choix, par amour, sans que nous ne le méritions. Notre valeur devant lui ne dépend que du fait que nous sommes ses enfants. Rien d’autre.

(2°) Deuxième raison pour laquelle le joug du Christ est reposant: c’est que Jésus lui-même est humble et doux, comme il le dit. Il n’est pas un maître sévère, rigide ou moralisant. Il est indulgent. Sa douceur bien sûr n’a rien de douçâtre ou de sulpicien, comme l’a déformé l’époque romantique. Jésus n’est pas un loukoum: mais il est bon, il veut avant tout notre bonheur, notre paix. Il veut nous soulager, nous reposer.
   

Dernier écueil à discerner: le repos du Christ, ce n’est pas dormir tout le temps, ni se mettre au chômage! À l’époque, le travail quotidien était dur et harassant, il fallait soulager les fatigues, énormes. Aujourd’hui, notre vie est, sauf exceptions, plus stressante, usante pour les nerfs qu’épuisante physiquement. Et le chômage est souvent vécu aussi comme un drame.

Le repos auquel Jésus nous invite, ce n’est pas une absence de travail; ce serait plutôt cette absence de stress, cette paix du coeur. Pour le paysan qui craint l’avenir; pour le patron qui a peur de la faillite; pour l’employé qui rame afin de garder son emploi et qui n’ose pas dire ce qu’il pense. Pour le chômeur ou le chercheur d’emploi; pour la femme, l’homme moderne coincés par les exigences démentielles d’une époque de moins en moins humaine, vitesse, efficacité, profit... Pour tous nous est proposé de retrouver en nous la fragilité du “petit”, et de découvrir que c’est justement dans cette nudité-là que le Fils de Dieu est venu. Que c’est justement de cette nudité-là qu’il est solidaire. C’est elle qu’il nous appelle à découvrir comme vraie force, avec lui, bien sûr, mais aussi avec les autres, dans l’entraide et la communion.

Si vous avez des vacances, je me dis que ce serait une bonne occasion de cultiver cette attitude, non?

Pendant le temps de silence et le jeu d’orgue, je vous propose déjà d’y réfléchir: comment laisser le Christ me rejoindre? Et qu’est-ce qui, dans ma vie, pourrait l’empêcher de me donner la véritable paix?
Amen                                          

Jean-Jacques Corbaz 



dimanche 19 juin 2016

(Hu) Le corbeau et la perdrix - pour mes adieux

Pour dire adieu à la paroisse de Grandson, et en guise d’hommage à son autorité suprême (je veux dire le président de l’Assemblée paroissiale), cette fable, puisée à la fontaine de mon village :

 



Maître Corbaz, sur sa chaire perché,
Tenait dans son bec un… sermon !
Maître Perdrix, par les mots intéressé
(Je ne dirais pas quand même « alléché » !)
Lui tient ce discours sans façon :
« Hé bonjour, M. du Corbaz,
Vous avez un corps… beau, sous votre robe pastorale,
Sans mentir, si votre génie,
Maître Cornille,
Se rapporte à votre babille,
Vous êtes un pacha
Digne de notre Othon national ! »

À ces mots, le Corbaz sent pétiller sa foi.
Il ouvre un large bec, et répète « Crois, crois » !
Plus qu’à Vendredi Saint on voit tomber des croix !
Maître Perdrix, en fin renard,
Saisit la parole, et s’en empare,
Et ne la lâche plus !
Le fromage (euh, l’ouvrage) est à peu près fait !

Maître Corbaz, absolument pas confus,
Conclut :
« Apprenez que tout pasteur
Vit pour transmettre son bonheur
À celle et celui qui l’écoute.
Cette leçon vaut bien un hommage sans doute !
Maintenant, vous savez pour quoi mon cœur bat
Et pour quoi mon corps bat !
En même temps, Maître Baudet,
À la ruelle des Renards,
Tient le même discours, parole ! »

Sur ces mots, tous s’envolent,
Le Corbeau, la Perdrix, le Martinet, Epars (!)
Schlaeppi, tu Verrey comment ça Roulet! 


