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dimanche 7 août 2016

(Pr, Vu, FA) La lettre aux Ephésiens (1°): sacrée purée de châtaignes!

Prédication du 7 août

Lectures: Ephésiens 1: 7-10; Ephésiens 4: 1-3, 7, 11-16; Jean 15: 9-17


Un jour (où j’étais un peu inconscient, peut-être?), j’ai essayé de lire la lettre aux Ephésiens en entier. Eh ben les amis, j’ai failli abandonner plusieurs fois en route! Ce que c’est ardu, au premier abord! Il m’a fallu longtemps avant de pouvoir mieux la comprendre.

Et c’est là que m’est venue l’image d’une châtaigne: c’est succulent, une onctueuse puée de châtaignes... Oui, mais tout d’abord, le fruit: ça pique! Aïe aïe aïe! Si vous n’avez pas les bons gants (ou de bons outils), vous allez vous faire terriblement mal!
   

Pour la lettre aux Ephésiens, c’est joliment la même chose: si on n’a pas les outils pour la saisir, la comprendre dans son contexte, elle va nous donner bien du mal. Beaucoup de nos contemporains la rejettent, découragés par ses piquants. Par exemple ceux-ci, de piquants, tous versets tirés de la lettre aux Ephésiens:

- “Femmes, soyez soumises à vos maris”
- “Ne vivez plus comme les païens, que leur intelligence mène au néant”
- “Esclaves, obéissez à vos maîtres”
- “Colère, éclats de voix, injures, tout cela doit disparaître”
- “Les païens se livrent à la débauche... à une impureté effrénée”...


Ces versets me font mal, comme des bogues de châtaignes que j’aurais serrées dans mes mains nues. Et j’en viens parfois à me demander si nous ne serions pas un peu inconscients, dans l’Eglise, de donner une bible à nos jeunes catéchumènes qui commencent, à 11 ans; ou à nos mariés, qui parfois ne sont guère plus équipés pour décortiquer pareils passages!

Mais, comme mon rôle de pasteur, c’est justement de vous fournir les outils qui permettent d’aboutir à une délicieuse purée sans vous écorcher les doigts, eh bien, je relève le défi! Avec vous!
   


Premier outil, premier repère. Lisons attentivement les commandements de cette épître: jamais l’auteur ne nous dit “Tu ne feras pas cela parce c’est mal” ou “parce qu’il ne faut pas”.

Non, toujours, il précise: “Tu ne feras pas cela afin de faire croître le corps du Christ”; ou “en vue du bien commun”; ou encore “pour que nous grandissions, tous ensemble, en direction du Christ”... “Ne volez pas, afin de partager avec ceux qui seraient dans le besoin”. C‘est quand même plus agréable, comme perspective. Plus positif!

Il y a aussi, dans la lettre aux Ephésiens, une insistance qui m’impressionne: le nombre de fois où l’auteur encourage ses lecteurs à se supporter les uns les autres, à se réconcilier, à vivre en paix... À bannir le mensonge; la haine; et même, et surtout, l’indifférence!

Les habitants d’Ephèse seraient-ils de mauvais coucheurs, davantage que les autres? Non, ça n’a rien à voir avec leur caractère. Cela a à voir avec la théologie de notre épître, pour qui le comportement des chrétiens entre eux détermine fortement le rayonnement de l’Eglise naissante. Son auteur insiste sur l’importance de nous articuler les uns aux autres, comme les organes d’un corps dont Christ serait la tête.

Nous articuler, c’est-à-dire reconnaître que nous dépendons les uns des autres. En tant que membres de l’Eglise chrétienne, chacun(e) n’a pas pour but son existence propre, sa survie individuelle, non: le but des cellules d’un corps, c’est la croissance et la protection du corps entier!

Sur cette priorité à la communauté, nous aurions je crois des leçons à recevoir des Africains! Voire peut-être des abeilles ou des fourmis!
   

Remarquons encore ceci: dans un corps bien articulé, c’est le cerveau qui orchestre la croissance du tout; mais ce sont les autres parties qui font le travail effectif. Si je grandis, ou si je me muscle, c’est aussi parce que mon estomac et mon intestin y contribuent! - soit des parties pas vraiment nobles ou raffinées.

De même, le Christ nous donne les influx dont nous avons besoin. Mais sans nos efforts à nous, obscurs membres de l’Eglise, eh bien le corps du Ressuscité est entravé dans sa survie et sa croissance.

