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lundi 5 avril 2021

(Bi, Pr) le kintsugi et la résurrection

 Pâques en « para-bol »

 
Une femme inconsolable et remarquable
Anne-Dauphine Julliand est une femme inconsolable. Ses deux filles sont décédées dans leurs premières années de vie d’une même maladie génétique rare : la leucodystrophie métachromatique.
 
Dans son premier livre : « Deux petits pas dans le sable mouillé », elle raconte de façon poignante l’accompagnement de sa fille aînée jusqu’à la fin.
 
Mais Anne-Dauphine Julliand est aussi une femme remarquable. Ces deuils qui l’ont marquée ont beau l’avoir broyée et l’avoir laissée avec une souffrance non-cicatrisable, elle vient de sortir un nouveau livre qu’elle a sobrement intitulé : « Consolation ».
 
Elle y raconte comment elle a trouvé des paroles, des gestes, des présences consolantes au cours de ses années de chagrin. Et comment elle s’efforce elle-même d’être aujourd’hui une agente de la consolation: en accueillant la tristesse, la souffrance, les silences, l’impuissance, la révolte qui habitent les êtres meurtris. Elle le fait tout simplement, s’inspirant de celles et ceux qui l’ont consolée, sans leur apporter de réponse préfabriquée, en restant le plus souvent dans le silence, dans l’intensité d’une présence aimante et compatissante.
 
A la fin de son livre, elle compare l’art de la consolation à la technique japonaise du kintsugi.
 
Qu’est-ce donc que le kintsugi ?
C’est l’histoire d’un bol cassé.
Le général japonais à qui il appartenait y tenait beaucoup.
Il envoya ses serviteurs le faire réparer en Chine.
Lorsqu’ils revinrent de leur long périple, le bol avait certes été réparé, mais de manière si grossière que le général en fut très attristé.
Ne pouvant se satisfaire de ce résultat, il demanda à ses artisans de trouver une meilleure solution.
Ceux-ci appliquèrent alors un fil d’or entre les différentes parties du bol cassé pour en souder les jointures. Le kintsugi était né, des mots japonais « kin » : or et « sugi » : jointure. Le général fut émerveillé par le nouvel éclat de son bol, qui était bien plus beau qu’avant.
 
Si Anne-Dauphine Julliand voit dans l’art du kintsugi une image de la consolation, j’y ai vu quant à moi une manière de dire ce à quoi pourrait ressembler la résurrection : remettre ensemble des vies brisées, des éclats d’histoires dispersées, des morceaux de relations éparpillées en les faisant briller d’une nouvelle manière.
 
La résurrection ou le kintsugi de Dieu
C’est en tout cas ce qui se passe dans les récits bibliques qui nous racontent la résurrection de Jésus. Celle-ci n’y est en effet jamais présentée comme un évènement en tant que tel. Elle s’inscrit toujours dans une relation. Autrement dit, ce n’est pas seulement Jésus qui revient à la vie au matin de Pâques, mais c’est surtout la relation qu’il avait tissée avec l’un ou l’autre de ses compagnons qui se trouve rétablie. Jésus ne ressuscite jamais pour lui-même, mais il apparaît vivant à quelqu’un. Que ce soit à Marie de Magdala dans le jardin du cimetière, à Cléopas et à son compagnon en train de marcher en direction d’Emmaüs, à Pierre, au disciple que Jésus aimait ou à Thomas l’incrédule, les apparitions de Jésus ont toujours lieu pour une personne ou un groupe de personnes. Lors de ces différentes scènes, Jésus restaure la relation que ses vis-à-vis croyaient irrémédiablement détruite, suite à sa mort.
 
Plus encore, ces rencontres inespérées donnent un élan nouveau à chacune de ces personnes. Elles les dynamisent. Elles régénèrent leur vie et leur foi en leur offrant une solidité nouvelle, qui leur fera affronter parfois les pires tourments sans défaillir.
 
Le Christ, maître du kintsugi humain
Et je me plais à imaginer le Christ en grand orfèvre spécialisé dans l’art du kinstugi humain. Je le vois à l'œuvre en train de restaurer les lambeaux de nos existences et les cassures de nos communautés divisées, appliquant le fil d’or de la résurrection sur chacune de nos blessures pour rendre nos vies plus belles encore, plus lumineuses, plus solides, plus cohérentes.
 
Ça me rappelle ce que l’apôtre Paul écrivait aux Corinthiens : nous portons le trésor de l’Evangile dans des vases d’argile.[1]
 
L’année de pandémie que nous avons vécue nous a rappelé la fragilité de nos existences, menacées par un organisme minuscule.
Outre le virus, les grains de sable ne manquent hélas pas pour nous rappeler nos fragilités : ennuis de santé, disputes, échecs, incompréhensions, ou, comme cela a été le cas pour Anne-Dauphine Julliand : maladie génétique de ses enfants.
 
