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lundi 13 mai 2024

(Pr) Prédication des 12 et 13 mai 2024 - «Grimper, oui mais…»

Lectures bibliques: Genèse 11, 1-9; Luc 24, 45-53; 1 Corinthiens 10, 23-24 + 31

 

À l’époque où les bancomats ont commencé à se multiplier, la plupart des clients s’y sont habitués sans grandes difficultés. Mais certains parmi les plus âgés ont eu plus de peine. C’est ainsi qu’un jour, à la BCV, j’ai pu voir un très vieux monsieur planté devant le bancomat et qui répétait à l’appareil: «Je voudrais mille francs, SVP»!

 

Voilà. La technique a du bon, mais aussi des inconvénients! Le récit de la Tour de Babel ne dit pas autre chose.

 

Au cours des siècles, on a surtout compris cette histoire comme celle de Dieu qui se fâche en constatant l’orgueil des bâtisseurs. En voyant ces gens qui essaient de toucher le ciel pour prouver leur grandeur, il punit les arrogants et les disperse.

 

Mais une lecture attentive montre qu’il n’est pas question ici de punition. Je vous relis cette intervention de Dieu: Il se dit: «Eh bien, les voilà tous qui forment un peuple unique et parlent la même langue! S'ils commencent ainsi, rien désormais ne les empêchera de réaliser tout ce qu'ils projettent. Allons! Descendons mettre le désordre dans leur langage, et empêchons-les de se comprendre les uns les autres». Ainsi, le Seigneur les dispersa de là sur l'ensemble de la terre, et ils durent abandonner la construction de la ville» (Genèse 11, 6-8).

 

Dans ce récit, je sens plutôt Dieu comme un père, un créateur attentif qui suit les progrès de son humanité et qui intervient pour les empêcher de commettre une bêtise. Pas pour punir, mais pour prévenir. Un peu comme les parents d’un petit enfant qui ferment à clé l’armoire où se trouvent les verres à pied ou le couteau trop tranchant.

 

Alors, la question que nous devons nous poser, bien sûr c’est: quels sont les dégâts que Dieu veut prévenir par son intervention? De quoi a-t-il peur?

 

On a souvent pensé que le Créateur se sentait menacé, en danger d’être supplanté par les bâtisseurs de Babel. Mais non, comment Dieu pourrait-il avoir peur pour lui? De toute façon, les humains ne pourront jamais l’égaler! Dieu n’a pas peur pour lui, mais pour nous. La haute tour de Babel menace l’humanité bien plus que son Créateur. Pour rester dans notre image des jeunes parents, les verres ou le couteau sont plus dangereux pour l’enfant que pour les finances des adultes!


 

 

Au Proche-Orient, vous le savez, le climat semi-désertique a contraint la plupart des peuples à une vie de nomade. Quand il n’y avait plus assez d’herbe, il fallait aller plus loin pour retrouver de quoi nourrir les troupeaux. 

 

Or, il y a environ 3’000 ans, une nouvelle manière de vivre s’installe: on commence, en certains lieux, à se grouper pour construire des villes. Pas des petites bourgades, mais des sortes de métropoles. C’est le début de l’urbanisation au Proche-Orient.

 

Cette nouveauté n’est possible, évidemment, que dans des endroits assez fertiles pour nourrir beaucoup de monde tout au long de l’année. 

 

À part l’Égypte, qui s’était urbanisée bien auparavant grâce au Nil, un des lieux les plus favorables est la Basse-Mésopotamie, arrosée et fertilisée par deux fleuves, le Tigre et l’Euphrate. 

 

C’est ainsi que s’est construite Babylone, l’orgueilleuse métropole de la Méso-potamie, Babylone qui allait conquérir tout le Proche-Orient au 6è siècle av. J-C. Tout, y compris Israël et Juda. Babylone, dont le nom hébreu est justement Babel.

 

Babylone est célèbre pour ses tours appelées ziggourats, qui étaient en fait des espèces d’observatoires pour les astrologues (puisque les Babyloniens adoraient les astres). Certaines de ces ziggourats atteignaient une bonne centaine de mètres de hauteur. Pour l’époque, c’est énorme!

 

Pourquoi construit-on de telles tours? Le texte biblique estime que les bâtisseurs veulent se faire un nom, et devenir célèbres.

 

Mais voilà que ces monuments politico-religieux ravivent de mauvais souvenirs au peuple d’Israël. Je parlais tout-à-l’heure de l’Égypte. Les Hébreux, alors esclaves, n’avaient-ils pas payé, de leur sueur et de leur sang, et de leur liberté, les édifices «babéliens» de l’Égypte, pyramides ou monuments?

 

Dieu le sait, et il voudrait nous y rendre attentifs: toute construction élevée se paie. Plus ma tour sera haute, plus elle sera chère. 

 

Mais chère pour qui? Pas forcément pour le bénéficiaire.

