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dimanche 21 août 2016

(Pr, Vu, FA) Ephésiens (3°): sacré mystère!

Prédication du 21 août 2016. 
"La lettre aux Ephésiens (3°): sacré mystère!"

Lectures: Ephésiens 2: 11-22; Ephésiens 6: 10-20; Matthieu 7: 1-5


La lettre aux Ephésiens entière est consacrée à parler de l’Eglise. Mais il y a un autre mot qui revient sans arrêt tout au long de l’épître: celui de mystère. Je vous propose de nous y arrêter ce matin.

Evidemment, vous connaissez assez la Bible pour savoir une chose: le sens des mots est rarement le même exactement aujourd’hui qu’il y a 2000 ans. Pour “mystère”, ça ne rate pas!

Aujourd’hui, quand on parle de mystère, on désigne des réalités que nous ne comprenons pas: pourquoi la maladie; la souffrance; la mort? Voilà des mystères par excellence en notre temps. On pourrait presque dire qu’on fait du mystère “le grand dépotoir de l’intelligence”!

Dans la lettre aux Ephésiens, le mot veut dire tout autre chose:   il est toujours employé au singulier, et en relation avec la volonté de Dieu. Pour l’auteur, le mystère, c’est cette étonnante nouvelle que le salut est ouvert aux païens autant qu’aux juifs: en Christ, crucifié et ressuscité, dorénavant tous ont accès libre au salut! Et l’épître nous donne cette belle image: en Christ crucifié, il y a comme un mur qui est tombé, qui nous met tous sur pied d’égalité face à Dieu.
   


Evidemment, aujourd’hui, ça nous étonne, que cette volonté de Dieu soit qualifiée de mystère! Depuis 2000 ans que nous l’entendons, ça n’a plus rien de surprenant. À côté de la question du mal dans le monde, le salut pour tou(te)s nous paraît d’une limpidité paradisiaque!

C’est l’occasion de réaliser à quel point le décalage est grand: pour les générations qui ont suivi celle de Jésus, la nouvelle était tellement... nouvelle, justement! Elle tranchait si fort avec tout ce qu’on avait cru savoir pendant des siècles, avec des “vérités” religieuses, considérées comme divines et sacrées! C’était un choc, vous voyez? que tous aient le même accès au salut. Un peu comme si aujourd’hui quelqu’un venait vous annoncer qu’il ne faut plus prier! Je suis sûr que nous mettrions des générations et des générations à nous y habituer... et que, pendant des siècles, nous reviendrions souvent en arrière!

Ce choc était spécialement important pour les juifs, vous imaginez. Mais, à la fin du 1er siècle après Jésus-Christ, il n’y a plus beaucoup de juifs d’origine, dans les Eglises.

Pourtant, il y a une catégorie de convertis qui sont, eux, très nombreux: il s’agit des anciens prosélytes et des anciens “craignant Dieu”. Ces deux mots compliqués désignent des païens grecs, romains ou autres, qui étaient très proches de la religion juive. Assez proches pour avoir abandonné leur ancienne foi. Mais qui ne sont pas des juifs de naissance, des “descendants d’Abraham” comme ces derniers s’appellent eux-mêmes. Les prosélytes avaient accepté la plupart des coutumes juives, des rites et des obligations, parce qu’ils avaient été conquis par le monothéisme.
   


Ce sont surtout ces prosélytes et ces “craignant Dieu” qui ont adhéré au message des apôtres, et qui ont constitué les nouvelles Eglises. Le monothéisme chrétien, débarrassé des lois juives et de certains aspects rebutants de la religion d’Israël, les intéressait davantage, eux qui de plus avaient toujours été quelque peu mis à l’écart par les scribes et les pharisiens; eux qui n’avaient jamais été traités sur un pied d’égalité par les juifs de souche.

Voilà donc ces nouveaux chrétiens pleins d’enthousiasme et de reconnaissance. Mais. Il y a un “mais”. Voire deux!