Merci à mes cinq prédécesseurs et à mon collègue catholique d’être entrés (même si c’est "au chausse-pied" !) dans ma petite fable !


JJ Corbaz, 19.6.2016


  



   

(Hu) Une cloche ! (pour mes adieux)


Une cloche !
Qu’est-ce que le pasteur, sinon celui qui répète un message qui ne vient pas de lui ?
Au fond, qu’est-ce que le pasteur, sinon une cloche !?
Pareille à celle de Jean-Villard-Gilles, dans la fameuse chanson, une cloche qui répète inlassablement, qui redit aux vivants :
« Ne tremblez pas, cœurs fidèles, Dieu vous fera signe un jour, vous trouverez sous son aile, avec la vie éternelle, l’éternité de l’amour ».

Et puisque j’ai été placé, pendant presque trois ans, au bord d’un lac rempli de palmipèdes, j’aime répéter, à tous ceux qui se considèrent comme des vilains petits canards, j’aime répéter :
« Ne tremblez pas, cœurs fidèles, Dieu vous fera
cygne un jour » !

Et à tous mes amis joueurs de cartes, passionnés de jass (et je pense à Ursi et Joseph, ainsi qu’à Frédy, et tant d’autres), j’ai envie de le paraphraser encore ainsi :
« Ne tremblez pas, cœurs fidèles, Dieu vous fera signe un jour, vous trouverez sous son aile, avec le bour et le nell, avec la vie éternelle, l’éternité de l’amour, avec le nell et bour ».

Jean-Jacques Corbaz



dimanche 12 juin 2016

(Pr) "Tout est permis!?!" La page Facebook de Dieu

5 juin 

Lectures: 1 Corinthiens 6, 12 puis 1 Corinthiens 13, 1-2; Jean 15, 8-15

Dans un petit village isolé, presque désert, au milieu de la France profonde, je rencontre un jour un vieil homme supersympa. Je lui dis que j'apprécie qu'il soit aussi aimable. Il me répond: "Vous savez, c'est pas tant qu'on soit aimable, par ici, mais on est tellement seuls..."  ...

Eh bien, Dieu, lui aussi, il se sent seul, parfois. Seul avec ses désirs de paix; de liberté; de respect; de justice, ... ce que les humains ont tant de peine à vivre! Dieu se sent seul, et ça le pousse à se chercher des amis!

Sur la page Facebook de Dieu, ça fourmille de demande d'amis! Et de messages d'affection, et de promesses. Vous la connaissez, vous, la page Facebook de Dieu? Vous y allez souvent?

Au fait, Françoise, puisque tu as ton ordinateur, va voir sur Facebook et dis-nous ce qui est écrit sur le mur de Dieu.

(Françoise lit) “Dieu et Patrice sont désormais amis. Dieu et Cindy sont désormais amis. Dieu et Ilhan sont désormais amis. Dieu et Maryline sont désormais amis. Dieu et Bernard sont désormais amis...”

Merci! Vous comprenez, c'est cela que signifie la bénédiction dont on parle à l’église. Et c'est cela que signifie le baptême, que nous venons de vivre; pour Ilhan, pour ses parents Cindy et Patrice pour ses marraine et parrain Maryline et Bernard. Dieu a un projet d'amitié avec vous. Il veut se lier à vous. Se créer un lien avec vous.
 

 
On est bien d'accord, être amis sur Facebook, ça n'engage pas à grand-chose! On n'est même pas obligé de se parler une fois par année. Même pas une fois par siècle! On peut être amis sur Facebook et ne jamais rien en faire. Mais ça peut aider, parfois, à se sentir plus proche; ça peut aider à communiquer, si un jour on en a envie. Ou si on en a besoin...