On est bien peu de chose, dit-on parfois à raison.
 
Mais le fil d’or du matin de Pâques qui nous reconstruit de l’intérieur est d’une autre nature. C’est la signature du Christ ressuscité qui nous a rejoint, nous a réparé en nous donnant cet éclat nouveau que nous ne possédons ni ne maîtrisons, puisqu’il vient de Dieu.
 
En recollant ainsi les morceaux de nos vies brisées, éparpillées ou dispersées, il transforme chacune d’entre elles en un kintsugi humain, leur donnant des allures de "para-bol".
 
Joyeuses Pâques à vous !

Christian Vez
 
 
[1] 2 Corinthiens 4,7
 
 

dimanche 4 avril 2021

(Li, Po) Liturgie de cène de Pâques

Nuit des mille soleils où Dieu crie sa joie,
Nuit des mille soleils où Dieu recrée la terre!
L’amour du Père secoue le monde des morts,
Il nous appelle, nous met debout dans la lumière!
Que la joie gonfle notre coeur,
Que nos vies se fassent prière!

 
(bref silence) 

 
Il est beau, il est grand, Seigneur,
C’est notre espoir et notre mystère
De te chanter pour Jésus, le Sauveur
Sur qui ta vie a fait danser la pierre!

 
Il a brûlé le bois en forme de potence,
Et arraché les clous qui crucifiaient la danse;
Qu’il n’y ait plus de croix - ni plus de corde au cou:
Il a brûlé le bois, il a jeté les clous!

 
Il a rendu vivants les corps pourris en terre,
Il a semé les blés qui font mourir les guerres;
Qu’il n’y ait plus de sang - ni plus de fers aux pieds:
Il s’est levé vivant, le Christ ressuscité!

 
Avec lui, avec tous les croyants remplis de sa vie, nous chantons son amour créateur:
Saint, saint, saint le Seigneur!


Sanctus chanté
Institution

 
Prions encore le Seigneur:
Père, nous célébrons ce repas dans le souvenir vivant de Jésus.
Toute sa vie, toute sa mort, toute sa vie nouvelle encore nous délivrent des forces de peur, d’inertie et de fatalisme, pour nous engager déjà dans ton règne. Mais nous avons besoin de ton Esprit saint pour être capables d’éclore à cette vie nouvelle.
Que ton souffle d’amour passionné nous unisse les uns aux autres, et à toi, pour que nous devenions encore mieux tes enfants, membres du corps de Jésus, le Christ.
Par lui, avec lui et en lui, nous t’adressons, Père, toute notre adoration et notre louange,
Dans l’unité du Saint Esprit. Amen


J-J Corbaz, merci à Charles Singer et à Didier Rimaud! 



(Pr) «Porte ouverte. La victoire, sur qui, sur quoi?»

Prédication des 3 et 4 avril, Pâques

Lectures: Apocalypse 3, 14-22; Luc 24, 1-7
 

Mon ami François est un pasteur chaleureux et apprécié. Un jour, il voit revenir au culte un ancien catéchumène, qui lui dit: “Monsieur le pasteur, j’ai découvert quelque chose de formidable: il paraît que Dieu nous aime tous, tels que nous sommes”.
François en est resté pantois: il avait répété cela de nombreuses fois au caté, chaque hiver! Pourquoi donc ce jeune le découvrait-il si tard?

Comme il me racontait cette anecdote un jour de Pâques, François en tira cette conclusion: “Ça ne sert à rien que le tombeau soit ouvert si nos coeurs et nos oreilles ne le sont pas aussi!”

La communauté chrétienne de Laodicée ressemblait à ce catéchumène: elle avait de la peine à s’ouvrir à la passion de Dieu. Cette ville d’Asie Mineure (c’est-à-dire de Turquie actuelle) était riche. À l’époque où l’Apocalypse est écrite, Laodicée vit une grande expansion économique. Or, peu d’années auparavant, elle a été victime d’un tremblement de terre. Rome lui avait offert son aide matérielle, mais la cité de Laodicée avait refusé, disant: “Je suis riche, je n’ai besoin de rien”. Ces paroles ont été reprises dans notre passage biblique presque mot pour mot (v. 17). Vous avez dit: suffisance? orgueil?

Dans l’Apocalypse, la lettre à Laodicée est ainsi truffée d’allusions à l’actualité de l’époque et du lieu. Par exemple, les médicaments pour les yeux; c’était justement un des produits d’exportation renommés de la cité! “Tu te crois riche, mais tu es pauvre. Tu fabriques des remèdes pour la vue, mais tu fais preuve d’un aveuglement spirituel énorme. Tu es tiède, ni froid ni bouillant”. Savez-vous que Laodicée n’avait aucune source d’eau potable, et qu’elle recevait cette dernière de la ville voisine; la plus grande partie de l’année, le précieux liquide arrivait complètement tiède, donc imbuvable! À vomir! “Tu es imbu, imbuvable, tu es inutilisable” lui dit l’Apocalypse.
  