Car ils ont tendance à oublier, ces “nouveaux chrétiens sur pied d’égalité”, ils ont tendance à oublier que tous ont accès au salut de Dieu, en Jésus-Christ.

D’une part, ils négligent peu à peu d’être reconnaissants et heureux d’avoir pleinement part au cadeau de Dieu. Plus le temps passe, plus ils considèrent cela comme “normal”, presque comme un dû. Vous le savez, un privilège mille fois répété finit par nous sembler un dû. On n’apprécie plus, au sens premier: on ne voit plus la valeur du cadeau. (Et là, je me dis, mes amis, que nous pourrions bien avoir besoin d’une piqûre de rappel nous aussi, vous ne croyez pas?)
   

Le second “mais”, c’est qu’il y a, à Ephèse comme en beaucoup d’autres Eglises, à la fin du 1er siècle, il y a des nouveaux païens qui viennent s’intéresser à la foi chrétienne. Chic, c’est bien! Ça fait plaisir!

Or, vous me voyez venir? Les anciens païens devenus chrétiens depuis une ou deux générations ont de la peine à accueillir comme des égaux vraiment égaux les nouveaux convertis. Ne deviendraient-ils pas (oh, un tout petit peu...) semblables aux pharisiens, ces anciens de l’Eglise? Le mur que Christ a détruit, n’ont-ils pas tendance parfois à le rebâtir? Bien sûr, pas très haut, mais quand même...

Là encore, vous voyez, il y a peut-être quelque chose pour nous, chrétiens d’aujourd’hui, à Grandson ou à Giez? Alors que nous allons commémorer les 500 ans de la Réforme, j’aime que la lettre aux Ephésiens nous interpelle: comment faire une narcose prolongée au petit pharisien qui sommeille en nous, mais qui a trop tendance à se réveiller?

Notre épître veut (ré)expliquer à chaque génération de chrétiens que la paix donnée en Christ, sur la croix, eh bien il nous appartient de la protéger, de la nourrir, de l’abriter comme un enfant qui nous aurait été confié en adoption. Si nous ne faisons pas ces efforts-là, eh bien la paix du Christ va s’étioler; se dessécher; dépérir. Elle a besoin de nous pour grandir. Si elle ne grandit plus, elle diminue! Elle se racornit.

Voilà pourquoi il est toujours essentiel de nous regarder comme frères et soeurs les uns des autres, parfaitement égaux face au salut.

C’est cela, le mystère dont parle la lettre aux Ephésiens: cette volonté de Dieu de nous donner la paix à tou(te)s, en nous reliant les uns aux autres, inlassablement. En nous articulant, comme des membres d’un même corps. En nous réconciliant, entre soeurs et frères. Tout cela, à travers nos gestes humains, inspirés par son Esprit Saint.
   

Pour ça, vous vous en doutez, la (bonne) volonté ne suffit pas toujours. Ce n’est vraiment pas facile, de rester en paix avec ses coreligionnaires, quand ils bousculent nos habitudes... ou au contraire quand, hem, :-) ils refusent de se laisser bousculer par nos bonnes raisons à nous, “pourtant si évidentes”!!

J’ironise un peu, excusez-moi. Mais on sait qu’il faut être drôlement blindé pour rester en relations harmonieuses quand des idées différentes nous séparent. Surtout quand ces idées différentes appartiennent au domaine religieux.

Blindé, oui, c’est le mot. Et c’est pourquoi la lettre aux Ephésiens nous donne, dans son dernier chapitre, cette belle image des armes que Dieu nous offre. Le bouclier; le casque; la cuirasse; l’armure... Je ne sais pas si vous avez remarqué? Toutes ces pièces d’équipement nous sont données, non pour attaquer, mais pour “résister aux agressions de l’adversaire”. Ce sont des armes défensives, et pas offensives. Même le glaive, car c’est une petite épée destinée à se protéger individuellement, et pas une arme militaire.