C'est cela que nous dit la Bible, et l'Eglise: Dieu nous propose son amitié. Sans obligations. Sans contrainte. Bien sûr, il espère que nous allons vivre avec lui une relation intense, qui nous fasse du bien. Evidemment ça le rend heureux si nous sommes convaincus que nous avons de la valeur; que nous sommes importants. Bien sûr, Dieu souhaite que nous trouvions à son contact un allègement, une liberté, une vie passionnante qui nous rende heureux. Mais il nous laisse parfaitement libres d'entrer dans une telle relation; ou non.

C'est cela la foi chrétienne, telle que Dieu l'espère pour nous. Une vie de liberté! De joies! Bien loin de cette dame qui entre dans une librairie, cherchant de la lecture pour une amie hospitalisée. Le vendeur lui demande: "Est-ce que vous envisageriez un livre religieux?" - La dame répond: "Oh non, mon Dieu, non! Elle va déjà beaucoup mieux!"  ...
  

 
Un jour, un catéchumène m'a dit, sur un ton de reproche: "Le christianisme? C'est tout ce qui est interdit!"

Il n'avait pas lu le passage de la lettre aux Corinthiens que nous avons entendu: "Tout est permis!" affirme l'apôtre Paul, pourtant renommé pour ses manières très moralistes. "Tout est permis!" - Surprise, même s’il ajoute cette précision bien sûr: "Mais tout n'est pas bon. Tout n'est pas utile, ou constructif."  ...

Rien n'est interdit. Et c'est tout à fait vrai - même si, hélas, les chrétiens ont souvent vécu et proclamé le contraire; ils confondaient leurs propres désirs de domination avec la volonté de Jésus. Face à Dieu, "tout est permis!" - rien n'est défendu. Il n'y a aucun tabou, aucune règle contraignante. Et rien n'est défendu jusqu'à l'extrême, puisque Jésus, quand on viendra pour le tuer, refusera de se défendre!  ...

Oui, en allant jusqu'à la mort par amour de notre liberté, Jésus met fin au règne des commandements et des interdits.

"Tout est permis, mais tout n'est pas bon pour vous." Et c'est à chacun(e) de choisir, de déterminer librement les valeurs qui dirigeront sa vie. La Bible en propose quelques-unes, mais c'est nous qui disposons! La Bible propose et c’est toi qui disposes! "Tout est permis!" - Et c'est à nous de voir: comment ne pas faire de tort aux autres; comment vivre en harmonie avec la nature et les gens, le mieux possible.

Et là, le Nouveau Testament nous propose un critère: celui d'aimer. Mais attention: Jésus sait bien qu'on ne peut pas modifier nos sentiments! Quand on nous invite à aimer, dans la Bible, il faut le comprendre comme en Israël au temps du Christ: c'est-à-dire agir comme on agit avec celles et ceux qu'on aime.

Non pas les sentiments, mais les actes! Viser le bien des autres, les respecter. Favoriser leur croissance intérieure.
   

Evidemment, ce n'est pas toujours facile, loin de là! Par exemple, pour moi, ce matin: faut-il plutôt vous faire rire ou plutôt vous dire quelque chose d'utile? Et pour vous, demain: comment parler du Christ sans casser les pieds de celles ou ceux qui vous écouteront?

Il y a, ainsi, toute une vie à inventer! Toute une échelle des valeurs à créer! Sortir des morales, qui jamais ne correspondent à l'évangile, jamais! Sortir des morales, et construire une manière de vivre qui respecte: les autres; le monde; la nature; et soi-même (ce qui n’est pas toujours le plus facile)!

À vous, paroissiens et paroissiennes, amis et amies (où que vous habitiez, quelle que soit votre confession officielle), le Christ a un projet à vous proposer: c'est justement de construire cette nouvelle manière de vivre.

Vous pouvez le faire chacun pour vous, de votre côté. Mais ce sera certainement plus enrichissant de le vivre à plusieurs. L’Evangile vous invite donc à vous mettre ensemble, pour cela.

Comme le dit la devise de notre paroisse de Grandson: «Oser l’aventure d’être ensemble, offrir un repère, un lieu de ressources en Dieu, ouvert, où l’on se sent bien».
   