On le voit bien, ce qui est dénoncé, ce n’est pas la faiblesse de l’être humain, mais c’est sa prétention à se sauver tout seul; quand il ne voit pas qu’il est nu, fragile. C’est cet aveuglement qui le perdra, s’il ne sait pas voir la réalité en face; qu’il a besoin de l’amour de son Créateur pour s’en sortir.

Après ce constat désolant, on verrait bien le Dieu juge monter sur ses grands chevaux et châtier la cité coupable avec sévérité! On attend des sanctions exemplaires...

Mais voilà, le Dieu du Nouveau Testament n’est pas un juge. Et quand il chevauche, ce n’est que sur un âne, comme au jour des Rameaux, que nous avons fêté dimanche dernier! Parce que, savez-vous, sur un âne, on est à la même hauteur qu’un piéton. Dieu veut se mettre à notre portée! Et la conclusion de la lettre, vous la connaissez: “Ecoute, je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et m’ouvre la porte, j’entrerai, je mangerai avec lui, et lui avec moi”.

Dieu ne juge pas. Il appelle sans relâche, il frappe à la porte. Il sait que parfois nos coeurs et nos oreilles ne sont pas ouverts. Parce que les circonstances ne s’y prêtent pas; parce que c’est trop tôt, ou que l’appétit nous manque. C’est souvent le cas des adolescents, quand leurs préjugés les empêchent de comprendre ce que nous voulons leur dire. Alors, Dieu sait qu’un jour, peut-être, comme pour le catéchumène de François, la porte s’ouvrira. Donc, en attendant... non: en espérant ce jour, il frappe, il appelle. Patient, disponible.

Patient, mais pas passif. Je suis frappé du nombre de choses que fait le Christ dans ce passage (relisez-le!): il parle; il témoigne; il crée; il conseille; il éduque. Il veut vendre; il rend visite; il frappe; il appelle; il remporte la victoire! La vie du Ressuscité est une intense activité pour sauver ceux qui se perdent. C’est sa manière à lui d’être bouillant!

Christ fait des quantités de choses, sauf une: il ne peut pas ouvrir la porte à notre place! Ça, c’est notre partie du job! 

Si souvent, nous disons: “Qu’est-ce que Dieu fabrique, dans ce monde mal fichu? Il est inactif, il ne fait rien”. Et un jour nous réalisons que Dieu agissait, mais que c’était nous qui étions fermés; que notre porte close empêchait Dieu d’agir en nous et autour de nous.

Tiens, ça me rappelle la fois où le père Ouin-Ouin, âgé de 84 ans, se plaignait à son médecin:
- Docteur, j’ai l’impression que ma femme devient sourde.
- Ah, répond le toubib. C’est léger, ou déjà prononcé, cette surdité?
- Oh ben, c’est difficile à dire...
- Ecoutez, reprend le médecin, vous allez faire un test. Vous vous placez à une quinzaine de mètres d’elle, et vous lui posez une question. Si elle ne répond pas, vous vous approchez et répétez, jusqu’à ce qu’elle réagisse. ...
C’est ainsi qu’en rentrant, le père Ouin-Ouin voit sa femme qui prépare à manger. Du corridor, il lui demande:
- Qu’est-ce que tu fais pour dîner?
Pas de réponse. Alors, Ouin-Ouin fait trois pas, et renouvelle sa question. Toujours rien. Il se rapproche encore, deux fois, même jeu, même résultat. Et ce n’est que lorsqu’il est à un mètre
qu’il entend Madame hurler:
- Pour la cinquième fois: DES ROESTIS!!   



Voyez-vous, je me demande parfois si nous ne serions pas avec Dieu comme le père Ouin-Ouin avec sa femme. Nous disons qu’il doit être sourd, puisqu’il ne répond pas à nos prières. Mais... question: et si c’était nous qui n’entendions pas ses réponses?

Christ ne peut pas ouvrir la porte à notre place. Ça, c’est notre boulot!

Bien sûr, il n’est pas facile, ce boulot! Car la porte où Jésus frappe n’a qu’une seule poignée, et elle se trouve de mon côté! Cette porte ne s’ouvre que de l’intérieur! Et c’est tout un travail à faire sur moi-même pour permettre à Dieu de franchir le seuil.


Bien sûr, ce n’est pas facile d’ouvrir! Car cette porte où Jésus frappe n’a qu’une seule poignée, et elle se trouve de mon côté! Cette porte ne s’ouvre que de l’intérieur! Et c’est tout un travail à faire sur moi-même pour permettre à Dieu de franchir le seuil.