Voilà pourquoi il est essentiel (la lettre aux Ephésiens dirait même: il est vital) de veiller à nos relations les uns avec les autres, à l’intérieur de la communauté chrétienne. Pour les païens, ça a beaucoup moins d’importance, dans le contexte de l’époque. Mais pour l’Eglise en pleine construction, comme c’était le cas en ce temps-là, alors c’est une question de vie ou de mort de bien huiler toutes les articulations, de soigner nos relations humaines, de les pacifier, pour que le corps entier puisse se développer de manière cohérente et harmonieuse. Nos versets “moralisants“ sont donc en fait des recommandations en vue d’une meilleure efficacité missionnaire.

Voilà quelques piquants d’enlevés, et un peu de châtaigne devenue légèrement plus digeste, j’espère!

   

Allons encore plus loin avec le deuxième outil, deuxième repère. Il y a, dans la lettre aux Ephésiens, six chapitres en tout. Les trois derniers sont un concentré de commandements, de préceptes. Mais il y a d’abord les trois premiers, qui en sont la base, les fondations. Les trois premiers qui nous disent tout ce que Dieu nous donne, gratuitement, comme paix; comme justice; comme pardon. Avant de rien nous demander, c’est Dieu qui offre!

Oui, c’est parce que, d’abord, Dieu nous sauve et nous réconcilie; c’est parce que, d’abord, il nous organise dans le corps de l’Eglise qu’il nous appelle, ensuite, à vivre une éthique en harmonie avec ce cadeau. On est loin d’une morale autoritaire et paternaliste: il s’agit de mettre ensemble nos existences au diapason, au rythme des musiques du Ciel!

Remarquons d’ailleurs que nos traductions (ou nos préjugés)trahissent parfois le texte grec. Ainsi, au verset 26 du chapitre 4, on peut lire: “Si vous vous mettez en colère, ne péchez pas”. Et on comprend souvent que la colère est mauvaise pour Dieu. Alors que le texte original dit, littéralement: “Mettez-vous en colère, mais ne péchez pas; que le soleil ne se couche pas sur votre ressentiment”. Il n’est donc absolument pas interdit de se fâcher (c’est même conseillé, c’est en tout cas normal!). L’essentiel est, toujours, de se réconcilier, de vivre le pardon, sans attendre; de ne pas laisser monter une mayonnaise qui pourrirait la vie communautaire.

Ne pas nous séparer des autres... et donc de Dieu!

À tous les virages, nous nous retrouvons donc face à cette absolue priorité: la cohésion du corps entier, de l’Eglise universelle. Il ne s’agit pas seulement de solidarité; mais de la manière de gérer les désaccords, les tensions, les débuts de conflits, qui sont inévitables dès que quelques-uns sont ensemble...

Cherchez toujours l’unité, avant tout! La paix et l’harmonie sont souvent menacées quand on grandit, quand on change. Préservez-les pour rester en communion avec Dieu! Il ne sert à rien d’avoir raison tout seul, sans tenir compte des autres. La vérité sans amour (ou sans humilité), n’est plus vérité! Avoir raison sans amour, c’est avoir tort!
   

Tel est donc le fil conducteur, le repère majuscule que la lettre aux Ephésiens nous propose; le sens qu’elle dessine pour nos vies communautaires. Et si aujourd’hui, au 21è siècle, la situation de l’Eglise est bien différente, je crois que cette insistance d’il y a 2000 ans peut nous être bénéfique, à nous aussi.

Bien sûr, nous ne vivons plus un temps de forte croissance; mais dans les mutations que nous traversons, la nécessité de rester unis me semble tout aussi primordiale. Et puis, en notre siècle qui exalte tellement l’individualisme et la réussite personnelle, ne pensez-vous pas que les exhortations de la lettre aux Ephésiens sont de nature à nous aider à marcher vers l’essentiel? À un moment où la survie de la foi est menacée (la survie d’une foi évangélique et responsable), il me semble vital de soigner nos relations internes, entre nous chrétiens.

Oui, c’est ma conviction: la purée de châtaignes de la lettre aux Ephésiens est un fortifiant bienfaisant pour les chrétiens d’aujourd’hui, si prompts à critiquer leurs soeurs et frères; si souvent à dresser des barrières, à maintenir à distance; à se moquer, à rabaisser les autres ou à se croire supérieurs.

Avec cette lettre curieuse, pourrons-nous remonter à la source de la paix?

... À suivre, bien sûr!


   

--> dimanche prochain, deuxième épisode: des images (de corps) qui partent dans tous les sens, mais qui nous aident à comprendre ce verset étonnant: “Imitez Dieu”!!?! 
Puis dimanche 21 août, troisième et dernier épisode, sur la question du mystère: qui est Dieu, quel est son plan pour nous?

- et si vous avez le temps et l’envie, je vous encourage à lire et à méditer la lettre aux Ephésiens; mais avec des gants bien solides! 
                   


Jean-Jacques Corbaz 



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