Je rêve d’une Eglise où des groupes d’adultes ou de jeunes se réuniraient pour essayer d’inventer de nouvelles manières d’être libres, les uns auprès des autres; et de rayonner; et de devenir toujours mieux artisans de la passion de Dieu pour le monde! Que ce soit sur Facebook ou bien en se rassemblant physiquement.

Depuis Ilhan jusqu’au plus âgé parmi nous, il y a là du pain sur la planche! Mes successeurs dans notre paroisse et mes collègues dans nos Eglises seront tout heureux de s’y mettre avec vous.

Allez, bonne chance! Que Dieu vous bénisse!  Amen                                      


Jean-Jacques Corbaz 



dimanche 5 juin 2016

(Pr, Vu) Les Vaudois du Piémont, précurseurs de la Réforme


Du 5 juin : "Les Vaudois du Piémont, précurseurs de la Réforme"
 
Introduction aux lectures:
Nous avons parlé, il y a deux semaines, des vrais et des faux prophètes avec Ezékiel. Aujourd’hui, je vous invite à prolonger cette réflexion à propos d’une époque plus proche de nous, où se posait aussi la question: vrais ou faux prophètes? Nous allons nous arrêter sur un mouvement religieux qui existe encore, et qui a toujours à nous interpeller quant à notre foi: la “Chiesa Valdese”, autrement dit les “Vaudois du Piémont”. Les deux premiers passages sont emblématiques de ce qui les anime pour l’essentiel.

Lectures: Luc 9, 1-6; Romains 1, 16-17; Ezékiel 13, 1-3 puis 10-12

Y en a point comme nous! C’est, paraît-il, ce qu’aiment affirmer les gens du Pays de Vaud. Or nous sommes parfois étonnés d’apprendre qu’il y en a d’autres comme nous, d’autres Vaudois en Europe: ceux dits “du Piémont”. On les situe ainsi parce qu’ils se sont longtemps cantonnés dans ces vallées du nord de l’Italie.

Qui sont-ils? Et d’où viennent-ils? Il m’a semblé intéressant, à l’occasion des 500 ans de la Réforme, de nous intéresser de plus près à ces cousins pas si lointains, cousins par le nom et aussi par la foi!

Les Vaudois du Piémont ont été longtemps persécutés, parce qu’ils contestaient l’Eglise catholique. Pour eux, l’essentiel de la foi était de vivre selon la pauvreté de l’Evangile, dans l’esprit des Béatitudes. Leur modèle était l’envoi des apôtres, tels que nous l’avons entendu dans l’évangile et tel qu’il traverse tout le livre des Actes.

Leur mouvement est né au 12è siècle, donc bien avant la Réforme. À Lyon, un riche marchand, qui s’appelle Valdesius ou Pierre Valdo, décide de vendre tous ses biens. Nous sommes en 1173. Il fait voeu de pauvreté et devient prédicateur sur le modèle des apôtres bibliques.

Pierre Valdo, 1140-1217
Valdo crée autour de lui un groupe de disciples, qui se nomment les Pauvres. Très vite, ils sont persécutés par l’Eglise catholique. Ils sont bannis de Lyon, excommuniés, et traqués par l’Inquisition. Ils vont se disséminer en Europe, ils disparaissent ici et réapparaissent plus loin, au fil des persécutions.

Jusqu’à la Réforme pourtant, donc pendant 350 ans, ces groupes clandestins restent en relation les uns avec les autres. Ils s’organisent. On voit naître chez eux une véritable théologie originale; une théologie différente des deux autres grands mouvements spirituels de l’époque: les Cathares et les Franciscains.

Par rapport aux Cathares, ils adressent les mêmes critiques à l’Eglise catholique: ils dénoncent la corruption du clergé et le fait que le message de Rome s’est fortement éloigné de l’Evangile. Mais, contrairement aux Cathares, les Vaudois gardent une foi trinitaire, résolument biblique, basée sur le Nouveau Testament. Ils n’ont pas de dérives ésotériques ou dualistes comme les «Albigeois». Ils ne veulent pas une autre Eglise, mais (on peut dire) une Eglise autre, fondée sur l’enseignement et l’exemple des apôtres.