Nous aimons parfois qu’on nous fasse violence. Si Dieu forçait la porte, ça nous arrangerait plutôt! Mais voilà: on ne peut me donner ni boisson ni nourriture, ni connaissance, ni amour si je n’en ai pas faim ou soif. Un zélateur de la foi, dans une rencontre d’évangélisation, peut bien enfoncer la porte; si je n’ouvre pas, le Christ ne pourra pas entrer, de toute façon. “Ça ne sert à rien que le tombeau soit ouvert si nos coeurs et nos oreilles ne le sont pas aussi!”

“Ecoute, je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et m’ouvre, j’entrerai, je mangerai avec lui, et lui avec moi”. En ce matin de Pâques, ce verset nous invite non pas à assister à la victoire du Ressuscité, à l’ouverture du tombeau, à l’irruption de la Vie Nouvelle dans notre vieux monde; non, il nous appelle à nous ouvrir nous-mêmes à son action créatrice, en nous et autour de nous. La victoire, c’est aussi nous qui la remporterons, et c’est sur nous-mêmes qu’elle se remportera: sur les forces de repli, de rouille, d’engourdissement qui nous empêchent d’ouvrir la porte.

Et si nous ne nous sentons pas les forces de livrer ce combat; et si nos bras tombent avant même de saisir la poignée, peut-être à cause d’une maladie, d’un état dépressif ou dépendant, eh bien gardons ferme au coeur la patience du Christ, qui continue de cogner à la porte, et de travailler pour venir à notre rencontre, fût-ce à travers la paroi sombre de la mort! Et puis, gardons ferme en mémoire que cette lettre de l’Apocalypse est adressée à une Eglise, et non à un individu; et que par conséquent nous sommes toute une communauté pour tâcher, ensemble, d’ouvrir la porte!
  

 
C’est ce que signifie aussi la communion, que nous allons vivre tout-à-l’heure. En célébrant la liturgie eucharistique de Pâques, en partageant le pain et le vin ensemble, nous recevons comme un avant-goût de la Grande Journée Portes Ouvertes qui nous est promise, au dernier jour!
   
Oui, le Ressuscité nous accueille tou(te)s à sa table, gratuitement, pour nous aider à nous libérer de nos rouilles et de nos trouilles, et pour ainsi aller plus loin, les uns vers les autres... et vers le Christ vivant.

Car même quand mes gonds sont coincés, eh bien ma communauté, en essayant de s’ouvrir mieux, me porte dans mon isolement et veut m’aider à accueillir le Ressuscité!
 

Et puisque c’est Pâques aujourd’hui, terminons sur une histoire d’oeuf. Savez-vous que beaucoup d’espèces de poussins (sauf erreur la plupart des canards et des cygnes) ne peuvent vivre  après l’éclosion que si ce sont eux qui brisent la coquille? Si cette dernière se casse de l’extérieur, le poussin sera incapable de survivre.

J’aime cette image. Dans beaucoup d’équipes sportives, la catégorie la plus jeune s’appelle les poussins, justement. C’est aussi vrai pour le christianisme!

Joyeuses Pâques, les poussins! Amen                                          


Jean-Jacques Corbaz

 

P.S.: pour plus de renseignements sur l’Apocalypse, on peut voir sur ce blog un document plus général qui donne quelques indications sur les codes, les chiffres ou les nombres, les couleurs et autres difficultés de ce livre biblique pas comme les autres:


http://textesdejjcorbaz.blogspot.ch/2012/11/lapocalypse-revelation-que-le-dernier.html





mercredi 24 mars 2021

(Po) Il y aura toujours

 
Il y aura toujours un couple frémissant
Pour qui ce matin-là sera l'aube première
Il y aura toujours l'eau le vent la lumière
Rien ne passe après tout si ce n'est le passant
 
Louis Aragon


lundi 22 mars 2021

(Bi, Re) À Vendredi saint, quelque chose d'essentiel a changé

Le Dieu dominateur est mort à Golgotha

En observant l’univers, nos ancêtres ont de tout temps discerné que des forces suprêmes, ou transcendantes, interagissent avec nous. 

Montage photographique de Gilbert Garcin

Mais voilà : nous humains sommes incapables d’imaginer une puissance qui ne soit pas dominatrice et autoritaire. Les divinités ont donc été décrites comme des despotes, des chefs absolus qui ne voulaient que se faire obéir au doigt et à l’œil.

Il a fallu que Jésus, que nous reconnaissons comme fils de Dieu, vienne sur terre pour nous enseigner une autre manière de voir : si le Créateur nous donne un temps de vie terrestre, c’est pour nous permettre de choisir en toute liberté (et c’est essentiel !) ; de choisir en toute liberté la réponse que nous donnons à son appel, à sa proposition de partager son bonheur, son amour.