C’est Dieu lui-même, dit l'épître, qui nous arme pour résister aux forces de haine ou d’indifférence qui empoisonnent le monde; et qui pourraient aussi empoisonner l’Eglise! C’est en restant attachés à lui que nous deviendrons capables de vivre en proximité fraternelle avec les autres. En effet, si tous parlent à Dieu comme à un ami, qui pourrions-nous encore regarder comme un ennemi? Le seul ennemi, sur terre, au fond, c’est la force qui nous pousse à considérer d’autres personnes comme des ennemis!
   
Une dernière remarque. Je vous ai dit plusieurs fois que la lettre aux Ephésiens n’est pas directement de la plume de l’apôtre Paul, mais qu’il s’agit vraisemblablement d’un de ses disciples, une ou deux générations plus tard. Dans ce cas, pourquoi l’épître affirme-t-elle à deux reprises que c’est Paul qui l’a écrite?

Il faut savoir d’abord que le procédé est très courant dans l’antiquité. À l’époque, on place souvent les oeuvres d’une personne anonyme sous l’autorité d’une célébrité. D’abord pour donner à ces oeuvres plus de poids et d’audience; mais aussi pour marquer une sorte de filiation entre la célébrité et l’auteur réel. Un peu comme les dessins animés de Walt Disney: ils sont nés d’une multitude d’artistes différents, mais qui tous travaillent dans la continuation du maître.

Pour simplifier, je dirais que Paul n’est sans doute pas le père de l’épître, mais qu’il en est assurément l’aïeul, soit celui qui lui donne son nom de famille! Je parlais d’ailleurs, dimanche dernier, de la lettre aux Ephésiens comme d’un pot-pourri des “best-sellers” de Paul!

Mais il y a encore une autre raison à cette double mention de l’apôtre, qualifié à plusieurs reprises dans la lettre de “prisonnier de Jésus-Christ pour vous, les non-juifs”. En effet, tous savent à quel point Paul a lutté pour que les Eglises accueillent les païens en égaux. Cela a été le combat de sa vie. Et il a souffert à cause de cette lutte; il a été emprisonné; fouetté; persécuté. Il y a même laissé sa peau. Et cela sans jamais perdre courage ni se plaindre!

Alors vous comprenez mieux ce que l’épître nous dit, ainsi: tout ce qu’elle nous demande comme efforts pour vivre en paix, pour éviter de rebâtir des murs de haine ou de rancune, eh bien Paul l’a vécu dans sa chair. Comme avant lui Jésus-Christ. C’est cela, le don de Dieu, les armes qu’il nous offre: c’est du solide, du vécu, du concret. Ça transforme ma vie comme ça a transformé avant moi celles de Paul et de Jésus. Et comme ça transformera après moi celles des chrétiens des siècles suivants, et ainsi de suite, à l’infini!
  
 

Il nous faut conclure, sur ce thème du mystère. En (re)lisant la lettre aux Ephésiens, puissions-nous méditer et approfondir sans cesse qu’il y a des sujets d’étonnement et d’incompréhension plus grands encore que les questions du mal, de la souffrance, de l’injustice et de la mort... Ce qui est déjà extra gratiné, je vous le concède!

Essayons, avec l’apôtre Paul et ses successeurs spirituels, de laisser résonner en nous ces interrogations immenses:

- le mystère de mon propre salut, que Dieu m’aime et me sauve tel que je suis;

- et le mystère du salut des autres, même des très différents de moi, que Dieu les aime et les sauve tels qu’ils sont, eux aussi;

- et le mystère encore plus insondable que, de tous ces amours et de tous ces pardons, Dieu travaille pour faire naître une communauté harmonieuse et pacifique, qui sache, au milieu des désaccords, se sourire et toujours se tendre la main avec respect!

- Tout ça avec notre participation, bien sûr! Vaste programme... Car ça ne va s’achever en un jour!

Dites, on s’y met quand?

Hem: mystère!!

Amen                                          


Jean-Jacques Corbaz   



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