Par rapport aux Franciscains, ils partent clairement du même constat, des mêmes critiques aussi contre à Rome, et contre le rôle de l’argent dans l’Eglise. Ils auraient pu être frères. Mais ils sont devenus ennemis. Pourquoi? Parce que les disciples de François d’Assise ont fini par choisir l’obéissance au pape, alors que les Vaudois ont jugé prioritaires la fidélité à l’Evangile et la transformation nécessaire de l’Eglise. À 40 ans de distance, les deux fondateurs finiront à l’opposé l’un de l’autre: Valdo sera excommunié, tandis que François sera proclamé saint.

Le point critique pour les Vaudois était la donation de Constantin à Rome, au 4è siècle: un document (dont l’authenticité est contestée) document selon lequel l’empereur aurait remis au pape le pouvoir sur la partie occidentale de l’empire. Dès ce moment, disent les disciples de Valdo, l’Eglise a perdu sa légitimité, en acceptant le pouvoir politique et la richesse. Les dérives du catholicisme viennent de cette erreur fondamentale: une Eglise qui gère le pouvoir ne peut pas être l’Eglise du Christ.

Vous le voyez, cette attitude des Vaudois est typiquement prophétique. Comme Ezékiel, ils dénoncent ceux qui se sont écartés de la volonté de Dieu. En refusant la monarchie du pape et les dîmes, en rejetant la doctrine du purgatoire, par exemple, ils annoncent clairement le grand bouleversement spirituel qui secouera l’Europe sous l’impulsion de Luther 350 ans après. On peut y voir aussi des accents qui évoquent l’Eglise Libre de notre canton, trois autres siècles plus tard!


 
Nous arrivons au 16è siècle. Très tôt, les Réformés entrent en contact avec les Vaudois. Entre temps, ceux-ci se sont réfugiés dans quelques vallées des Alpes surtout, en Italie du nord.

Après moult enquêtes et de vives négociations, le rapprochement se concrétise. En 1532 une assemblée se tient à Chanforan, au Piémont. Les disciples de Valdo y décident de se rallier au mouvement réformateur de Suisse et de Strasbourg.

Cette décision va modifier le mouvement vaudois de manière importante. Car la Réforme de Luther ou Calvin est bien plus proche des pouvoirs temporels, ces pouvoirs dont nos cousins du Piémont se méfient, et c’est peu dire. “Pouvons-nous intégrer une société qui nous a brimés, et persécutés? Est-ce que nous n’allons pas trahir nos idéaux en nous alliant à des Eglises de bourgeois et de magistrats citadins?” se demandent-ils.  Le débat a été passionné et prolongé.

Mais la décision prise est logique. Il y a tant de points aussi qui rassemblent les deux parties. D’abord, le fait bien sûr d’être en butte à l’Eglise de Rome; celui de contester sa théologie, et surtout de vouloir être ancré prioritairement dans la Bible, dont on accepte de part et d’autre l’autorité absolue. Le fait aussi de demander vigoureusement une réforme de l’Eglise. L’importance enfin de se trouver des soutiens,  en un temps de persécutions.

Une fois la décision prise de s’allier, les Vaudois organisent leurs Eglises selon le schéma réformé: ministère de pasteurs-théologiens, culte public, prédication. Ils décident encore de s’unir aux protestants pour traduire la Bible en français. Ce sera la traduction d’Olivétan, réalisée par un réformé suisse, mais quasi totalement payée par nos cousins du Piémont.

Je parle de ceux du Piémont. En fait au 16è siècle, il y a encore plusieurs autres groupes de disciples de Valdo qui existent, ailleurs. Mais ils n’ont pas survécu. Ceux de Provence ont été massacrés en 1545, ceux de Calabre en 1560. Ceux d’Italie du nord ont survécu de justesse. Jusqu’à la fin du 18è siècle, ils ne formaient que quelques petites paroisses presque réduites à l’état de ghetto, décimées lors des guerres de religion, écrasées d’impôts, soumises à toutes sortes de brimades... Dites, on croirait parler des chrétiens d’Orient en 2016!