 

Or, si Dieu ne cachait pas sa splendeur à nos yeux, s’il se montrait en pleine vérité, nous perdrions cette faculté de libre décision.

 

Jésus a vécu lui-même ce pouvoir à l’envers du monde, en remportant la victoire absolue sur la mort justement lorsqu’il est mort dans des souffrances insoutenables.

 

Ce règne à l’opposé des valeurs terrestres le couronne sur la croix. Mais il le couronne d’épines ! Le Dieu dominateur est mort à Golgotha. Et un Dieu de respect absolu pour nous y est né.

 

Ainsi ramenés aux valeurs d’En Haut, nous sommes invités à ouvrir la porte à Celui qui se tient sur le seuil et qui frappe. Il ne nous frappe pas ! Mais il attend que nous acceptions de le laisser entrer. Sans notre acquiescement, il ne peut rien.

 

Jean-Jacques Corbaz

 

 

mardi 16 mars 2021

(Pr) Atteint dans ma santé: pour... quoi?!?

 Prédication du 15 mars 2021  “Dans un poumon d’acier”

Paroles bibliques: Luc 13, 10-17; Luc 18, 35-43; 1 Corinthiens 2, 1-15



C’était il y a bien longtemps. J’étais un jeune pasteur stagiaire, inexpérimenté et timide. Aussi malhabile que l’apôtre Paul à Corinthe; mais chez moi, ça n’était pas voulu!
 

Un jour, on me demande d’aller rendre visite à un homme couché dans son lit sans pouvoir se lever, emprisonné par un poumon d’acier - sans lequel, bien sûr, il ne pouvait pas respirer.

J’y vais, très inquiet. Quelle attitude avoir? Que lui dire? Que ne pas lui dire? Je me sentais rempli d’un mélange de crainte et de pitié.

Or, c’est lui qui me réconforte! Il m’accueille avec un grand sourire: «Il ne faut pas vous frapper, me dit-il, vous savez, on s’habitue! Moi, j’ai bien dû m’y faire, à force. J’ai appris  à vivre avec (c’est le cas de le dire, vivre avec!»

Il me raconte alors comment se passent ses journées, entre ces quatre murs dont il ne sort jamais. Les visites, si importantes! Et puis surtout, il me parle de sa foi. Profonde, vivante. Lucide et modeste.

«Vous savez, c’est la communion avec le Christ qui me sauve. Sinon, je n’aurais pas de raison de vivre. Je suis relié avec Jésus 24 heures sur 24. Sans lui, je ne tiendrais pas.»

Et il ajoute:

«C’est Dieu qui me maintient dans l’espérance. Parce qu’il a besoin de moi! Oui, c’est surprenant, mais c’est vrai: Dieu a besoin de moi. Pourquoi? Parce que je remonte le moral des gens! Je les écoute, ils ont tant de peine à trouver des oreilles disponibles. Moi, j’ai tout mon temps!»

Je parlais de sa foi lucide. En effet, il continue:

«Au début, j’ai prié en demandant à Dieu qu’il me guérisse. Mais j’ai fini par comprendre que c’était une demande égoïste, et que Dieu avait besoin de moi ici! Grâce à ma maladie, je découvre tant de choses, tant de domaines où je peux apporter mon aide, depuis ce lit!»

Et il conclut:

«Vous savez, je n’ai pas de mérite; moi, je peux penser à Dieu 24 heures sur 24, je peux le prier en tout temps. Ce n’est pas comme vous les pasteurs qui devez toujours courir à gauche et à droite!»


 

Voilà une rencontre qui m’a marqué, vous l’imaginez! Qui m’a marqué, et qui m’a aidé à comprendre que, comme les autres, la personne atteinte dans sa santé a une vocation. Comme les autres, la personne atteinte dans sa santé peut faire de sa vie un chant d’amour pour Dieu et pour autrui… ou pas!

Dans l’évangile, Jésus donne un rôle aux malades. Une valeur. Il a besoin d’eux pour parler de Dieu, de liberté, d’amour, de confiance!

Et c’est cette femme qu’il vient délier comme on délie un prisonnier pour lui rendre la liberté, ou comme on détache un animal domestique pour le faire boire et manger. Cette femme devient un signe de la libération que Dieu nous offre, en Jésus: il nous rend libres de ne plus être enfermés par les carcans humains, comme ceux de la loi d’Israël (alors que c’était une loi religieuse, pourtant!). Il nous rend libres de ne plus plier sous des tâches inhumaines; écrasantes; dégradantes. Il nous rend libres de ne plus être paralysés par la peur; par la culpabilité; le fatalisme.

Aïe, dans ces domaines, nous avons tous (et moi le premier!) nous avons tous encore beaucoup à grandir, pour bénéficier de l’enseignement de Jésus, et pour que notre vie s’en trouve allégée; vous ne trouvez pas?
  