 

Ça me fait penser au fameux «jeu de l’avion» qui a fait fureur il y a quelques dizaines d’années, avant de s’éteindre brusquement. Ce n’est d’ailleurs pas un jeu! Chaque participant paie 1’000.- au «pilote», c’est-à-dire au plus ancien des partenaires, puis il trouve d’autres participants pour verser 1’000.- à leur tour. Par un jeu de multiplication, on reçoit, quand on devient pilote soi-même, 16’000.- ou 27’000.-. Fortune miracle? Pas du tout! L’argent que vous touchez est payé par ceux qui entrent dans le système après vous.

 

Et logiquement, parce que le réservoir des gens susceptibles de tenter une telle aventure est limité, les derniers arrivés, donc les plus nombreux, ne trouvent plus de nouveaux partenaires. Ils ont versé une grosse somme qu’ils ne pourront jamais récupérer.

 

La fortune ne sort jamais du chapeau d’un magicien, elle vient du porte-monnaie d’un autre. De sa sueur, de son temps, de son sang. De sa liberté. Ma richesse a été payée, mais pas par mes seuls efforts. Et on pourrait épiloguer ainsi, par exemple, sur la prospérité de l’Occident, dont le prix a été payé en grande partie par les pays d’Outre-Mer.

 

On pourrait aussi, et à juste titre, se demander sur quelles épaules reposent les fortunes de ces multimilliardaires qui font rêver… ou qui nous énervent! Bill Gates, Donald Trump, Elon Musk et tant d’autres… 

 

Sans parler de ces évangélistes américains qui reçoivent des millions grâce à leurs appels à la TV. Ils roulent en Rolls et en Rolex, alors que le petit peuple se saigne pour répondre à leurs demandes, leurs demandes savamment orchestrées pour émouvoir. 

 

Ascension? Attention! Celui qui monte le fait au détriment d’une foule de victimes. Plus une élite grimpe haut, plus nombreuse est la masse des petits qui trinquent.

 

C’est ça que Dieu veut prévenir. Ces formes cachées d’exploitation, de totalitarisme. Ces personnes qui se hissent en haut de l’échelle, sachant que plus elles montent, plus il faut de «manoillons» en salopettes pour tenir les plus bas des échelons.

 

Et aussi, mais ça c’est une autre histoire, sachant que plus on grimpe, plus on laisse voir son derrière!

 

Ascension? Attention! La tour de Babel symbolise nos hiérarchies, les pouvoirs centralisés, les mécaniques politiques qui perdent leur dimension humaine. Et devant lesquels on se retrouve tout impuissant, perdu, à l’image de mon client de la banque devant son automate.

 

Ascension? La Bible nous met en garde encore contre l’aveuglement du progrès technique. Pour regarder les autres de haut, ça marche! On réalise des exploits!

 

Mais il y a, là aussi, un prix à payer, que d’autres devront débourser. Par exemple, le prix des armes atomiques, chimiques et bactériologiques, le prix des dégâts causés à la nature: qui va le supporter? Sans parler de la prétendue intelligence artificielle, qui pourrait réduire nos petits-enfants en esclavage. Tout progrès n’est pas forcément mauvais, bien sûr. Mais nous sommes appelés à en analyser les risques avec soin avant de nous y précipiter.

 

Ascension? Attention! Dieu nous met en garde contre certains progrès irréfléchis, dont nous ne mesurons pas les conséquences; mais nous l’avons dit: il ne nous punit pas, il ne nous détruit pas. Non, il nous renvoie à nos études, pour que nous fassions mieux. Ou que nous fassions moins mal… aux autres! Pour que nous grandissions en sagesse, en équilibre, en harmonie les uns avec les autres, et avec la Création.

 

Et le signe de cette attitude positive de Dieu, c’est la fête de dimanche prochain!  Car si, lors de l’épisode de la tour de Babel, Dieu multiplie les langues humaines et crée du coup la dispersion, eh bien à Pentecôte, c’est l’inverse! En versant le Saint-Esprit sur les croyants, il leur permet à nouveau de se comprendre les uns les autres, de communiquer dans l’harmonie et la paix.

 

Parce que l’ascension, lui, Dieu, c’est ce dont il rêve pour nous: mais une ascension qui ressemble moins à celle des gens de Babel qu’à celle de Jésus. Lui, le Christ, il n’est pas monté pour nous écraser. Il s’est abaissé. Il est descendu jusqu’à nous. Avez-vous remarqué, dans tout ce récit de la tour de Babel? Les humains, sans arrêt, cherchent à s’élever; tandis que Dieu, lui, il ne parle que de descendre!

 

Jésus n’a été élevé, à l’Ascension, que parce que, d’abord, il s’est laissé descendre. On l’a exécuté comme un vulgaire hors-la-loi. Et c’est parce qu’il a tout donné, et c’est parce qu’il a touché le fond du fond que Dieu l’a élevé à la plus haute gloire!

 

Ascension? Attention. Il est bon de grimper, sachons-le. Sinon ce serait infiniment plus simple! Il est bon de grimper, mais le tout est de savoir par quels moyens; au détriment de qui; ou au bénéfice de qui?

 

Jésus n’a pas cherché à faire fortune sur notre dos. Au contraire, il nous a tout donné, gratuitement. Puisse ce temps de l’Ascension nous permettre de grandir, mais davantage à la manière du Christ qu’à celle de Babel! Amen

Jean-Jacques Corbaz

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