La survie de la Chiesa Valdese, en fait, a tenu à plusieurs facteurs. Il y a d’abord, la situation politique: les vallées vaudoises ont été souvent occupées par les armées françaises, et elles touchent au Dauphiné protestant, ce qui leur donne des possibilités de fuite, de secours et de contacts.

Ensuite, il y a la situation géographique: la région est montagneuse, les vallées étroites et isolées; la guérilla y est plus adaptée face à une grosse armée.

Enfin, la survie des Vaudois du Piémont a été le fruit d’une importante solidarité internationale. Les cantons suisses, mais aussi la Suède, l’Angleterre et les Pays-Bas ont jugé nécessaire de protéger cette minorité opprimée.


C’est seulement en 1848 que l’Italie reconnaît enfin aux Vaudois des droits civiques, et qu’elle cesse de les persécuter. Depuis, nos cousins bénéficient d’une liberté certes, mais d’une liberté assez réduite. En effet, le catholicisme est religion d’Etat et les cultes non romains ne sont que tolérés.

Les disciples de Valdo auraient pu simplement profiter de cette tranquillité… relative, pour vivre heureux et pour accéder à des situations économiques plus favorables, ou à des positions sociales meilleures (avant, ils en étaient exclus). Plusieurs l’ont fait, bien sûr. Mais les plus actifs spirituellement se sont attelés à un projet ambitieux : celui de renouveler l’Italie dans le domaine de la foi. Comme Valdo sept siècles avant, ils se sont mis à diffuser l’Evangile, en utilisant les méthodes de leur temps.

Presse, brochures, conférences publiques: ils ont produit une activité missionnaire gigantesque, sans rapport avec leur petit nombre. Pourtant ils l’ont fait non pas pour gagner des prosélytes, mais pour provoquer, par la lecture de la Bible, davantage de réflexion théologique, de regard critique et d’enthousiasme religieux. On peut penser que le mouvement de renouveau du catholicisme, qui s’est manifesté dans le concile Vatican II, en a été un des fruits.

  
Chanforan, 2016
Aujourd’hui, l’exemple des Vaudois peut nous interroger, et nous stimuler: alors que notre Eglise devient minoritaire et qu’elle a de la peine à se faire entendre dans la société; alors qu’on se moque facilement des chrétiens à cause de leur foi; alors aussi que l’avenir paraît bouché pour nous qui nous réclamons des valeurs de l’Evangile: si nous pouvions, comme nos cousins du Piémont, faire preuve de résilience et d’imagination, de pétillance et de courage, pour essayer de transformer la société où nous vivons? pour y promouvoir plus de joie de croire et d’espérer?

L’héritage des disciples de Pierre Valdo tient en deux intuitions fortes, qui pourraient devenir nôtres. D’abord, que toute Eglise chrétienne ne peut avoir qu’une référence essentielle, c’est l’Evangile du Christ. Et par conséquent qu’elle est appelée à devenir une communauté fraternelle plutôt qu’une organisation ecclésiastique.

Esprit d’indépendance, voire anticonformisme ont toujours été chez les Vaudois associés à une relation de respect. Qu’ils soient pacifistes ou résistants, les membres de la Chiesa Valdese ont toujours respecté les institutions, sans pour autant s’y soumettre. Ils ont su sans cesse garder leur liberté et en revendiquer les droits.

Pour eux, la liberté découle de l’Evangile et s’y enracine, elle y puise richesse et force. Un christianisme sans liberté, disent-ils, ce n’est plus l’Evangile. Et donc une société sans liberté n’est plus humaine.

Il y a là de la graine à prendre, non ? Y en a point comme nous! Tu crois, vraiment ? Tu crois ? Amen                                           


Jean-Jacques Corbaz, d’après le pasteur Giogio Tourn, de la Chiesa Valdese