Et c’est cet homme, aveugle, qui est guéri parce qu’il a osé le demander, alors que son entourage voulait le faire taire. Il devient signe de confiance, dans une relation avec Jésus qui reconnaît ses manques, et qui cherche à les dépasser! Signe de foi.

Ouhlà, ici encore, nous pourrions en prendre de la graine! Ne pas chercher à surpasser les autres, mais plutôt viser à leur être utiles, comme mon malade au poumon d’acier. Ne rien savoir d’autre que Jésus, et Jésus crucifié!

Alléger sa vie, comme la pâte grâce au levain: du coup, nous devenons plus digestes pour nos proches - et nos prochains!

Le temps du Carême, que nous vivons ces jours, nous est proposé justement pour cultiver en nous ces valeurs. Pour pétrir nos journées avec le ferment de l’Esprit! Dieu nous y invite. Mieux, il y travaille avec nous.

Bon pétrissage!
Amen


Jean-Jacques Corbaz
 



dimanche 14 mars 2021

(Hu) L'invention du fauteuil roulant

Savez-vous qui est l’inventeur du premier fauteuil roulant? C’est Arturo, le père du fameux compositeur Giuseppe Verdi.
 

Giuseppe Verdi - photo Giacomo Brogi
La mère d’Arturo aimait beaucoup son petit-fils Giuseppe. Et ce dernier le lui rendait bien. Une complicité immense les liait. En particulier, ils avaient tous les deux un plaisir lumineux à parcourir la campagne autour de leur maison. La «nonna», la grand-maman, enseignait passionnément à son petit-fils à reconnaître les traces des animaux; à distinguer les différentes fleurs au bord du chemin; les arbres et leurs feuilles… Ces balades régulières étaient pour Giuseppe comme pour son aïeule autant de soleils dans leur semaine.

Mais voilà. La nonna, avec l’âge, avait de plus en plus de peine à marcher. Les promenades devinrent de plus en plus courtes, le pas plus chancelant. Jusqu’au jour où, après une mauvaise chute, la grand-maman dut renoncer complètement à marcher. Ses journées passèrent sans bouger de son fauteuil, à la grande tristesse de Giuseppe. L’aïeule immobile comme le petit-fils s’assombrirent, s’étiolèrent, pareils à des plantes privées de lumière.

Arturo, qui aimait autant l’une que l’autre, désespérait de les revoir sourire. Mais un beau jour, ou peut-être une nuit sans sommeil, il eut une idée lumineuse: et s’il fixait des petites roues sous le fauteuil de la nonna?

Après quelques tâtonnements peu concluants, enfin il réussit! Il appela son fils pour un essai. Ça marchait! Ou plutôt ça roulait!

Sans attendre, Giuseppe partit sur les chemins, en poussant sa grand-maman, sa chère nonna, qui n’était plus immobile. Et tout en retrouvant leurs parcours tant aimés, le jeune homme, rayonnant, chantait à tue-tête (sur l’air de Rigoletto): «La nonna è mobile!!» *

 



* voir https://fr.wikipedia.org/wiki/La_donna_%C3%A8_mobile#La_musique, et le fichier audio au bas de la page


Jean-Jacques Corbaz  

 

 

voir d'autres étymologies inattendues:

http://textesdejjcorbaz.blogspot.com/2021/02/hu-le-jardinier-de-la-reine.html

http://textesdejjcorbaz.blogspot.com/2021/02/hu-le-concert-manque.html

 

 

samedi 6 mars 2021

(Re, Pr) Trouver une issue à la crise

De la difficulté de choisir un chemin
Plus la sortie de la crise sanitaire se rapproche, plus l’impatience grandit, plus les avis divergent, plus il semble difficile de trouver un consensus permettant d’avancer ensemble vers la sortie de ce long tunnel qu’aura été la pandémie.

D’autant plus que ce tunnel n’est pas rectiligne (ou légèrement incurvé) comme le sont en général les tunnels. Il ressemble plutôt à un labyrinthe souterrain. On ne saurait le suivre comme un rail qui nous conduirait sans coup férir à la lumière. Les questions en forme de carrefour sont nombreuses : faut-il privilégier l’assurance de pouvoir accueillir tous les malades qui se présenteraient à l’hôpital ou la santé psychologique de la population ? faut-il mettre la priorité sur la protection des personnes « à risque » ou sur les entreprises qui ne se relèveront pas des suites du semi-confinement ? faut-il écouter le ras-le-bol des personnes qui manifestent contre les règles de distanciation sociale ou les avis des experts qui prônent leur maintien ? La tâche de nos dirigeants est décidément bien complexe et notre prière n’est pas de trop pour les soutenir et leur permettre de garder la lucidité nécessaire leur permettant de prendre les décisions les plus sages.

Dans le brouhaha des voix discordantes qui s’expriment, on en oublierait presque la bonne nouvelle : la sortie de la crise est en vue.

Et nous voilà impatients comme des enfants à l’orée des grandes vacances, ne sachant plus comment ne pas anticiper ce moment de liberté retrouvée qui nous est promis. Gardons-nous pourtant de perdre le fil d’Ariane qui nous conduit en direction de la sortie de ce long tunnel !



 
Le dédale du Minotaure
Pour nous y aider revenons justement à ce fameux fil issu de la mythologie grecque, plus précisément à l’histoire de Thésée et du Minotaure. Le Minotaure était une créature hybride, mi-taureau, mi-humaine. Féroce et menaçant, il finit par être enfermé dans une prison dont il ne pouvait s’échapper. A la demande du roi Minos, Dédale avait en effet construit un labyrinthe dont il était impossible de ressortir. Ainsi enfermé, le Minotaure demeurait pourtant vorace et exigeant : tous les neuf ans, sept jeunes filles et sept jeunes gens devaient lui être envoyés pour qu’il les dévore.

La situation semblait dramatiquement bloquée jusqu’à ce que Thésée décide d’aller affronter le Minotaure pour le tuer. Pour l’aider à ressortir du dédale, Ariane, son amoureuse, lui donna une bobine de fil qu’il déroula et qui lui permit ainsi de retrouver son chemin une fois le monstre anéanti. Et c’est ainsi que Thésée parvint à mettre fin au règne de terreur du Minotaure.


Thésée et le Minotaure!

 
Du dédale grec au labyrinthe chrétien
Le christianisme s’est beaucoup inspiré de ce mythe grec. Il a vu en Jésus un nouveau Thésée venu triompher des forces de destruction et de mort à l’œuvre dans notre monde.
C’est le cas notamment à la cathédrale de Chartres, dont le célèbre labyrinthe comportait à l’origine en son centre une représentation de Thésée affrontant le Minotaure.

Pourtant, à la différence du dédale antique, le labyrinthe de Chartres - tout comme les nombreux labyrinthes que l’on retrouve dans la chrétienté - ne comporte pas de pièges destinés à perdre celui qui s’y aventure. Le chemin y est certes sinueux, mais il n’y a qu’à le suivre pour en trouver la sortie. On touche là à l’une des différences majeures entre la vision grecque et la compréhension chrétienne de la vie humaine.

Les grecs valorisaient la figure du héros, en l’occurrence de Thésée qui surmonta les épreuves pour triompher du mal grâce à sa force, à son intelligence et à l’amour d’Ariane. De son côté, le christianisme valorise quant à lui la suivance des fidèles, faite de confiance et de mise en route. En suivant le chemin tracé par le Christ, les fidèles ne se perdront pas. Ils passeront à travers les pires épreuves – même à travers la mort – pour en ressortir régénérés, ressuscités à la suite de leur Maître et Seigneur.

La notion de suivance a été forgée par le théologien Dietrich Bonhoeffer[1]. Sa vie en est le plus parfait exemple : au nom de sa foi, il a notamment participé à un complot contre Hitler et a été exécuté par les nazis le 9 avril 1945.

La suivance ne préserve donc en rien la vie du chrétien, mais elle relève d’une fidélité à toute épreuve à la personne et au message libérateur du Christ. Juste avant de monter sur l’échafaud où il fut pendu, Bonhoeffer aurait d’ailleurs dit : « C’est la fin. Mais pour moi c’est le début de la vie. »


Quand la confiance prime sur le choix
Cet exemple nous rappelle tout d’abord l’importance de nos choix de vie. Si Dietrich Bonhoeffer s’est engagé dans un complot contre Hitler, c’est fort de la conviction qu’il était de son devoir de chrétien de mettre hors d’état de nuire le monstre nazi.

De même, les décisions prises par nos autorités sont, elles aussi, lourdes d’une grande responsabilité, tout comme les décisions que nous prenons au fil de notre existence.

Mais il y a plus important encore, nous dit la foi chrétienne : la confiance en ce chemin inespéré dans lequel le Christ nous invite à le suivre.

Lorsqu’il traduisit le mot « foi » présent à d’innombrables reprises dans la Bible, André Chouraqui choisit fort judicieusement le mot « adhérence ».

Ce mot n’est pas seulement à comprendre en son sens figuré, comme c’est le cas lorsqu’on dit qu’on adhère à un parti politique ou à mouvement social, mais il est à prendre en son sens premier de coller à quelque chose, et en l’occurrence à quelqu’un.


« Celui qui demeure uni à moi, et à qui je suis uni, porte beaucoup de fruits » dit Jésus dans l’Evangile.[2]

Cette union, cette adhésion au Christ nous permet d’avancer dans chacun de nos dédales intérieurs, faits de contradictions, d’hésitations, de peurs, de choix plus ou moins assumés, plus ou moins judicieux.

Le fil d’Ariane auquel notre foi nous a accrochés est toutefois bien plus qu’un fil, puisque c’est une personne : le Christ Jésus. Il nous rejoint et nous prend par la main, ou par le cœur, et nous offre une piste à suivre : la voie d’une vie portée par l’amour de Dieu, animée par son Souffle Saint.

De notre adhésion à ce compagnon inespéré découleront nos nouveaux choix de vie, inspirés par son exemple, à l’instar de Bonhoeffer.

Dès lors, même si nos vies semblent parfois devoir se terminer en cul-de-sac dans un dédale infernal, le Christ y trace un chemin en forme de labyrinthe. Même si son tracé reste sinueux et parfois difficile à arpenter, son issue certaine s’appelle la Maison du Père.

Bon cheminement à toutes et tous !
 
Christian Vez


[1] "Nachfolge" en allemand, titre d’un livre de Bonhoeffer consacré au sermon sur la montagne, traduit en français sous le titre « Le prix de la grâce », labor et fides
[2] Jean 15,5  

 

 

mardi 2 mars 2021

(Hu) jouer à la pétanque?

Devinette:

Quelle est la capitale européenne dont le travail permet de jouer à la pétanque?

 


 

Rome

(ben oui... le boulot de Rome!!)


J-J Corbaz

samedi 27 février 2021

(Hu, Im) interdire la burqua?!

Imaginer améliorer la condition de la femme en interdisant la burqa? Ça me semble aussi efficace que vouloir améliorer la santé publique en interdisant la fièvre...

 
 

Traduction:
- Toute couverte sauf les yeux... Oh, quelle culture machiste, cruelle et dominatrice!
- Toute découverte sauf les yeux... Oh, quelle culture machiste, cruelle et dominatrice!
 
 

vendredi 26 février 2021

mercredi 17 février 2021

(Bi, Hu) Lettre ouverte à un camarade complotiste

 Citoyens, on vous « Trumpe » !!

 

Salut, Gaston !

 

Au tout début février, tu nous annonçais avec fracas que Joe Biden et un grand nombre de parlementaires US, membres de ce que tu appelles « conspiration » contre Trump, avaient été arrêtés depuis plusieurs semaines, et que le « gouvernement légitime » avait repris le pouvoir. Les informations officielles, que tu disais toutes manipulées bien sûr, allaient être reprises en main en fin de semaine par ce « gouvernement légitime », et la vérité vraie allait éclater au grand jour samedi 6.2.

 

Près de deux semaines ont passé, et toujours rien. Biden est libre comme l’air. Te serais-tu « Trumpé » ?!?

 

Gaston, te rends-tu compte que tu te couvres de ridicule à publier de telles affabulations ? Ce n’est de loin pas la première fois que tu annonces des choses qui ne se réalisent pas, à propos surtout de l’élection US ou du Covid.

 

Pire, ne vois-tu pas que certains naïfs te croient, il n’y a qu’à lire la plupart des commentaires sous tes posts ? Et qu’ainsi tu attises une forme de violence larvée qui pourrait éclater ? Faisant le lit des extrêmismes dans le jeu politique ?

 

Heureusement encore que tu as rapidement supprimé certaines de tes affirmations (à l’égard d’Obama par exemple) qui sentaient le Ku-Klux-Klan. Je pense que tu t’es rendu compte qu’elles violaient les normes pénales contre le racisme.

   


Au cas où tu continuerais d’avoir plaisir à propager des nouvelles surprenantes et à contre-courant (et au cas où tu manquerais d’imagination), je te suggère quelques annonces fracassantes :

 

- Roger Federer est le fils caché de Mao Zedong. D’ailleurs, la ressemblance est frappante, surtout quand il avait 6 mois (ensuite, il a eu recours à la chirurgie esthétique).

 

- Alain Berset est mort il y a 2 ans. Depuis, c’est un émissaire du gouvernement chinois qui a pris sa place et son apparence. On peut facilement le vérifier en fin de journée, quand son déo commence à lâcher, car cet émissaire sent le bouc !

 

- le monde réel n’est pas le vrai monde. Seuls ceux qui prennent du LSD ont accès à la réalité pleinement réelle. Les autres sont victimes d’une illusion.

 

- la terre est plate et c’est le soleil qui tourne autour d’elle (je sais, c’est une vieille lune…)

 

- Gaston A. est le nouveau Messie, chargé par Dieu de faire toute la lumière sur les impostures et les fake news qui dominent notre monde…

 

 

Allez Gaston, sans rancune, tu m’as bien fait rire. Au plaisir de se lire !

 

Jean-Jacques Corbaz